Brooklyn Boogie: l’hommage au quartier de cœur

Œuvre dédiée au quartier de Brooklyn, Brooklyn Boogie est une co-réalisation de Wayne Wang, « suite » de son film Smoke ; et de Paul Auster qui adapte une de ses nouvelles pour en signer le scénario.

Brooklyn Boogie est ce que l’on peut qualifier de « théâtral » par moments en ce qu’il met en scène des personnages face à eux-mêmes ou à une caméra, directement devant nous, sans artifice. Certaines scènes paraissent jouées comme au théâtre : le monologue de Violet (Mel Gorham) récité, celui de Lou Reed qui joue un « homme aux étranges lunettes » (il est crédité ainsi) même s’il apparaît comme une sorte de discussion avec les réalisateurs. Le quatrième mur est brisé plusieurs fois, l’œuvre n’étant pas définie clairement dans sa forme : mi-documentaire mi-fiction. Il s’agit donc d’un objet cinématographique unique dont le but est de montrer le quartier de Brooklyn dans toute sa splendeur, ou plutôt son excentricité, sa diversité. Toute une galerie de personnages se retrouve autour du personnage d’Harvey Keitel alias Auggie Wren, qui tient un débit de tabac.

Le rythme du film est très vivant mais aussi étrange car entrecoupé de scènes avec des statistiques (plus ou moins excentriques) sur Brooklyn. C’est un film unique, comme nous l’avons dit, également dans sa volonté de montrer ce quartier de New-York tel qu’il est : bruyant, grouillant de monde, excentrique, sale, où on trouve aussi des voleurs… Paul Auster est un grand écrivain connu notamment pour sa Trilogie New-Yorkaise et l’on sent qu’il a un attachement particulier et fort pour cette ville.

Un des gros points forts du long-métrage est d’avoir réussi à recréer l’authenticité de ce microcosme qu’est Brooklyn, en montrant son quotidien, au travers de ses personnages attachants, hauts en couleur. On y retrouve des scènes de la vie quotidienne : on y voit des personnages ordinaires du quartier, qui vivent leur vie ou font leur travail : un salesman, un conducteur d’enquêtes (joué par Michael J. Fox), des musiciens, une SDF… Ceci marche d’autant plus qu’on y retrouve des grands noms du cinéma ou de la musique, qui eux aussi ont un rapport particulier avec ce quartier : Jim Jarmusch, Lou Reed, Madonna… Les retrouver ainsi en train d’interpréter un rôle les montre sous un jour nouveau et très plaisant. Finalement, ils semblent beaucoup plus « réalistes », car détachés du statut d’artiste au-dessus du commun des mortels qu’on a tendance à leur conférer.

Un autre gros point fort est la liberté dont ont fait preuve Wayne Wang et Paul Auster avec cette œuvre : on sent qu’ils ont voulu mettre toute leur créativité dans ce projet, et cela marche très bien. Entre autres, le montage et la mise en scène du film sont assez uniques en leur genre : on croise le chemin de ces personnages fictifs, puis l’on voit des interviews de vrais personnes habitant ce quartier. Nous avons déjà abordé son aspect théâtral, mais force est de constater qu’à certains moments on se retrouve à mi-chemin entre des saynètes et des vraies scènes de film. Cela pourrait sembler brouillon ou confus en temps normal, mais pas ici. Le but est de faire ressentir au spectateur le bouillon créatif que représente New-York, et bien entendu, Brooklyn, pétri d’influences culturelles diverses.

Donc, n’hésitez pas à regarder cette œuvre drôle et festive, vous en ressortirez sûrement plus grand qu’avant.

Brooklyn Boogie : Bande Annonce

Brooklyn Boogie : Fiche Technique

Titre : Brooklyn Boogie
Titre original : Blue in the Face
Réalisation : Paul Auster et Wayne Wang
Scénario : Paul Auster et Wayne Wang
Production : Greg Johnson, Harvey Keitel, Hisami Kuroiwa, Peter Newman, Diana Phillips, Bob Weinstein et Harvey Weinstein
Photographie : Adam Holender
Montage : Christopher Tellefsen
Musique : John Lurie
Genre: Comédie
Durée: 83min
Date de sortie: 3 janvier 1996
Etats-Unis – 1995

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Festival

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Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
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