Festival Clermont-Ferrand 2016: Compétition nationale

Festival court-métrage Clermont 2016, les coups de cœur de la Rédaction LeMagduCiné

Rappelons le: 57 élus parmi 1714 inscrits! Fictions, animations et documentaires au rendez-vous, en français mais pas que : la compétition nationale de cette 38è édition s’est ouverte au monde entier pour nous offrir un regard riche et neuf sur notre société contemporaine, les fantômes du passé et les promesses de demain. Nous avons voulu vous faire partager notre sélection assez hétéroclite et qui respecte la pluralité du genre. Voici pour nous, quelques pépites de cette sélection française du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2016.

[COMPETITION NATIONALE]

10) L’ Ours noir, Méryl Fortunat Rossi, Xavier Seron (France, Belgique, 2015), Fiction, 15’20

Synopsis: Règle n°1 : Ne nourrissez jamais les ours. Règle n°2 : Ne vous approchez pas à moins de 100 mètres. Règle n°3 : Évitez de surprendre l’ours. Règle n°4 : Gardez toujours votre chien en laisse.

Sans nul doute, le film le plus déjanté de cette sélection française! Maintenant que vous connaissez les règles du guide du parc Forillon au Québec, nous vous souhaitons un agréable séjour dans le parc naturel de l’ours noir. Mais ne faîtes pas comme le « club des cinq », suivez  les règles scrupuleusement, l’ours n’étant jamais loin pour attaquer… Et n’oubliez pas votre le vaporisateur chasse-ours! Entre humour plûtôt trash et scènes gores, cette fantaisie bucolique de Méryl Fortunat Rossi et Xavier Seron, tourné au sein du Parc Naturel Régional des Ardennes, laissera assurément quelques traces dans les esprits.

9) Première séance, Jonathan Borgel (France, 2015), Fiction, 10’00

Synopsis: Ivan a rendez-vous chez un psychanalyste pour une première séance.

Une séance chez le psy pas tout à fait comme les autres! Jonathan Borgel démontre qu’avec un scénario bien pensé, on peut réaliser un film drôle, efficace et rapide. Le quiproquo final est à mourir de rire!

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8) Le Repas dominical, Céline Devaux (France, 2015), Animation, 13’47 

Synopsis: c’est dimanche. Au cours du repas, Jean observe les membres de sa famille. On lui pose des questions sans écouter les réponses, on lui donne des conseils sans les suivre, on le caresse et on le gifle. C’est normal, c’est le repas dominical.

Ah, qui n’a jamais subi les affres des questions fâcheuses, le cirque du repas dominical bien alcoolisé? Porté par une composition bien ficelée de Flavien Berger, et la voix off cassée de Vincent Macaigne, Le Repas dominical de Céline Devaux, déjà présenté en Compétition Courts Métrages au Festival de Cannes 2015, est un bijou d’animation aux images psychédéliques, absolument tordant de rire, tout en touchant à des sujets compliqués et intimes. Une prouesse visuelle, un tempo bien rythmé, bref une grande réussite!

https://vimeo.com/131886814

7) Sabine, Sylvain Robineau (France, 2016), Fiction, 14’00

Synopsis: à la suite d’une rupture amoureuse, Franc, propriétaire d’un vidéo-club, décide de soigner son chagrin en réalisant des films d’un genre particulier.

Sylvain Robineau lance ici un cri du cœur, à travers cette comédie légère sur le dépit amoureux. Il raconte son histoire avec humour, un peu dans l’esprit de la Nouvelle vague. Les dialogues sont savoureux, avec trois personnages qui mesurent leurs connaissances du cinéma. Le Franc du vidéo-club est interprété avec brio par Franc Bruneau, un visage bien connu dans monde le court-métrage, un acteur qui monte. Les deux autres excellentes comédiennes viennent du théâtre, Laura Chetrit et Caroline Mounier. Le réalisateur taquine aussi le spectateur en se moquant du snobisme et du manque d’ouverture dont on peut parfois faire preuve, simplement pour paraître intelligent. Une belle éclaircie dans la morosité ambiante, totalement rafraîchissante!

6) Une sur trois, Cecilia de Arce (France, 2015), Fiction, 19’03

Synopsis: Simone et Zelda sont deux étudiantes en design. Elles ont un projet à rendre pour leur diplôme. Leur objectif est perturbé par la grossesse involontaire de Simone qui décide d’avorter. Elle en parle à Zelda qui va s’efforcer de rendre cette situation difficile la moins éprouvante possible.

Une sur trois est une comédie dramatique délicate, qui raconte l’histoire d’une amitié fusionnelle entre deux jeunes filles bien d’aujourd’hui. Cecilia de Arce aborde avec réalisme et humour le thème tabou de l’avortement, tout en sublimant la relation fraternelle de ses deux héroïnes, portée par deux comédiennes de talent, Marie Petiot et Florence Fauquet. Fun et réaliste, une musique rythmée, une oeuvre rafraîchissante qui démontre que la beauté de la vie, malgré les drames, l’emporte toujours!

