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Sarah Anthony © Textes et illustrations tous droits réservés.

Un jeu de cartes revisité, une forme de théâtre ayant influencé le maquillage, un siècle italien, une raquette artisanale et un chant virtuose des montagnes – L’abécédaire artistique n°11

ABC… ART

L’Abécédaire Artistique

Cet abécédaire vous parlera de :

Art en général, peinture, arts graphiques, sculpture, gravure, littérature, poésie, musique, cinéma, Histoire, gastronomie, traditions, arts vivants, théâtre, opéra, philosophie, etc.

Rendez-vous un jeudi sur deux pour une chronique d’art illustrée où vous découvrirez 5 définitions artistiques issues de lettres de l’alphabet choisies aléatoirement.
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  • Jeu de Marseille

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catégorie : arts plastiques, jeux de cartes, nom masculin.

Le Jeu de Marseille est un jeu de cartes artistique créé par un collectif d’artistes exilés à Marseille en 1941. Le jeu naît d’un enfermement des artistes qui décident de tromper l’ennui.
Tout commence en 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale : Varian Fry, représentant de l’Emergency Rescue Committee américain (Comité de sauvetage d’urgence) débarque dans la cité phocéenne pour venir en aide aux personnalités jugées subversives par le régime nazi, et leur permettre d’ainsi quitter la France, au lieu d’être livrées aux Allemands (il s’agit d’artistes, d’hommes politiques, d’intellectuels, de journalistes ou scientifiques opposés au régime allemand). Pour les mettre à l’abri, en attendant qu’un visa leur soit accordé, il les installe dans une villa située dans le quartier de la Pomme, à Marseille, la villa Air-Bel.
Reclus dans le bâtiment, en proie à l’ennui et à une volonté de contestation, un groupe d’artistes décide de détourner le jeu de cartes traditionnel pour lui créer une variante artistique : le Jeu de Marseille est né. Ce groupe est composé, entre autres, d’André Breton, père du surréalisme, de sa femme Jacqueline Lamba, mais aussi de Max Ernst, Victor Serge, Victor Brauner, Oscar Dominguez, Jacques Hérold, Wifredo Lam, Frédéric Delanglade, Benjamin Péret et André Masson.
A cause de son nom, on entend souvent dire que le Jeu de Marseille est une variante du Tarot de Marseille ; pourtant, il se base aussi sur le système des cartes classiques « roi, dame, valet », bien que l’esthétique de ses dessins rappelle indéniablement les cartes du Tarot.

Plus qu’une simple revisite artistique, le Jeu de Marseille est aussi une critique de la société contemporaine à sa création. En effet, en détournant les figures du roi, de la dame et du valet, les artistes cherchent à casser la domination d’un système féodal pour mieux critiquer la société en pleine guerre dans laquelle ils vivent. Ainsi, les trois figures sont remplacées par le mage, la sirène et le génie. De même, les quatre couleurs que sont les piques, les cœurs, les carreaux et les trèfles deviennent connaissance, rêve, révolution et amour. On comprend aisément le message : les artistes veulent mettre en place dans leur jeu, une société plus humaine et égalitaire, mais aussi plus optimiste. Pour pousser l’égalité au maximum, les cartes, quelle que soit leur valeur affichée, ont toutes le même poids (faisant ainsi du Jeu de Marseille un jeu plus symbolique que véritablement jouable). Chaque carte acquiert, en outre, le nom d’une personnalité, réelle ou fictionnelle, appréciée de ses auteurs. Ainsi, Baudelaire, Alice, Freud, le marquis de Sade, Pancho Villa, Paracelse et Hegel, entre autres, cohabitent dans ce même jeu de cartes.
Dès 1943, cette œuvre commune est publiée dans la revue surréaliste VVV, pour être plus tard exposée au MoMA de New York. Aujourd’hui, les 22 cartes du jeu (réalisées à la gouache et à l’aquarelle) ont été données au musée Cantini de Marseille.
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  • Kabuki

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catégorie : théâtre japonais, nom masculin, du japonais ka, bu, ki (chant, danse, technique).

Je ne vous parle pas aujourd’hui de maquillage, certain.es d’entre vous auront immédiatement pensé au fameux pinceau dit « kabuki » utilisé pour se poudrer le visage… Nous y reviendrons, car le nom de ce pinceau vient de son usage dans l’art ancestral qu’est le kabuki au Japon, qui désigne… du théâtre !
Le kabuki est plus précisément le nom du théâtre épique japonais – le théâtre japonais étant très codifié et divisé en différents genres, tels que le vu dans l’abécédaire artistique n°10.
Contrairement au , les acteurs du kabuki ne portent pas de masque, mais leur maquillage n’en est pas moins symbolique, certaines couleurs étant réservées à certains personnages. Pour que leurs émotions soient discernées de loin, les comédiens ont le visage recouvert d’un maquillage accentué, qui souligne les traits de leur visage, le tout sur une base de couleur (blanche, bleue, verte, rouge…), réalisé à l’aide d’un pinceau qui a pris le nom de la forme théâtrale.
Le kabuki trouve sa source au XVIIème siècle dans l’archipel du Japon. S’il est aujourd’hui connu pour être une forme de théâtre avec des comédiens exclusivement de sexe masculin, il a pourtant débuté avec des femmes, notamment des prostituées parfois déguisées en homme et donnant des spectacles théâtraux un peu grivois. Par la suite, des troupes de comédiens masculines sont préférées pour éviter tout problème de bonnes mœurs et le kabuki finit même par être interdit aux femmes ! Avec des acteurs masculins, il prend une forme plus épique qui deviendra sa forme actuelle (théâtre mêlé de chants et de danses).
L’interdiction aux femmes de pratiquer le kabuki est aujourd’hui levée. Le kabuki demeure l’une des formes théâtrales préférées au Japon et fait l’objet de réécriture dans des univers contemporains, notamment grâce au travail du dramaturge Yukio Mishima (1925-1970).
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  • Quattrocento (et Cinquecento)

