Napoléon, le jour de gloire n’est pas arrivé..

On en espérait sans doute trop, après les deux derniers films de Ridley Scott. On aurait dû le voir venir, quand on a su que la version cinéma serait amputée de près d’un tiers de son contenu. Pourtant, difficile de s’attendre à une telle déception venant d’un aussi grand réalisateur. Oui, la version cinéma de Napoléon frôle bel et bien la catastrophe.

Au coin, Napoléon !

2h38. Telle est la durée de ce semi-biopic. Pourquoi semi ? Tout simplement car le film s’éloigne régulièrement de la réalité, tant pour ce qu’il raconte que pour la personnalité de son Napoléon. Malgré tout, un élément capital doit être précisé : le vrai projet, destiné à une sortie sur Apple TV +, dure 4h. La version cinéma, disponible aujourd’hui en salles, est une version amputée d’1h30. C’est colossal et, dans les faits, incroyablement visible. Le problème principal de l’œuvre vient-il de là ? En tout cas, cela n’arrange rien. Avec son nouveau bébé, qu’il défend d’ailleurs corps et âme face à la presse et aux historiens, Ridley Scott entend raconter sa propre histoire. Vous êtes prévenus, celle-ci est plus proche de la fiction que de la réalité.

Dans l’idée, ce parti pris aurait pu être intéressant. Les films s’éloignant des faits historique sont nombreux et Napoléon n’a jamais été vendu comme un biopic. Dans les faits, le film ne semble jamais savoir sur quel pied danser, se concentrant principalement sur l’amour entre l’Empereur et Joséphine. Le problème est que rien ne va dans cette histoire amputée. Les scènes s’enchainent sans vraiment de fil rouge, voire même dans l’incohérence la plus totale. Il devient évident que des passages entiers ont disparu entre deux séquences. Finalement, on ne regarde qu’un enchaînement de dialogues insipides au possible, dépeignant un Napoléon immature voire proche de l’autisme. Puis, pour quelques superbes batailles, sa personnalité change du tout au tout. On y découvre lors de ces affrontements un homme stratège, intelligent et calculateur. Puis, de retour en France, l’homme se comporte comme un enfant, à qui on aurait retiré ses jouets. Ainsi le film alterne, sans prendre le temps de poser le moindre contexte, tel  évènement A avec tel évènement B sans fil conducteur. Oubliez le général stratège et bienvenue dans l’histoire d’amour la plus ennuyeuse de ces dernières années. Même Joaquin Phoenix semble s’ennuyer, forcé de composer avec un rôle qui ne lui laisse que peu de chances de briller. Un comble !

L’étendard sanglant élevé

Heureusement, Ridley Scott continue de démontrer tout son savoir-faire et, malgré un comportement douteux pour la promotion de son film, force est de constater que le réalisateur de 85 ans n’a pas perdu la main. C’est certainement le plus rageant, dans cet ébauche d’histoire qui n’a visiblement jamais dépassé le stade de brouillon (en attendant la version longue, évidemment), pour tout ce qui touche à la mise en scène et à la reconstitution historique, il excelle. Les décors sont beaux, les plans réfléchis et parfaitement cadrés, les costumes et le sound-design irréprochables : les éléments pour un grand film étaient là. Malheureusement, en plus de la narration insupportablement ennuyeuse, une photographie grisâtre peu judicieuse retire au film toute chaleur.

Seules éclaircies dans cet enfer nuageux, les scènes de batailles sont sublimes, particulièrement celle d’Austerlitz qui rassemble tout le génie de Scott derrière une caméra. Violente, implacable, dure, jubilatoire, on est sur un grand moment de cinéma. Seulement voilà, l’affrontement est expédié en 10 minutes, bien loin des neuf heures de la réalité de Décembre 1805. Si l’on additionne la scène d’ouverture, un très (très) court instant en milieu de film et la bataille de Waterloo, on est sur un total de vingt minutes de bonheur, en tout et pour tout. Et encore, le film broyant constamment la règle du fusil de Tchekhov, le manque d’introduction aux évènements majeurs du film sort le spectateur de tout enjeu émotionnel. Ajoutez-y une fin absolument pathétique et incroyablement mal amenée, on obtient avec Napoléon la déception de l’année.

Napoléon – Bande-annonce

Napoléon – Fiche Technique

Réalisation : Ridley Scott
Scénario : David Scarpa
Casting : Joaquin Phoenix / Vanessa Kirby / Tahar Rahim / Ben Miles
Musique : Martin Phipps
Production : Apple Studios / Scott Free Productions
Distribution : Apple TV + (VOD) / Sony Pictures (France)
Genre  : Drame / Historique
Durée : 158 minutes
Sortie : 22 Novembre 2023 en salles

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1.7

Festival

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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