Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Sirāt : l’odyssée des damnés

Prix du jury au Festival de Cannes 2025, Oliver Laxe prolonge son cinéma de l’épreuve et de la foi dans un road-trip halluciné au cœur du désert. Entre communauté de teufeurs, deuil intime et bascule métaphysique, "Sirāt" interroge l’errance contemporaine dans un monde vidé de repères. Une expérience sensorielle radicale, portée par les corps, la musique et un monde au bord de l’effondrement.

Une page après l’autre : l’école du silence

Premier long-métrage de Nick Cheuk, "Une page après l’autre" détourne le récit d’enquête pour ausculter la violence silencieuse de l’école hongkongaise. Entre pression scolaire, déni des adultes et traumatismes d’enfance, le film propose un regard sensible, parfois trop sage, mais profondément nécessaire.

Amour Apocalypse : s’aimer à la fin du monde

Aimer quand tout semble s’effondrer. Voilà peut-être la devise la plus simple et la plus juste d’Amour Apocalypse. Sous ses airs de comédie romantique faussement légère, le sixième long-métrage d’Anne Émond déploie une œuvre étonnamment sensible, capable de faire cohabiter l’angoisse contemporaine et l’élan amoureux avec une sincérité désarmante. De Cannes à Cabourg, le film a fait circuler de bonnes ondes, laissant surtout l’envie d’y revenir, comme on retourne vers un lieu réconfortant.

28 ans plus tard : le Temple des morts – l’horreur survit, la peur change de camp

Avec "Le Temple des morts", la saga initiée par "28 jours plus tard" poursuit sa mue en s’éloignant progressivement de la terreur pure pour explorer les fractures idéologiques laissées par l’effondrement. Entre héritage de Danny Boyle, retour des thématiques chères à Alex Garland et passage de relais à Nia DaCosta, ce nouvel épisode privilégie l’introspection et le regard porté sur les survivants, au risque d’atténuer la brutalité qui faisait la force originelle de la franchise. Une œuvre stimulante, parfois trop sage, mais toujours habitée par une ambition émotionnelle et politique rare dans le cinéma post-apocalyptique contemporain.

Greenland : Migration – quand la survie perd son urgence

La survie change d’échelle mais perd en intensité dans "Greenland : Migration". Entre ambitions post-apocalyptiques et road-trip mécanique, le film cherche à élargir son horizon sans jamais parvenir à lui donner du souffle. Mise en scène atone, personnages appauvris et émotion sous contrôle, cette suite avance, mais sans véritable urgence ni destination claire.

La Femme de ménage : l’art du faux suspense

Avec "La Femme de ménage", Paul Feig poursuit son virage vers le thriller domestique en adaptant le best-seller de Freida McFadden. Le film met en scène une héroïne précaire piégée dans une maison bourgeoise où domination sociale et emprise patriarcale s’entremêlent. Porté par Sydney Sweeney et Amanda Seyfried, le récit affiche des ambitions féministes fortes, mais peine à instaurer une tension durable et une véritable radicalité de mise en scène.

Avatar : De Feu et de Cendres – à l’épreuve du feu

L'univers des Na’vis s’embrase sous le regard de James Cameron, dont la virtuosité formelle n’est plus à démontrer. Dans "Avatar : de feu et de cendres", la beauté des images et la puissance sensorielle masquent difficilement un récit en perte d’élan, saturé de personnages et d’enjeux esquissés plus qu’incarnés. Un retour à Pandora aussi fascinant que frustrant.

Palmarès du WIPP Festival 2025

Le palmarès 2025 du WIPP Festival célèbre le cinéma en train de s’inventer à travers des projets encore à l’état de work in progress. Performances scéniques, écritures audacieuses et regards singuliers se croisent à Commune Image pour affirmer le WIPP comme un laboratoire essentiel des formes et récits cinématographiques contemporains.

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Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.

Coulisses The Boys : Le secret du “GORE DIAL” derrière la violence extrême

Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.

Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

From : Quand le Noir Devient Mortel

Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.