Cannes 2024 : Diamant Brut, sans influence

Que ce soit sur les réseaux sociaux, la téléréalité ou la réalité, le désir d’être aimé est universel et souvent autodestructeur. Si le premier long-métrage d’Agathe Riedinger chavire par bien des aspects, son interprète principale empêche toutefois le navire de couler avec des propos qui dénonce le culte de la beauté chez les jeunes femmes en mal d’affection. Diamant Brut en brosse le portrait entre fascination et inquiétude.

Synopsis : Liane, 19 ans, téméraire et incandescente, vit avec sa mère et sa petite sœur sous le soleil poussiéreux de Fréjus. Obsédée par la beauté et le besoin de devenir quelqu’un, elle voit en la télé-réalité la possibilité d’être aimée. Le destin semble enfin lui sourire lorsqu’elle passe un casting pour Miracle Island.

Pour sa première incursion sur la Croisette, Agathe Riedinger possède tous les arguments nécessaires pour faire valoir son sujet auprès du jury, et notamment sa présidente, qui pourrait y voir une itération de sa poupée Barbie. Malou Khebizi succède à Sarah-Megan Allouch qui interprétait déjà Liane dans le court-métrage de Riedinger, J’attends Jupiter (2018). Ce premier long présenté en compétition à la 77e édition du Festival de Cannes part du même postulat. Le monde du showbiz fascine et empoisonne l’esprit de la jeune femme. Mixons le tout avec les ingrédients qui composent Ève (2019), à commencer par l’escalade d’une hypersexualisation du corps féminin. C’est ainsi que la cinéaste française recycle intelligemment ses thématiques afin d’obtenir cette allégorie de la femme « moderne », pleine d’imperfections, ce qu’elle nomme diamant brut.

Belle à en souffrir

Dans quel mauvais rêve Liane est-elle tombée ? Probablement dans le même que de nombreuses jeunes filles qui aspirent à vivre de l’influence de leur plastique, mais n’est pas Kim Kardashian qui veut ! S’il faut vraiment souffrir pour être belle, à quoi bon porter ces talons qui écorchent la peau et se greffer tout un tas prothèses jusqu’à devenir une forme hybride, jusqu’à maquiller toute trace d’humanité ? Sans le sou, elle vend des articles de beauté bon marché (et souvent issus de larcins). C’est ainsi qu’elle se présente, en vagabondant autour de Fréjus pour se convaincre que le métier d’influenceuse est fait pour elle. Sa quête de gloire et de richesse est toutefois contrecarrée par un misérabilisme ambiant, et bien trop surligné pour qu’une emphase émotionnelle ne survienne. Il en va de même pour une romance faiblarde par manque d’alchimie.

Pourtant, la vie de Liane a tout d’un purgatoire, mais c’est finalement un enchaînement des sept péchés capitaux qui la consume. Doit-on reconnaître dans la course toxique sur les réseaux un mécanisme d’emprise similaire à la foi religieuse aveugle ? Liane peut-elle seulement être maîtresse de son destin ? Lorsqu’une opportunité de rejoindre une célèbre émission de téléréalité s’offre à elle, de nombreuses métamorphoses corporelles se succèdent. On y découvre les limites et la superficialité d’une activité qui vampirise sa vitalité. Afin de satisfaire les canons de beauté actuels, Liane doit se mettre à nue, parfois littéralement. Est-ce également une forme de prostitution ? Le film y répond dans un aparté malaisant, mais qui révèle également des faiblesses d’écriture, un symptôme inhérent à un premier long qui doit essentiellement à sa mise en scène et la photographie de Noé Bach (Little Girl Blue).

Le film d’Agathe Riedinger manque d’être à l’image de son propre titre. En polissant tous les contours possibles à mi-parcours, la cinéaste compense ses lacunes avec la précision de son cadrage, notamment lorsqu’il s’agit d’effleurer le corps de Khebizi, mutilé par sa passion du corps parfait, quitte à nourrir une culture du cyberharcèlement. Ce conte désenchanté prend ainsi le pouls des femmes conditionnées par l’espoir, poussées à la faute et, a fortiori, mises en échec par un idéal qui finit par les trahir tôt ou tard.

Diamant Brut est présenté en Compétition au festival de Cannes 2024.

Fiche Technique

Réalisé par : Agathe RIEDINGER
Année de production : 2024
Pays : France
Durée : 103 minutes
Date de sortie : 09 octobre 2024

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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