Cherchez la femme, un film de Sou Abadi : Critique

Cherchez la femme, le long métrage de Sou Abadi, souffre des défauts d’un premier film mais réussit à lier humour et bienveillance et à déjouer les pièges de la comédie française pour captiver les spectateurs.

Synopsis : Armand et Leila, étudiants à Science Po, forment un jeune couple. Ils projettent de partir à New York faire leur stage de fin d’études aux Nations Unies. Mais quand Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé, il s’oppose à la relation amoureuse de sa sœur et décide de l’éloigner à tout prix d’Armand. Pour s’introduire chez Mahmoud et revoir Leila, Armand n’a pas le choix : il doit enfiler le voile intégral ! Le lendemain, une certaine Schéhérazade au visage voilé sonne à la porte de Leila, et elle ne va pas laisser Mahmoud indifférent…

Sou Abadi dresse le portrait d’une France de diversités grâce à un trio de jeunes comédiens totalement à leurs places. Camélia Jordana est très agréable pour son premier film et Félix Moati confirme sa légitimité dans la comédie française après LOL ou encore À trois on y va. Anne Alvaro est géniale dans son rôle d’ancienne rebelle contre le pouvoir iranien reconvertie en féministe passionnante. Issu de la série SODA, William Lebghil est aussi très convaincant dans l’habit du grand frère de retour du Yemen et tyrannique avec sa soeur. Contrairement aux comédies françaises qui ont souvent peur de froisser ou qui ne traitent pas les sujets en profondeur, Cherchez la femme ose et ça fait du bien. Malgré quelques raccourcis et quelques excès non nécessaires et peu réalistes que l’on mettra sur le dos d’un premier film, ce long-métrage de la réalisatrice d’origine iranienne possède toutes les qualités que l’on réclame dans la comédie française.

Camelia-Jordana-Felix-Moati-William-Lebghil-film-cherchez-la-femme-critique-cinemaVendue comme la comédie gonflée du mois de juin, Cherchez la femme est un film dont le public français peut se réjouir. Si depuis deux ans le pays a bien appris quelque chose des drames qu’il a vécu, c’est qu’il est important de rire de tout, de toujours dédramatiser et que rien ne doit être tabou. La réalisatrice l’a bien compris. L’islamisme radical ou le voile intégral sont des sujets sensibles au sein de notre société et suscitent de nombreux débats. Dans son premier film, pas de débat, pas de leçon de morale, seulement de l’humour sur un thème au fond sérieux. Sans jamais nous dire quoi penser ni comment agir, sans jamais mépriser quiconque, Sou Abadi se moque de tous et de tout en faisant quelques détours par l’histoire iranienne, passionnante. Les clichés pourront en irriter certains et en faire rire d’autres, la tâche n’était pas simple, mais elle la réalise avec subtilité et finesse. Avec Cherchez la femme, elle fait valser tous les archétypes ensemble pour former un tout bienveillant qui regorge de sensibilité. Il fallait oser rire du niqab au risque d’en froisser certains. Le film traite des sujets de société tels que la religion, l’extrémisme, le féminisme de façon légère et plus décontractée : ce qui fait passer des messages sans pour autant assommer ou accabler le spectateur qui se retrouve totalement diverti. C’est sur cela que repose la vraie force d’une bonne comédie ou d’un bon film d’ailleurs.

Avec Cherchez la femme, la réalisatrice prouve que l’on peut rire de tout et rendre n’importe quel sujet absurde, ridicule et comique tant que c’est traité avec respect. Il a fallu beaucoup de culot et de courage, sans doute, pour tourner ce sujet sérieux en dérision. Véritable réussite, le film se trouve bien loin de la xénophobie et le racisme dénoncés par certains. Le sujet n’effraie pas la réalisatrice alors que l’islamisme radical reste un thème difficile à traiter. Pendant longtemps, la peur d’en rire s’est installée dans les esprits : c’est justement pour cette raison que le film fait du bien et qu’il ouvrira, on l’espère, les esprits conservateurs.

Cherchez la femme : Bande-annonce

Cherchez la femme : Fiche Technique

Réalisation : Sou Abadi
Scénario : Sou Abadi
Interprétation : Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil, Anne Alvaro
Musique : Jérôme Rebotier
Producteurs : Michaël Gentille
Société de production : The Film, France 2 Cinema, Mars Films
Distributeur : Mars Films
Durée : 88 minutes
Genre : comédie
Date de sortie : 28 juin 2017

France – 2017

[irp]

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.