Oka Liptus

Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

Ça tourne à Manhattan, ou le métacinéma marginal des années 90

Sorti en plein cœur des années 90, Ça tourne à Manhattan navigue entre fiction, rêve et réalité et expose les coulisses chaotiques du tournage d’un film indépendant. Soit du cinéma conscient de lui-même, qui ne manque pas de faire preuve d’autodérision, le tout étant ponctué de situations comiques particulièrement irrésistibles. Une réussite qui traite de la dualité et la complémentarité d’Hollywood et des films à petit budget.

Crossing Guard : jamais sans ma fille

Avec Crossing Guard, Sean Penn filme le phénomène de l’obsession à travers le personnage de Freddy Gale, interprété par Jack Nicholson, à la fois sur le plan psychologique mais aussi pratique, en mettant en avant les répercussions dans sa vie personnelle, professionnelle, sentimentale ou familiale. Une plaie béante n’arrive pas à se cicatriser. La vengeance est vue comme l’ultime échappatoire.

La Chèvre : quand le malchanceux devient un sauveur

Duo aux antipodes, cadre exotique, humour de caractère, avec un être un peu lunaire et lourdaud, confidences authentiquement touchantes, rapprochement inévitable, les ingrédients de La Chèvre sont aujourd’hui connus du cinéma français et d’ailleurs. Malgré certains aspects ancrés dans leur époque, le film séduit toujours en mélangeant aventure rocambolesque et situations comiques souvent irrésistibles.

Des hommes d’honneur : l’ordre et la morale

Après Stand by me, Princess Bride, Quand Harry rencontre Sally et Misery, Rob Reiner signait, avec Des hommes d’honneur, un grand film sur la discipline, l’autorité et ses limites, les implications de la justice militaire, ses rouages en action, ses ramifications, le tout en fonction d'une certaine idée du sens de l’honneur.

Lost in Translation : un ailleurs à soi

Deuxième long métrage de Sofia Coppola, Lost in Translation exploite une ville (Tokyo) en bouleversant le quotidien et la vie de deux individus isolés. Il s’agit de rendre compte de la difficulté à sortir de sa zone de confort, de gagner en hauteur de vue et ouvrir des perspectives nouvelles. Une réussite qui mélange approche naturaliste et néoromantisme.

Before Sunset : réinitialisation des mémoires

Film qui s’éloigne radicalement de la structure classique hollywoodienne, étude de cas sur les circonstances permettant ou non de communiquer ses désirs, Before Sunset se caractérise par son usage réaliste des intuitons et des mémoires, quand le passé peut être reconsidéré et ouvrir des perspectives nouvelles. Une réussite qui dessine les contours séduisants d’une possible renaissance amoureuse.

L’Histoire sans fin : vertige d’identifications

Sortie en plein cœur des années 80, l’adaptation cinématographique de la première moitié du livre de Michael Ende, L'Histoire sans fin, se met à hauteur d’enfants en célébrant leur capacité à rêver. Une dichotomie s’opère entre ceux qui ont la tête en l’air et ceux qui ont les pieds sur terre. Le rêve est vu comme une qualité, une force : il s’agit d’imaginer, de s’évader pour trouver l’espoir et agir.

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