Illustration © Copyright Sarah Anthony

Quand mode et cinéma se mêlent : Jungle Red de Moschino, plongée rétro dans la jungle réelle et urbaine avec Dita von Teese, Winnie Harlow et Miranda Kerr

Le 25 février 2021, la marque de luxe italienne Moschino mettait en ligne un court-métrage pour présenter sa collection Automne-Hiver 2021. Intitulé Jungle Red, le court film de 12 minutes donne à voir plusieurs dizaines de tenues dans une ambiance rappelant le cinéma de George Cukor. Le septième art est ici mis au service de la mode, véritable sujet de l’oeuvre.
Réalisé par le styliste Jeremy Scott, directeur artistique de Moschino depuis 2013, Jungle Red est un film amusant qui sait mettre la collection en valeur à l’aide d’une succession de tableaux. Double analyse du film et des tenues.

Le court-métrage 

Jeremy Scott livre un court-métrage amusant et assez marquant pour qu’on garde en mémoire cette collection. Tout au long des 12 minutes, le spectateur est bercé par la musique d’ambiance typique du cinéma des années 40, qui a pour seule vocation de remplir l’espace sonore, installant ça et là une atmosphère en lien avec l’action.
Le film est clairement inspiré de l’œuvre de George Cukor, notamment Femmes (1939). Au moyen d’une mise en abyme, nous suivons, depuis notre écran, la présentation d’une collection à un groupe de mondaines surhabillées et suraccessoirées, pour ainsi dire. Alors que les rideaux s’ouvrent, une succession de tableaux nous présentent les tenues : la ville et ses gratte-ciels, la campagne et son air bucolique, le musée où trônent les oeuvres d’art, la jungle de jour et de nuit. Enfin, le clou du spectacle, les robes de soirée, nous est montré par les mondaines elles-mêmes, redevenues mannequins.

Les tableaux se révèlent divertissants, chacun accompagné de sa musique qui installe l’ambiance, de même que les décors peints dans une esthétique rappelant franchement les vieux décors de cinéma, voire de théâtre, et bien sûr, les tenues. On apprécie particulièrement le tableau des œuvres d’art, où les statues et peintures sont figurées par des mannequins demeurant immobiles. Le body painting en accord avec l’aspect de leur tenue nous fait douter qu’il s’agisse de vraies femmes, jusqu’à ce que les oeuvres s’animent et quittent leur piédestal.

On apprécie aussi les choix artistiques formels effectués par Moschino : la collection s’accorde bien avec cette ambiance années 40-50 qui amuse avec ces chapeaux, ces gants, ces tenues too much. Bien que l’art demeure présent, le pendant de la comédie a pris le pas sur la recherche artistique pure, rendant hommage dans le même temps à l’un des grands représentants du cinéma de l’âge d’or hollywoodien.

La collection 

Les tenues les plus extravagantes et artistiques de la collection Automne-Hiver 2021 se succèdent tout au long des douze minutes du film, des tailleurs aux robes, en finissant par les robes de soirée.
L’on commence avec des tailleurs aux accents fifties et aux motifs très présents, pour passer à des tenues aux imprimés champêtres qui interloquent. Miranda Kerr nous présente notamment une improbable robe à imprimé campagne, avec sac à main en forme de grange. Elle est suivie peu après d’un modèle avec miniature de pompe à vent en guise de couvre-chef !
Si l’on pouvait jusque là être dubitatif, le spectateur est ensuite conquis par des tenues aux coupes exotiques rappelant l’Afrique, très intelligemment mariées avec des imprimés rappelant la toile de jute, sur lesquels on déchiffre des messages qui sonnent comme des pubs des années 20. On aime ce jeu entre élégance et vie rurale.

Le tableau suivant, celui des oeuvres d’art, donne à voir des tailleurs aux maxi-épaulettes accompagnés de maxi-chapeaux qui rappellent une élégance qu’on ne fait plus. Les couleurs flashy dignes des années 80 ajoutent du peps à ces tenues qui, dans d’autres coloris, pourraient apparaître encore guindées.
Les tenues jungle qui suivent se révèlent très amusantes et très premier degré, avec des gants longs rappelant la tête d’un flamant rose (lorsqu’on ferme correctement la main), des manteaux zèbre et des robes girafe… Ces robes animalières sont couplées à des tailleurs coloniaux mi-safari mi-braconnier qui se révèlent très sages face aux imprimés extravagantes inspirés de la faune. On déplore juste des motifs et des matières qui manquent de profondeur.

Enfin, les robes de soirée clôturent cette collection, avec encore une fois une inspiration très âge d’or hollywoodien : années 40 et 50. La première à défiler est la mannequin Winnie Harlow, dont la peau décolorée par le vitiligo a su être superbement mise en valeur dans une robe noire avec manteau rose pâle dignes d’Audrey Hepburn (le chignon banane inclus).
Les robes longues sont prêts du corps, taillées dans des tissus satinés ou veloutés et toujours associées à des gants arrivant aux coudes. Le sac à main en forme de chaussure à talon, et la robe « reine de coeur » à la découpe suggestive portée par Dita von Teese sont quelques-unes des extravagances mémorables de ces robes de soirée.

Il y a donc une audace bienvenue dans cette collection Automne-Hiver 2021 de Moschino, en particulier dans les découpes des tenues et le côté inattendu de certains vêtements – donnant un résultat harmonieux mais inégal, certaines tenues étant indéniablement plus réussies que d’autres. On déplore également quelques mannequins à la maigreur affolante.

Jungle Red est donc un court-métrage à la fois formellement académique et rafraîchissant. De l’ensemble : collection et réalisation, se dégage tout de même une impression criarde assumée qui peut déranger. A l’heure où les défilés sont annulés pour cause de Covid, et, de toute manière réservés à une élite, il est agréable de découvrir une collection à la manière d’un court film, cinéma et mode se répondant parfaitement et se mettant en valeur l’un l’autre. 

Découvrir Jungle Red :