Retro Stephen King : La Ligne Verte, un film de Frank Darabont

Devenu un véritable classique du cinéma américain, l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Stephen King, La Ligne Verte, est un film captivant et bouleversant qui donne à réfléchir sur la condition humaine.

Synopsis : Paul Edgecomb, pensionnaire centenaire d’une maison de retraite, est hanté par ses souvenirs. Gardien-chef du pénitencier de Cold Mountain en 1935, il était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions capitales en s’efforçant d’adoucir les derniers moments des condamnés. Parmi eux se trouvait un colosse du nom de John Coffey, accusé du viol et du meurtre de deux fillettes. Intrigué par cet homme candide et timide aux dons magiques, Edgecomb va tisser avec lui des liens très forts.

Cinq ans après le film oscarisé Les Evadés, Frank Darabont remit le couvert avec une nouvelle adaptation cinématographique d’une des œuvres de Stephen King, La Ligne Verte. Peu avare de critiques sur chacune des adaptations théâtrales ou cinématographiques de ses romans, le légendaire auteur a sensiblement salué le travail effectué par le réalisateur Frank Darabont (à qui l’on doit notamment The Mist et The Walking Dead) sur son roman-feuilleton The Green Mile (La Ligne Verte en français) sorti en 1996 et édité initialement en six épisodes.

A la différence des Evadés qui recentre son intrigue sur les prisonniers de « Shawshank », La Ligne Verte est racontée selon le point de vue des gardes de prison, et plus précisément du chef des gardiens du couloir de la mort du pénitencier « Cold Mountain » de Louisiane, Paul Edgecomb (joué par Tom Hanks). Le film qui s’ouvre sur Edgecomb vivant dans une maison de retraite, amorce l’intrigue quand le retraité narre à une de ses camarades de pensionnat l’année bouleversante de 1935, où il rencontra John Coffey (Michael Clarke Duncan), accusé du meurtre de deux petites filles. C’est donc sous forme de flashbaks que l’on découvrait l’un des films phares du cinéma américain.

Le bloc E où se situe le couloir de la mort, intitulé dans le film éponyme « la ligne verte » trouve son surnom dans la couleur du sol qui sert de dernier chemin emprunté par les condamnés à mort, avant leur exécution sur la célèbre chaise électrique « Old Sparky ». Superviseur de ce bloc, Edgecomb est un homme marié et père de famille compatissant qui traite ses condamnés avec dignité et de la manière la plus humaine possible. Entouré de trois collègues tous aussi fiables que lui (Brutus « Brutal » Howell, Harry Terwilliger et Dean Stanton, joués respectivement par David Morse, Jeffrey DeMunn et Barry Pepper), Paul n’a qu’un seul trublion sous ses ordres, Percy Wetmore (interprété par Doug Hutchinson) qui n’est autre que le neveu de la femme du gouverneur et essaiera de saper l’autorité et l’ordre du bloc E par son antipathie, sa malveillance et son sadisme. C’est d’ailleurs lui qui met les pendules à l’heure des téléspectateurs qui ne voient en La Ligne Verte dès ses premières minutes qu’une triste histoire.

En effet, outre ses éléments surnaturels découverts au fil du film, l’intensité dramatique de La Ligne Verte se superpose parfois avec l’horreur et la morbidité de certaines scènes. Comme en témoigne l’exécution du prisonnier au bon cœur Edouard Delacroix (Michael Jeter) qui est tué dans d’atroces souffrances. Ainsi, fait symptomatique dans les œuvres de Frank Darabont qui aime présenter les choses avec détails, alors que l’on découvre étape par étape lors d’une répétition comment est fait une exécution sur chaise électrique (on rase le dessus du crâne pour y déposer une éponge préalablement mouillé pour permettre une électrocution plus rapide), c’est avec effroi que l’on assiste à la mort du maître de la souris Mr Jingles, dont la tête ne fut pas mouillée. Darabont réussit ici avec brio et de manière troublante (l’explosion des ampoules, les tonnerres, les cris de joie du diabolique William « Billy the Kid » Wharton) à présenter l’inhumanité de certains personnages et le sort tragique de ses détenus. Outre Delacroix et Wharton, on retrouve derrière les barreaux l’indien Arlen Bitterbuck et, plus tard, John Coffey. Accusé d’avoir tué deux jeunes filles, le colosse John Coffey se révèle rapidement être un homme d’une extrême gentillesse. Simple d’esprit, poli et plutôt vulnérable (Coffey, dont le nom se dit comme le café -en anglais- mais ne s’écrit pas pareil, a peur du noir), ce grand enfant à la carrure imposante attise la curiosité de Paul Edgecomb qui se persuade vite de son innocence.

