FDCA 2025 : Sad jokes : … but happy new film !

Ou les bienfaits qui surgissent d’une sortie du cadre ! Sad jokes, de l’acteur, auteur et réalisateur Fabian Stumm (1981, Allemagne – ), est un film qui ne ressemble à nul autre. N’est-ce pas la garantie d’un style, d’une signature ? Fabian Stumm a en effet beaucoup à dire. Et à montrer.

Le réalisateur, ici également au scénario et dans le rôle principal, aime s’inspirer de sa propre vie, s’entourer de ses proches, même à l’écran. Pour son deuxième long-métrage, il met en scène des situations simples, quotidiennes, ce qui n’interdit ni l’émotion ni l’intensité. En une succession de plans fixes, presque sans mouvement – de très rares zooms, très discrets, parfois un champ-contrechamp, mais tout aussi rarement, et jamais gratuitement -, il présente Joseph, lui-même, et sa meilleure amie Sonya, brillamment interprétée par Haley Louise-Jones, élevant tous deux leur petit Pino, alors que Joseph se remet difficilement de sa rupture avec celui qui fut visiblement un grand amour, Mark. Mais Sonya, bipolaire, supporte mal son maintien en clinique et Joseph, cinéaste, rencontre les pires difficultés à faire accepter son nouveau scénario par son producteur : trop original, imprévisible, mêlant les genres, brisant le carcan des cases bien formatées.

Servies par Michael Bennett, qui crée une image simple et lumineuse, ce sont précisément ces qualités paradoxales qui vont faire de chaque scène un moment savoureux. A la fixité du cadre répond une mobilité infinie des acteurs et des situations. On suit les scènes avec un sourire qui ne s’efface pas, tant l’humour, l’autodérision, l’esprit, mais aussi la sensibilité, la tendresse pour les personnages sont constamment présents. On passe de situations familiales intimes, parfois tendues, explosives, parfois tendres, désirantes, à des situations de rue ou d’espaces publics totalement désopilantes, puis à des situations professionnelles très serrées, où les répliques s’enchaînent comme dans un match et où les coups se comptent, bien évidemment toujours avec l’élégance d’un fleuret moucheté.

La lumière qui revient dans la salle tombe sur un spectateur étourdi et heureux, blotti dans son fauteuil mais avec la sensation qu’il vient d’être emporté dans une folle danse, pleine de spiritualité et de douceur. « L’Esprit souffle où il veut », dit la Bible. En effet. Mais quel bonheur, lorsqu’une telle brise se lève !

Sad jokes : bande-annonce

Sad jokes : fiche technique

Réalisation : Fabian Stumm
Scénario : Benjamin Kramme, Jennifer Sabel
Interprètes : Fabian Stumm, Haley Louise Jones, Justus Meyer, Ulrica Flach
Photographie : Michael Bennett
Montage : Kaspar Panizza
Sociétés de production : Postofilm
Pays de production : Allemagne
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h36

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Wedding Nightmare : Deuxième partie – Battle of the ring

En apparence, ce "Wedding Nightmare : Deuxième partie" promettait d'être une suite qui se démarque de la surexploitation des studios. Le film de Matt Bettinelli-Olpin et de Tyler Gillett s’inscrit pourtant dans cette triste réalité, après un premier volet qui avait su encapsuler tout le plaisir régressif d'une série B, avec ce qu'il faut de suspense, d'effusion de sang et de maladresse calculée pour que le spectateur s'amuse ludiquement dans une partie de cache-cache à mort.

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long métrage du Slovène Olmo Omerzu, "Pour Klára" embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l'Adriatique pour mieux l'observer se noyer à sec. Un drame familial d'une subtilité redoutable, porté par un regard qui n'accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n'a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec "Romería", son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d'une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n'a pas laissé le temps de vivre.

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.