Festival Lumière 2020 : Falling, le tendre portrait familial de Viggo Mortensen

Avec Falling, Viggo Mortensen nous raconte la modeste mais douloureuse histoire d’un fils qui voit son père, avec lequel il a eu une relation tumultueuse, perdre la tête et ne plus pouvoir être autonome pour faire tourner sa ferme. Il va tant bien que mal essayer de l’accompagner dans cette profonde chute mémorielle. 

Etre un acteur aussi charismatique et faire son premier film soulève des questions et surtout des attentes. Pourquoi ? Quel visage va donner Viggo Mortensen à son film? Quelles influences, surtout pour un premier film ? En ce sens, Falling contient plus de similitudes avec la bienveillance et la bienséance d’un Green Book qu’avec les zones d’ombre humaines d’un David Cronenberg, pour faire étroitement référence à la filmographie de son géniteur. 

C’est alors que Falling trace son chemin sur deux sillons bien distincts mais qui ne cessent de se rejoindre pour raconter ce « road movie » familial : le choc des cultures et la perte de mémoire. Le choc des cultures, premièrement, évoqué par deux visions de l’Amérique qui s’opposent, d’où l’envie peut être implicite chez le cinéaste qu’est Mortensen à vouloir tacler aisément les USA de Trump. D’un côté, vous avez le père réac’ qui crache sur tout ce qui bouge voyant les « bonnes valeurs » américaines partir à vau-l’au, matérialisant le mythe du cowboy américain abandonné après ses sacrifices, qui n’hésite pas à déballer son homophobie, son racisme, son sens du virilisme et du sexisme. 

Avec un Lance Henriksen habité et frondeur, le film joue les équilibristes à bon escient entre la drôlerie communicative provenant de ce fiel incessant et vulgaire et le malaise familial qu’il provoque. Malgré un talent certain pour la direction d’acteur, un rythme soutenu, une émotion débordante et la modestie de son dispositif scénique, le film peine parfois à convaincre à travers le portrait sociétal et politique qu’il essaye de dépeindre, manquant de finesse et de nuance (les clichés de la famille moderne et sa représentation qui coche toutes les cases) mais aussi et surtout de finalité narrative. Ces multiples saillies verbales semblent être parfois plus utilisées comme gimmicks que comme tremplins narratifs, adossés à une mise en scène qui essayent de jongler difficilement entre académisme et classicisme. 

Ce rôle de grand-père acariâtre fait penser aux rôles qu’incarne Clint Eastwood dans ses propres films (Gran Torino ou La Mule) mais sans l’acuité de l’écriture de ce dernier. Mais cette lourdeur dans le traitement sociétal, qui se répercute avec parcimonie sur des dialogues un brin didactiques (comme durant cette scène imbitable de repas au milieu du film), ne sauraient gommer les nombreuses qualités que laisse transparaitre Falling lorsqu’il fait parler le silence et le vertige des émotions de ses personnages. 

Que cela soit au travers de ce père raté qui fut également un mari pitoyable, ou de ce fils homosexuel rejeté et incompris par son père qui cherche avec affection un regard approbateur, Falling transpire la sincérité et la rugosité lorsqu’il faut aller chercher les tressaillements sensitifs. Aidé en cela par un montage quelque peu sensoriel et des flash-backs évocateurs, l’écriture trouve à ce moment un réel point d’ancrage et filme avec candeur la mémoire défaillante d’un homme aux regrets infinis sur sa vie de couple, ampli de haine de lui-même et de culpabilité. Délaissé de toute envie moralisatrice, le film enlève cette épée de Damoclès pour enfin s’exprimer et devenir un portrait familial déchirant et vigoureux. 

Bande Annonce – Falling

Synopsis : John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Mónica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa soeur Sarah et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Fiche technique – Falling

Réalisateur : Viggo Mortensen
Scénario : Viggo Mortensen
Casting: Lance Henriksen, Viggo Mortensen, Terry Chen, Laura Linney…
Sociétés de distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h52
Genre: Drame
Date de ressortie :  4 novembre 2020

 

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3.5

Festival

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