La vénus d’argent choc et toc de Héléna Klotz

Héléna Klotz vise un film surprenant, crispant, elliptique et ambitieux moulé sur cette héroïne qui croit pouvoir s’affranchir du fait social et de sa captation par sa propre marginalité tendance, elle-même subjuguée par l’inanité aliénante des chiffres et de leur fausse valeur. Cette Vénus d’argent est bien le symptôme de notre ère du vide : allumeuse et narcissique, choc et toc.

La vénus de l’ère du vide, ambitieux et artificiel

Dans une posture de crise post-adolescente poreuse à tous les clichés pseudo-émancipateurs et narcissiques de la décennie qu’elle transfère sur son personnage principal joué par Claire Pommet, Heléna Klotz nous embarque dans un film dont l’arrogance et le tape à l’œil servent à nous faire croire qu’il suffirait comme son héroïne de braquer une vitrine, de se blesser salement,  de se panser les seins, de se déclarer neutre, d’être hautain et sans affects, de se raser la boule à zéro et de s’habiller comme un cosmonaute ridicule pour échapper à la médiocrité, au vide et à l’inauthenticité de nos époques aliénées.

Le film ressemble à l’unique excellente scène qu’il contient ou à un chapitre de l’essai sur l’individualisme contemporain de Gilles Lipovetsky. « A la fois séduction non-stop et apathie new-look ». Celle d’un ultime entretien d’embauche où l’actrice Claire Pommet (alias Pomme) répond militairement et cyniquement aux questions symptômes  (votre rapport à l’argent, où vous imaginez vous vivre dans 10 ans ?) des trois hommes face à elle.

Tout à coup Mathieu Amalric (de plus en plus abonné au rôle de guest star, en surmoi royal ici, looser magnifique dans Une année difficile  fait signe à ses deux acolytes de quitter la pièce et termine l’entretien dézinguant la jeune femme sur son costume vestimentaire has been et tout sauf subversif (elle est alors rasée façon Demi Moore dans A armes égales, tout de cuir blanc vêtue, lourd blouson de motarde col montant style Steve McQueen dans le Mans. Elle même lui rétorque du tac au tac qu’il porte le costume du nouveau prolétaire. Les dialogues font mouche dans une artificialité délibérée, clinquante et culottée, niaqueuse et réjouissante si elle s’était accompagnée tout le reste du film de vrais enjeux de mise en scène, d’un rapport pensé aux plans, d’une maîtrise minutieuse de l’ensemble.

Après une ouverture séduisante parce qu’intrigante, disons chic et choc, cette Vénus d’argent servie par des comédiens bien formés et très « sexduction » (Niels Schneider, le rappeur Sofiane Zermani inoubliable dans son rôle martial des Sauvages et la trop rare Anna Mouglalis transfuge des défilés Channel et des éclats éternels d’Une vie nouvelle de Philippe Grandrieux) s’enlise dans une mollesse scénaristique, une histoire mal fichue  ou seulement pas assez travaillée ni coordonnée à l’exigence du propos. A trop vouloir cocher les enjeux trendy, la conquête des transfuges de classe, la révolution du genre, l’annihilation de l’individu dans un post libéralisme atone et morne, la désaffectation d’une société avide de néant, le film se perd dans une posture et peine dans la véracité de sa construction.

Jeanne Francoeur le personnage joué par Pomme veut s’extraire de sa caserne de vie, de son père gendarme et père au foyer (Grégoire Colin le plus vrai de tous), de ses frères et sœurs, veut surtout s’extraire d’elle-même, se libérer des assignations de milieux, de genre, d’affection en ambitionnant un poste de tradeur dans la haute finance.

La réalisatrice vise un film surprenant, crispant, elliptique et ambitieux moulé sur cette héroïne qui croit pouvoir s’affranchir du fait social et de sa captation par sa propre marginalité tendance, elle-même subjuguée par l’inanité aliénante des chiffres et de leur fausse valeur. C’est louable.

Malheureusement le défi de la mise en scène qui se veut clinique et déshumanisée n’est pas suffisante. Il y a une brisure d’inauthenticité, quelque chose à l’insu de la cinéaste, dans le choix des acteurs, dans la pose modeuse ou wikipédia des enjeux clivants de l’époque qui exaspère et empêche cette Vénus de vraiment décoller ou tout simplement de nous retenir.

Bande-annonce : La Venus d’argent

Fiche Technique : La Venus d’argent

De Héléna Klotz
Par Héléna Klotz, Noé Debré
Avec Claire Pommet, Niels Schneider, Sofiane Zermani
22 novembre 2023 en salle / 1h 35min / Drame
Distributeur : Pyramide Distribution

Festival

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