La saison 6 de Bosch et les failles de la justice américaine

La saison 6 de la série Bosch suit principalement le roman A Genoux, et nous propose une mise à nu des failles du système judiciaire américain. Une formidable saison, tendue, nerveuse, passionnante et dramatique.

Cet article révèle des éléments des saisons précédentes.

Cette saison six, et avant-dernière, se révèle vite être une des meilleures de la série adaptée des romans de Michael Connelly. L’action est dense, le rythme est soutenu, l’ambiance est sombre.
Si elle se déroule onze mois après la saison précédente, cette saison 6 en est cependant la suite directe. Certaines actions, commencées précédemment, continuent ici.
C’est le cas de l’affaire qui occupe J. Edgar. Depuis la saison 5, une enquête parallèle donne plus d’importance à un personnage qui a pris de l’ampleur au fil des saisons. Le meurtre de Gary Wise, informateur de J. Edgar, va confronter le policier à son passé haïtien. Cette saison 6 va prolonger l’enquête autour de deux flics ripoux qui remettent en circulation des armes prises lors des enquêtes, mais aussi et surtout autour du personnage de Jacques Avril, que J. Edgar soupçonne d’avoir dirigé des escadrons de la mort en Haïti.
L’enquête principale de cette saison 6 tourne autour du meurtre de Stanley Kent. Travaillant dans un hôpital, il a été victime d’un chantage l’obligeant à voler une quantité importante du césium employé pour le traitement du cancer. Le FBI est sur le coup, puisque le césium peut servir à fabriquer des “bombes sales”.
Du coup, nous assistons au traditionnel conflit entre le FBI et les policiers, chacun cherchant à empiéter sur les prérogatives de l’autre. L’enquête va vite se diriger vers les “citoyens souverains” (“freemen on the land”), des libertariens qui pensent que le gouvernement exerce une pression anti-démocratique sur les citoyens, et qui refusent donc de se soumettre aux lois et aux taxes fédérales. FBI et police sont d’accord pour intervenir en douceur, mais une interpellation tourne mal.
En même temps, Bosch va ouvrir un dossier classé, celui sur meurtre de la jeune Daisy Clayton (14 ans), meurtre qui a été attribué à un tueur en série surnommé Le Boucher.
Et pendant ce temps-là, le chef Irving se lance dans la campagne pour les municipales de Los Angeles, et Maddy, la fille de Bosch, décroche un stage chez l’avocate Honey Chandler.

Dans un premier temps, toutes ces actions donnent une densité à la saison, très riche en rebondissements et en action. Même si la série garde son rythme lent et continue à insister sur l’ambiance, elle n’en reste pas moins absolument passionnante. La tension va croissant au fil des épisodes. Grâce à un scénario remarquable, jamais ces multiples actions ne sont sacrifiées ou abandonnées en cours de route, elles sont menées de front et contribuent toutes à la tension dramatique de la saison.
Mais surtout, l’ensemble de ces actions permettent de dresser le constat des failles du système judiciaire américain. Un thème qui tient à cœur à Michael Connelly, et que l’on retrouve souvent au fil de ses romans. Entre les arrangements avec les tueurs et les dommages et intérêts versés à des criminels, la saison montre comment il est facile de jouer avec la justice. Ce constat se distille tout au long de la saison, en se basant sur une reconstitution fine et précise du système judiciaire américain. C’est toute la question de l’égalité des citoyens face à la loi qui se pose ici, avec des éléments de réponse très pessimistes. D’ailleurs, il se dégage de cette saison une impression sombre et triste (à l’image de la superbe version de la chanson « What a wonderful world », qui clôt la saison sur une note de mélancolie).
L’interprétation est, comme toujours, d’une grande justesse, et la réalisation sait instaurer une ambiance nocturne de film noir. Au fil des saisons, Bosch se définit non seulement comme une adaptation sérieuse des romans de Connelly, mais aussi comme une des grandes séries policières actuelles, renouvelée pour une septième et ultime saison.

Bosch, saison 6 : bande annonce

Bosch, saison 6 : fiche technique

Créateur : Eric Overmyer
Réalisateur : Ernest R. Dickerson, Alex Zakrzewski…
Scénaristes : Michael Connelly, Shaz Bennett…
INterprétation : Titus Welliver( Harry Bosch), Jamie Hector (J. Edgar), Ami Aquino (Lieutenant Grace Billets), Lance Redick (Chef Irving), Madison Lintz (Maddeleine Bosch), Abby Brammell (Heather Strout), Treva Etienne (Jacques Avril), V. I. P. (Daisy Clayton), Jamie Anne Allman (Elizabeth Clayton)
Photographie : Patrick Cady, Michael McDonough
Montage : Steven Cohen, Kevin Casey
Musique : Jesse Voccia
Production : Mark Douglas, Titus Welliver…
Société de production : Hieronymus Pictures, Fabrik Entertainment, Amazon Studios
Société de distribution : Amazon Studios
Durée : 10 X 42 minutes
Genre : policier, drame
Etats-Unis – 2020

Festival

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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