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Sarah Anthony © Textes et illustrations tous droits réservés.

Un motif aux 1001 noms, un glaçage pictural, des statues colorées, d’autres non finies et des oeuvres rondes – l’abécédaire artistique n°16

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ABC… ART

L’Abécédaire Artistique

Cet abécédaire vous parlera de :

Art en général, peinture, arts graphiques, sculpture, gravure, littérature, poésie, musique, cinéma, Histoire, gastronomie, traditions, arts vivants, théâtre, opéra, philosophie, etc.

Rendez-vous un jeudi sur deux pour une chronique d’art illustrée où vous découvrirez 5 définitions artistiques issues de lettres de l’alphabet choisies aléatoirement.

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  • Boteh

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catégorie : art, artisanat, tissage, nom masculin, du persan (bouquet de fleurs).

Que se cache donc derrière ce nom exotique, boteh ? Un motif bien connu, au nom ignoré ou aux nombreux noms… Cachemire, larme, goutte… la véritable appellation de ce motif persan est le boteh. Vous en avez déjà vu. Le boteh a depuis longtemps franchi les frontières de la Perse pour se retrouver sur nombre de tissus et matériaux.
La forme de ce motif devenu international pourrait être inspirée du cyprès, arbre symbolisant la vie éternelle. La larme de Bouddha est aussi évoquée. Le boteh est pourtant un motif végétal, comme son nom persan l’indique (bouquet de fleurs) mais aussi car il est bien souvent accompagné d’autres motifs floraux.
De la Perse à l’Inde, de l’Inde à l’Écosse et au monde entier, ce motif originaire de Perse a beaucoup voyagé et évolué, d’où ses nombreux noms. Dès le XVIème siècle, son utilisation entre en expansion en Inde où on identifie ce motif à une mangue. La région du Cachemire, qui donne son nom au tissu laineux et soyeux dont on fait les plus belles étoffes, voit sa production de tissu se développer. Le boteh, qui orne les textiles, se voit désormais appelé « motif Cachemire ». Quelques siècles plus tard, l’occupation britannique entraine l’exportation vers l’Angleterre des trésors indiens. Le motif cachemire est alors repris sur des tissus dans les fabriques de la ville de Paisley, en Écosse. Nouveau changement de nom, le « paisley » fait fureur dans les années soixante pour son aspect ondulant qui s’insère parfaitement dans la tendance psychédélique.
De nos jours, le boteh n’est toujours pas passé de mode et n’est pas près de le faire. Il orne aussi bien les plus beaux pashminas que les tissus d’intérieur !

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  • Glacis

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catégorie : arts plastiques, peinture, huile, nom masculin. 

Le glacis est une technique issue de la peinture à l’huile, qui peut également être utilisée à l’acrylique. Elle consiste à appliquer une très légère couche de peinture colorée, presque transparente, par-dessus une couche sèche, pour donner de la profondeur. On superpose ainsi différentes couches colorées pour créer du relief (en effet, la lumière va traverser chaque couche et ainsi donner un effet de profondeur au tableau).
Le nom de cette technique est à rapprocher du glaçage surmontant un gâteau : le glacis n’est pas opaque, cette couche brillante n’a que pour but de sublimer la couche qu’elle recouvre (il peut s’agir d’un aplat de couleur ou d’une superposition de glacis).
Un peintre peut user de glacis au lieu de placer des couleurs les unes à côté des autres. Par exemple, les ombres peuvent être réalisées en appliquant des glacis plus sombres. Des glacis clairs s’utilisent bien évidemment également pour figurer des touches de lumière. L’aspect lisse, crémeux et brillant du glacis est d’ailleurs particulièrement apprécié pour figurer la brillance, notamment sur la peau. Il aurait d’ailleurs été inventé pour mieux reproduire les effets de lumière sur la peau.
Les glacis, en superposant des couches translucides sur le tableau, augmentent la profondeur de celui-ci. Pour la réalisation des ombres, le peintre peut faire appel à une superposition de glacis de même ton où à une nuance plus sombre. On parle alors de vélature, car le glacis donne l’effet d’un voile. C’est à l’aide de glacis que Léonard de Vinci réalisait son fameux sfumato (voir entrée éponyme, Abécédaire artistique n°14).
Le glacis se pratique en mélangeant la couleur à de l’essence de térébenthine et de l’huile de lin raffinée (ou huile Standolie). Des médiums prêts à l’emploi existent également aujourd’hui dans le commerce.

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  • Kouros et Korè

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    catégorie : archéologie, art, sculpture, Antiquité, du grec κοῦρος et κόρη, noms masculin et féminin singuliers (respectivement jeune homme et jeune femme).

