Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Reims Polar 2026 : Disaster, la catastrophe sans visage

Trois ans après "Roleless", présenté à San Sebastián en 2022, le duo du collectif gogatsu revient en compétition officielle dans ce même festival et à Reims Polar avec "Disaster". On pourrait attendre ici un thriller policier, une chasse à l'homme tendue comme un fil, avec ses suspects, ses mobiles et ses révélations. Ce que Yutaro Seki et Kentaro Hirase choisissent d'explorer, en réalité, c'est quelque chose de bien plus insaisissable : la frontière poreuse entre la malveillance humaine et le simple accident, entre le crime et la catastrophe naturelle.

Reims Polar 2026 : Le Cri des gardes, paroles enchaînées

Il y a dans "Le Cri des gardes" quelque chose qui ressemble davantage à une obligation morale qu'à un désir de cinéma. Claire Denis le dit elle-même : Bernard-Marie Koltès mourait du sida, convaincu qu'elle tournait déjà l'adaptation de "Combat de nègre et de chiens". Elle n'a pas osé le détromper. Pendant trente ans, cette promesse faite à un ami-frère a pesé sur elle comme une dette. On comprend alors pourquoi ce film existe. On comprend moins bien pourquoi il ne fonctionne pas.

Reims Polar 2026 : Le Maure de Karatas, un fantôme dans la ville

Adilkhan Yerzhanov est devenu une sorte de rendez-vous incontournable dans les festivals qui comptent. On ne le présente plus vraiment — ou plutôt, on le retrouve, comme on retrouve un auteur dont on attend chaque œuvre mystérieuse avec impatience. Le cinéaste kazakh y est un habitué de Reims Polar, et c'est presque naturellement que "Le Maure de Karatas" rejoint la compétition, après être passé par l'Étrange Festival l'an dernier. Un polar stylisé qui circule, qui trouve lentement son public et qui mérite qu'on s'y arrête une nouvelle fois.

Reims Polar 2026 : Red Code Blue, criminal academy

Premier film présenté en compétition de la 6e édition de Reims Polar, Red Code Blue est l'œuvre du letton Oskars Rupenheits, dont le premier...

Reims Polar 2026 : La Corde au cou, mise en rupture

8 février 1977. Une prise d'otage de 63 heures avec un dispositif de l'homme mort : tel est le décor qu'investit Gus Van Sant pour son retour au cinéma après sept ans d'absence. Présenté en ouverture à Reims Polar 2026, "La Corde au cou" ravive l'atmosphère des seventies pour mieux cerner la dissonance et l'absurdité d'un pays en déclin.

Reims Polar, 6e édition — Le pavillon du polar sur la cité des sacres

Du 31 mars au 5 avril 2026, Reims se métamorphose une nouvelle fois en capitale du film noir. Pour sa sixième édition, Reims Polar investit les salles obscures de l'Opéraims, sur la place Drouet d'Erlon, en plein cœur d'une ville qui porte en elle quelque chose d'unique : l'art de vieillir avec grâce, de sacrer les rois, et de faire naître des bulles de champagne dans ses caves labyrinthiques. C'est dans cet écrin de pierre et d'histoire que le polar, genre éternel et universel, trouve chaque année l'une de ses maisons les plus fidèles.

Un jour avec mon père : ce qui reste dans la lumière

Il y a des films qui arrivent comme arrivent les souvenirs d'enfance : par effraction, sans prévenir, avec cette netteté particulière des choses qu'on n'a pas cherché à retenir. "Un jour avec mon père", premier long métrage du réalisateur britanno-nigérian Akinola Davies Jr., est de ceux-là. On entre dans ce film comme on entre dans une journée ordinaire et on en ressort changé, sans trop savoir pourquoi, avec quelque chose de chaud et de douloureux logé quelque part dans la poitrine.

Natura : Se perdre pour renaître

S'il est de coutume de penser que la beauté est intérieure, "Natura" nous invite à une tout autre mise en perspective : celle d'un environnement naturel à la fois hostile et sublime, qui finit par agir comme un miroir. Une traversée du massif vosgien qui tient à la fois du conte et de la survie, où une femme cherche, dans l'épaisseur de la forêt, quelque chose qui ressemble à une seconde naissance. Mickael Perret réussit à explorer ce décor dans ce qu'il a de plus brut et de plus étrange. Un premier film audacieux et ambitieux, porteur de grandes promesses.

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