Iron Claw : fratrie, malédiction, emprise, testostérone et catch… Sans match !

À chaque fois c’est certes différent, mais il manque une nouvelle fois ce fameux « je-ne-sais-quoi » qui fait l’étoffe des grands films à ce nouvel opus de Sean Durkin après Martha, Marcy, May, Marlene et The Nest. Traitant à nouveau de l’emprise – mais à travers un prisme différent – pour son troisième film, il se heurte à son script trop linéaire qui voit la seconde partie n’être qu’une accumulation de tragédies redondantes à la longue. Cette saga familiale dans le milieu si singulier du catch n’en demeure pas moins plaisante grâce notamment à son incroyable casting dominé par un Zac Efron transfiguré.

Synopsis : Les inséparables frères Von Erich ont marqué l’histoire du catch professionnel du début des années 80. Entrainés de main de fer par un père tyrannique, ils vont devoir se battre sur le ring et dans leur vie. Entre triomphes et tragédies, cette nouvelle pépite produite par A24 est inspirée de leur propre histoire.

Les films prenant comme contexte la discipline sportive très populaire aux États-Unis qu’est la lutte, et son dérivé le catch, ne sont pas légion. En revanche, sur le peu d’œuvres qui en ont parlé (une dizaine tout au plus), certaines ont marqué les annales et ont valu pas mal de prix à ceux qui y ont participé. On pense au drame Foxcatcher qui parlait de lutte et offrait des contre-emplois mémorables à Steve Carrell et Channing Tatum ou au retour en grâce de Mickey Rourke grâce à Darren Aronofsky avec The Wrestler et son icône du catch abîmée. Ici,  The Iron Claw entend nous raconter l’histoire vraie d’une illustre famille du catch : les Von Erich. Et certains comédiens de la distribution pourraient également être primés.

Pour rappel, le catch est une pratique sportive destinée à impressionner le public, où les combattants sont autant des comédiens dans la peau de personnages que des lutteurs. Les coups sont généralement prévus à l’avance tout comme l’issue d’un combat et le but est d’en mettre plein la vue au public au détriment du réalisme et du sport. C’est même une discipline orienté sur le spectacle qui est culturellement presque uniquement nord-américaine et qui peut sembler ridicule pour qui n’y est pas initié. Le film parvient à la rendre presque désespérée et montre également les magouilles inhérentes à ce type de manifestations sportives. En revanche, ce ne sont pas ces séquences qui s’avèrent les plus réussies. Rien que la récente comédie Une famille sur le ring avec Florence Pugh et Dwayne Johnson filmait mieux lesdits combats. Ils sont mis en scène ici de manière un peu triviale et paresseuse et on n’a jamais droit à un combat dans son entièreté, ce qui prouve que ce n’était pas ce qui intéressait le cinéaste en premier lieu mais simplement le contexte délétère de sa tragédie familiale aux accents presque antiques.

C’est le troisième film de Sean Durkin après le prometteur mais quelque peu inabouti Martha, Marcy, May, Marlene et le très froid et austère The Nest. Et c’est son troisième film à traiter plus ou moins frontalement de l’emprise. Son premier le faisait par le biais d’une secte et de son personnage principal qui venait de s’échapper des griffes du gourou et le second traitait de l’emprise toxique d’un mari sur sa femme au sein des dynamiques du couple. Ici, dans The Iron Claw, cette emprise est vue sous un autre aspect : celui d’un père tyrannique sur ses fils. Et c’est d’ailleurs le côté le plus intéressant du film. L’une des premières scènes où celui-ci établit un classement de préférence de ces quatre rejetons est, en ce sens, édifiante et terrifiante.

Encore une fois, son nouveau film développe un petit problème identique à ses deux précédents. Il y manque ce fameux « petit-je-ne-sais-quoi » qui emmènerait son long-métrage vers quelque chose de plus fort, de plus puissant et de plus réussi. Ici, c’est la structure bancale du long-métrage qui pêche. La première partie est plus réussie, se confondant avec une chronique familiale eighties prenant place au Texas avec le catch en toile de fond. Puis la seconde partie se mue en un enchaînement de tragédies qui touche les Von Erich. Une, puis deux, puis trois… Et ainsi de suite jusqu’à fatiguer le spectateur. La trame devient redondante et l’émotion ne pointe jamais le bout de son nez à force d’accumulation frôlant parfois un pathétique de mauvais aloi. Durkin a mal amené la malédiction qui aurait touché cette famille et il ne nous captive pas autant qu’il aurait voulu à tel point qu’on finit par trouver le temps un peu long.

Heureusement, le casting de choix compense ce constat. Et s’il y en a bien un qui attire tous les regards c’est bien Zac Efron. Un acteur dont les choix de carrière se veulent de plus en plus pointus, intéressants et pertinents. Dans la peau de l’aîné de cette fratrie, exposé aux humeurs d’un père difficile et voulant à tout prix réussir dans le catch il est impressionnant. De sa transformation physique à son jeu d’acteur très approprié, il ne peut qu’emporter tous les suffrages. Dans le rôle du patriarche, Holt McCallanny (la série Mindhunters) offre également une composition de premier choix qui fait froid dans le dos et dont les frustrations et l’autorité passent beaucoup par le regard. On pourra déplorer en revanche des rôles féminins sacrifiés. Maura Tierney et Lily James avaient plus à donner mais l’écriture de leurs rôles et le montage ne leur fait pas honneur.

The Iron Claw dure plus de deux heures qui se révèlent donc peut-être trop programmatiques et qui ne bousculent pas autant qu’on l’aurait aimé. C’est une fresque familiale comme on en a déjà vu beaucoup mais à laquelle une photographie tiède et jaunâtre et la patine 80’s confèrent une certaine identité visuelle assez réussie. On y passe un relatif bon moment mais que l’on doit beaucoup plus au casting et à l’autopsie d’une famille dysfonctionnelle qu’on aurait aimé plus poussée, surtout quand les séquences sportives ne sont pas forcément mémorables. On a donc affaire à une semi-déception et une œuvre qui aurait pu être bien plus flamboyante et intense que le produit fini qu’on nous propose. Ce manque d’un petit « je-ne-sais-quoi » en somme…

Bande-annonce – Iron Claw

Fiche technique – Iron Claw

Réalisation : Sean Durkin.
Scénario : Sean Durkin.
Musique: Richard Reed Paris.
Production : A24.
Pays de production : USA.
Distribution France : Metrepolitan Filmexport.
Durée : 2h11.
Genres : Drame sportif.
Date de sortie : 24 janvier 2024.

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