    Le kouros (pluriel kouroï) est un terme grec qui désigne une statue de jeune homme. Son pendant féminin est la korè (pluriel koraï), représentant une jeune femme. Les kouroï et les koraï font partie de l’art grec de la période archaïque. Leur représentation est toujours idéalisée, au sens que les proportions sont similaires, lissées, au détriment du réalisme. Ces statues représentent exclusivement des jeunes hommes ou des jeunes femmes et ne laissent pas de place à des différences (d’âge, de poids). Leur aspect idéalisé entraîne la nudité pour les hommes (révélant la musculature) tandis que les femmes portent souvent des robes qui allongent la silhouette.
    Ce type de statue porte la marque de l’influence égyptienne, notamment dans la rigidité de sa position, typique de la statuaire de l’Égypte antique. Au fil du temps, les kouroï et les koraï les plus récents adoptent des postures plus naturelles et des coiffures plus grecques qu’égyptiennes, cette dernière influence étant toujours plus en retrait. Tout au long de leur utilisation, ces statues pouvaient avoir des fonctions votives, funéraires ou décoratives.
    Des recherches récentes permettent d’affirmer que ces sculptures n’étaient pas blanches ou incolores comme on représente souvent l’art grec, mais bien peintes, notamment avec des couleurs très vives. L’archéologue allemand Vinzenz Brinkmann a consacré des années de recherches à retrouver quelles étaient les couleurs des statues grecques, et donc la réelle apparence de cet art polychromique.

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  • Non finito

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catégorie : arts plastiques, peinture, gravure, nom masculin, de l’italien (non fini).

Le non finito, qu’on appelle aussi le « fini non fini » est un procédé artistique conceptuel. Bien que l’expression « art conceptuel » nous renvoie aux années soixante, le non finito est bien antérieur. En fait, il n’est pas possible de pouvoir réellement le dater.
Le non finito, en art, désigne le fait de laisser apparaître dans l’œuvre (dessin, peinture, sculpture, etc.) des parties non achevées. En dessin, il s’agit de laisser volontairement des parties moins dessinées, montrant le grain de la feuille ou le trait simple. Il en va de même pour la peinture. La réserve (voir entrée éponyme, Abécédaire artistique n°2), qui désigne en peinture les zones laissées blanches, non peintes, peut être employée dans un procédé de non finito, mais il peut aussi s’agir de laisser une zone peinte brute ou esquissée (voir à ce propos les œuvres de Mark Demsteader).
Comment fonctionne le non finito ? Son procédé est relativement simple : en laissant des zones non travaillées, montrant le médium brut (papier, toile, glaise, marbre, etc.), l’artiste montre à la fois une œuvre travaillée, quasi achevée, mais aussi une œuvre en cours de création. Il montre alors l’acte de créer.
Michel-Ange est sans doute l’adepte du non finito le plus connu. Le peintre et sculpteur toscan employait la technique dans ses sculptures de marbre en laissant parfois des parties brutes, non sculptées, donnant l’impression que la figure émerge d’un bloc de marbre. L’artiste italien trouvait qu’il y avait une beauté particulière dans ce procédé. Le non finito permet de suspendre l’œuvre dans un entre-deux entre œuvre achevée et encore en cours de création. En montrant la sculpture non finie, Michel-Ange donne un aperçu de l’acte de sculpter.

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  • Tondo

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catégorie : arts plastiques, peinture, sculpture, nom masculin, de l’italien (rond).

Le tondo (pluriel tondi) est un type de peinture dont le nom dérive du format éponyme. Il est caractérisé par sa forme ronde. Son nom vient du mot « rotondo » (rond en italien) privé de sa première syllabe. Le tondo existe depuis l’Antiquité, cependant, c’est sans surprise qu’il fait son grand retour à la Renaissance. Comme on le sait, cette période de foisonnement artistique est marquée par une redécouverte et un regain d’intérêt pour les œuvres antiques. Le tondo n’y fait pas exception.
Son nom couvre pourtant plusieurs types d’œuvres. A l’origine, le tondo désigne un bas-relief de forme ronde. Il est donc sculpté. Toutefois, ce type d’œuvres rondes trouve ses lettres de noblesse dans la peinture de la Renaissance qui le glorifie en lui permettant de représenter toutes sortes de scènes, y compris religieuses. Des scènes de Madone à l’enfant peuvent ainsi être représentées sur des tondi.
Enfin, le tondo gagne en mesure en étant placé au plafond. Il peut alors faire plusieurs mètres de diamètres. Ceint d’une bordure en moulure, le tondo devient peinture murale ou fresque et peut être orné aussi bien de scènes mythologiques ou allégoriques que de ciels* peints.

*Lorsqu’on parle de ciel en art, le pluriel est ciels et non cieux.

Rendez-vous dans deux semaines pour 5 nouvelles définitions artistiques. Pour vous proposer un contenu toujours aussi passionnant, l’Abécédaire Artistique est mis en ligne un jeudi sur deux.

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