Toutefois, le film prend une toute autre dimension quand Coffey réalise un miracle en guérissant Paul Edgecomb qui souffre d’une infection urinaire. Le thème du surnaturel tant précieux et capital aux œuvres de Stephen King est donc parfaitement respecté dans cette adaptation qui se rapproche fortement du roman éponyme de 1996. Aussi, bien que l’on dénombre un certain nombre d’inconsistances dans la version cinématographique (comme le fait que la femme de Paul Edgecomb meurt lors d’un accident de bus dans le roman ou l’absence du nemesis de Paul, Brad Dolan, du film), La Ligne Verte surprend par sa presque parfaite narration Stephen King-esque. Le mécanisme surnaturel est par ailleurs enclenché de façon crescendo au fur et à mesure des sublimes trois heures du film, et se superpose brillamment à l’aspect religieux du film. Ainsi, persuadé que Coffey a été touché par Dieu, Edgecomb rencontre une crise de conscience sans pareil et qui le transformera à jamais. Comment pouvait-il permettre et participer à l’exécution d’un envoyé de Dieu ? La voie choisie par le chef des gardes face à ce dilemme atteste de la grandeur de son âme. Il propose à Coffey de l’aider à s’enfuir (fait manquant par ailleurs dans le livre de Stephen King) avec l’aide de son collègue Brutus Howell, mais Coffey refuse l’offre, ne voulant pas causer de problèmes aux gardiens et fatigué de la laideur du monde et de la violence des hommes.

L’élément central du film est sans aucun doute la relation entre Paul Edgecomb et John Coffey, magistralement joués par les acteurs Tom Hanks et Michael Clarke Duncan. Le regretté Michael Clarke Duncan qui s’était fait remarquer un an plus tôt dans Armageddon avait d’ailleurs pris des cours pour perfectionner son rôle de John Coffey, véritable pierre angulaire du film. Avec quatre nominations aux Oscars de l’an 2000 dont celui du meilleur film et du meilleur scénario adapté, Michael Clarke Duncan s’imposa face à son camarade Tom Hanks pourtant tout aussi splendide, avec une nomination pour « meilleur acteur dans un second rôle » aux Oscars et aux Golden Globes. En outre, Tom Hanks dont le talent n’est plus à démontrer et Michael Clarke Duncan qui nous offre la plus grande performance de sa courte carrière, sont soutenus par d’émérites acteurs. On pense là à Doug Hutchinson et Sam Rockwell qui réussissent à faire de leurs personnages des antagonistes particulièrement malfaisants, et aux acteurs David Morse, Michael Jeter et Bonnie Hunt qui apportent la touche d’humanité et de douceur nécessaire à la délicate balance réalisée par Darabont, entre le bien et le mal.

Basé sur l’oeuvre éponyme Stephen King, La Ligne Verte est un film poignant produit par Frank Darabont qui réalise un classique du cinéma américain. De John Coffey à Paul Edgecomb, en passant même par la souris Mister Jingles, l’investissement émotionnel qu’apporte cette adaptation cinématographique à ses spectateurs fait de lui un indiscutable chef d’oeuvre. Porté par un script d’une qualité supérieure et d’un casting grandiose et talentueux, La Ligne Verte rend honneur au roman éponyme de Stephen King qui dit d’ailleurs de ce film dans son making of, qu’il s’agit du meilleur scénario jamais adapté d’une de ses œuvres.

La Ligne Verte : Bande Annonce

La Ligne Verte : Fiche Technique

Titre original : The Green Mile
Réalisateur : Frank Darabont
Scénario : Frank Darabont (d’après le roman de Stephen King)
Interprètation : Tom Hanks, Michael Clarke Duncan, David Morse, Sam Rockwell, Doug Hutchison, Bonnie Hunt, James Cromwell, Michael Jeter, Graham Greene, Barry Pepper, Jeffrey DeMunn, Patricia Clarkson, Harry Dean Stanton, Gary Sinise, William Sadler, Dabbs Greer
Musique : Thomas Newman
Photographie : David Tattersall
Monteur : Richard Francis-Bruce
Producteurs : Frank Darabont, David Valdes
Décors : Terence Marsh
Distributeur : Warner Bros. Pictures
Genres : Fantastique, Drame
Durée : 188 minutes
Date de sortie:  1er mars 2000

Etats-Unis – 1999

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