Avec "Mata", Rachel Lang (Mon légionnaire) plonge son héroïne dans les brumes de la DGSE, entre désert nigérien et labyrinthes déshumanisés. Eye Haïdara y incarne une espionne déchirée, animée par une quête de vérité aussi pure qu'impossible. Un film magnétique et troublant.
Drôle, subtil et bouleversant, Tout va super mêle comédie romantique et réflexion sur la fin de vie. Porté par une distribution éclatante (Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Rudy Milstein), le nouveau film de Patrick Cassir a des airs de Blier en plus suave.
Dans "Mi Amor", Guillaume Nicloux assume sa radicalité : un pacte irrévérencieux avec le spectateur, un scénario qui semble s'écrire sous nos yeux, une mise en scène voluptueuse et des acteurs magnétiques (Pom Klementieff, Benoît Magimel).
Que faire quand on aime son enfant mais qu'on n'a aucune envie de jouer à la mère ? Dans "Die My Love", Lynne Ramsay s'empare de cette question inconfortable. Portée par une Jennifer Lawrence éblouissante de rage sauvage et de désarroi avide, l'histoire se noue dans une demeure déglinguée du Montana. La réalisatrice écossaise compose une partition aussi âpre qu'intense et lumineuse. Soutenue par un Robert Pattinson en mari désemparé et par la présence nostalgique de Sissy Spacek et Nick Nolte, Ramsay ne filme pas seulement une dépression : elle ausculte le vertige d'une femme qui ne veut pas se plier aux conventions. Ni complaisance, ni réalisme psychologique. Juste une sincérité à vif, et un cri.
Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.
Pour son premier long-métrage "La Danse des Renards", Valéry Carnoy signe un film d'initiation vif et sensible où le trauma devient le seuil d'une autre vérité. Le réalisateur explore avec finesse ces états psychiques labiles, ces glissements imperceptibles qui, à l’adolescence, font vaciller le corps et renaître l’âme.
"Le Rêve américain" d’Anthony Marciano est un drôle de film sans être d’ailleurs un film franchement drôle. Drôle dans son projet de réunir deux des acteurs contemporains les plus populaires, Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard, tout en jouant la carte de la tonalité modeste, neutre, presque atone. S’il est un trait saillant de l’aventure inspirée de l’histoire vraie de ces deux jeunes passionnés de basket devenus agents stars du monde de la NBA, c’est cela : une absence de panache, de brio et un jeu très retenu des deux protagonistes, Quenard et Zadi. Comme si Marciano avait passé son temps à leur demander de jouer au rabais ou de ravaler leur intensité.
Héritier du "Naked" fiévreux de Mike Leigh, Harris Dickinson signe avec "Urchin" un premier film hérissé comme son titre. Porté par un Franck Diliane électrique, ce récit à rebrousse-poil refuse toute rédemption facile pour filmer l’entropie d’un homme qui ne peut pas devenir un produit du Capital. Une claque tendue, d’une rudesse empathique.
Ce mercredi 8 juillet 2026, Studiocanal ressort en salles françaises Kill Bill: The Whole Bloody Affair, la version intégrale de 4h35 que Quentin Tarantino voulait à l'origine. Elle comporte notamment une nouvelle séquence animée inédite de sept minutes, produite par Production I.G en 2025, vingt-deux ans après la séquence originale que Kazuto Nakazawa et Katsuji Morishita avaient réalisée pour Kill Bill Vol. 1. Cette continuité de collaboration entre Tarantino et le studio japonais mérite qu'on s'arrête sur ce qui s'est joué en 2003 : le geste hybride live-action/anime que le réalisateur américain a inventé pour raconter l'enfance d'O-Ren Ishii, et ce que ce geste dit du rapport entre l'anime japonais et le cinéma américain contemporain.
Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.
Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.
Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.
Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ?
Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.