5) Ennemis intérieurs, Sélim Azzazi (France / 2015), Fiction, 27’33

Synopsis: dans les années 90, le terrorisme algérien arrive en France. Deux hommes. Deux identités. Un affrontement.

Dans ce premier court métrage, Sélim Azzazi traite avec brio, de la question brûlante de l’identité. Nous avons eu la chance de rencontrer ce réalisateur prometteur, et nous vous invitons à découvrir notre interview.

4) Yaadikoone, Marc Picavez (France, 2015), Fiction, 22’00

Synopsis: à l’approche de la saison des pluies, Yaadikoone, neuf ans, casse accidentellement la toiture de sa maison avec son ballon de foot. Yaadi se met alors en tête de réparer lui-même cette maudite toiture…

Marc Picavez aime l’Afrique et sait la sublimer à travers l’image. Yaadikoone vous fera voyager au Sénégal, dans la banlieue de Dakar à travers la quête de Souleymane, qui est aussi un rite initiatique, une émancipation sous fonds de légende locale. “Yaadikoone”,  c’est aussi le nom d’un célèbre bandit des années 50, que la mémoire populaire retient comme le Robin des Bois sénégalais. Les personnages sont hauts en couleur mais chaleureux telle Rama, la grand-mère de Souleymane, la cinquantaine ronde et bien vivante, mais pleine de tendresse pour son petit-fils. Marc Picavez montre également le deuil d’un Sénégal au bord d’être vaincu par les désillusions, celui d’une population en effervescence, prête à tout pour non seulement réparer, mais aussi s’élever. Marc Picavez prouve qu’avec un scénario simple et allégé, une narration classique, on peut créer un grand film, généreux, humaniste et onirique.

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3) Au bruit des clochettes, Chabname Zariab (France, 2015), Fiction, 26’00

Synopsis: Saman, dix-huit ans, vit depuis longtemps dans l’enfer du Bacha bazi. Tout bascule le jour où un petit garçon débarque sous son toit. Il comprend qu’il s’agit de son remplaçant. Leur maître Farroukhzad contraint Saman à lui apprendre à danser. Une amitié va naître entre les deux enfants.

Chabname Zariab aborde ici avec talent et pudeur un sujet difficile, celui de la pédophilie qui est monnaie courante dans certains pays musulmans, en Afghanistan, en Iran ou au Tadjikistan,  Les « batchas » sont de très jeunes garçons prostitués sous le joug de leurs maîtres, qui doivent danser, habillés en filles, dans des espèces de maisons closes réservées aux hommes, avant d’être abusés par ces derniers à la fin de la représentation. Alternant scènes de jour et scènes nocturnes en huis clos, Au bruit des clochettes est un film d’une intensité dramatique rare. A travers les deux scènes superbes de danse, le spectateur appréhende la grandeur et la misère de ces courtisans éphémères dont l’avenir est lugubre: l’abandon par leur maître et une vie de paria. Un mets raffiné à découvrir ici.

https://www.dailymotion.com/video/x3rdo1a

2) L’ Ile jaune, Paul Guilhaume, Léa Mysius (France, 2015), Fiction, 30’00

Synopsis: Ena, onze ans, rencontre un jeune pêcheur sur un port. Il lui offre une anguille et lui donne rendez-vous pour le dimanche suivant de l’autre côté de l’étang. Il faut qu’elle y soit.

L’ Ile jaune traite avec subtilité et tendresse de la volatilité des amours adolescentes. Cette oeuvre est très représentative de ce que l’adolescence a de plus beau et de plus violent. Il souffle à travers ce film, un vent de fraîcheur et un parfum de liberté. Avec les mouettes, les goélands, les images du port et l’île de Diego, on part en vacances, on profite de ces paysages magnifiques et on prend un grand bol d’air marin, avec une certaine nostalgie de notre jeunesse perdue. L’image est sublime, telle une carte postale suspendue, le scénario est particulièrement soigné. Paul Guilhaume et Léa Mysius, tous deux issus de la Fémis, ont réalisé un film inoubliable.

1) Des millions de larmes, Natalie Beder (France, 2015), Fiction, 22’55

Synopsis: c’est l’histoire d’une rencontre dans un café-restaurant désert, le long d’une route. Un homme d’une soixantaine d’années attend là. Une jeune femme fait son entrée, la mine passablement fatiguée, avec un sac sur le dos et toute sa vie dedans. Il lui propose de l’avancer. Elle accepte.

Natalie Beder est une réalisatrice d’avenir. Des millions de larmes, produit par Yukunkun Productions, est sa première réalisation. Ce road-movie abordant les thèmes de la paternité, de la solitude, et du voyage, repose sur la magie d’une rencontre entre un homme mur portant un lourd secret, et une femme un peu vagabonde, un peu errante, et du coup un peu méfiante. Petit à petit, les distances s’estompent, les âmes se rapprochent. Un film sensible et poétique, un véritable bijou, porté par une photo magnifique et un montage très maîtrisé, et surtout de merveilleux acteurs, André Wilms et Natalie Beder, elle-même, qui interprète la jeune fille.

 

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