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catégorie : arts plastiques et Beaux-arts, renaissance italienne, nom masculin, de l’italien (quatre cents et cinq cents).

Le Quattrocento désigne le premier siècle de la Renaissance italienne dont on considère généralement qu’elle s’étend sur deux siècles selon les régions d’Europe (XVème et XVIème siècles).
Il est donc naturellement suivi par le Cinquecento. Une confusion commune consiste à croire que le Quattrocento désigne le quatorzième siècle et le Cinquecento le quinzième. Ces deux siècles tirent leur nom d’une abréviation : quattrocento à la place de millequattrocento et cinquecento au lieu de millecinquecento, soit mille quatre cents et mille cinq cents ! On comprend alors aisément que le Quattrocento, les années mille quatre cents, désigne bien le quinzième siècle, et de même pour le Cinquecento faisant référence au seizième siècle.
Étendue sur deux siècles, la Renaissance a connu des sous-périodes. C’est ainsi que le Quattrocento est souvent désigné comme la Première Renaissance. Elle se développe à Florence, grâce à l’aide financière de mécènes tels que les célèbres Médicis. Le mouvement d’abord circonscrit à la Toscane, se propage bientôt dans toute l’Italie, par un effet de mode. Ainsi, c’est au Quattrocento qu’on doit un foisonnement d’œuvres religieuses, y compris la peinture du plafond de la Chapelle Sixtine. Le sculpteur Donatello et le peintre Botticelli sont des artistes de la Première Renaissance.
Le Cinquecento, quant à lui, prend la suite avec la Haute Renaissance. C’est la période de redécouverte de chefs d’œuvre antiques qui sont pris pour modèles par les artistes. L’Italie aussi sert de modèle, ayant déjà commencé la Renaissance avec le Quattrocento, tandis qu’au Cinquecento, le mouvement gagne toute l’Europe. La Haute Renaissance laisse à la postérité des œuvres résolument sereines dans lesquelles transparaissent un calme et une impression de flottement, le tout réalisé avec une virtuosité technique jamais atteinte jusqu’alors. Au-delà d’une simple toile à regarder, les tableaux et sculptures de la Haute Renaissance se gorgent de significations et d’analyses possibles. Les grands maîtres de la Renaissance que sont Michel Ange et Raphael sont des artistes de la Haute Renaissance, tandis que l’illustre Léonard de Vinci est à cheval sur les deux Renaissance, de peu pour le Cinquecento (il meurt en 1519).
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  • Xare

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catégorie : culture basque, artisanat et sport, nom masculin du basque sare (filet).

Le xare désigne à la fois une raquette et le sport dans lequel on l’utilise. Variante de la pelote basque, le xare (prononcé charé) est un jeu de raquette qui tire son nom de l’outil éponyme nécessaire au jeu, qu’on retrouve parfois également sous l’appellation raquette argentine. La fabrication du xare relève de l’artisanat :  sur un cadre exclusivement en noisetier ou en châtaignier, le fabricant ajoute un tamis, sous la forme d’un filet tressé en toile d’araignée, non tendu qu’on désigne comme la « poche ». L’artisan doit savoir si le xare sera utilisé par un droitier ou un gaucher car la prise en mains s’inscrit dans le bois. On se sert du xare pour renvoyer la pelote en la cueillant dans le filet. Le xare est un jeu qui se joue indirectement, c’est-à-dire que les joueurs réalisent la partie et s’affrontent par l’intermédiaire d’un mur.
Ce sport aujourd’hui peu connu en dehors de la région du pays basque fut un temps exporté en Argentine ! Aujourd’hui, il relève exclusivement du patrimoine basque et d’une perpétuation des traditions.
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  • Yodel

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catégorie : musique, chant et culture germaniques, nom masculin de l’allemand jodeln lui-même dérivé de johlen (clameur joyeuse, huée chaleureuse).

Vous connaissez sans doute vaguement le yodel, et à présent que vous avez lu le titre de cette entrée, vous devez être en train de secrètement yodler dans votre tête, en imaginant un chanteur en costume tyrolien, perché au sommet d’une montagne enneigée… Mais le yodel est un exercice bien plus difficile qu’on ne l’imagine. Il s’agit à la fois de faire preuve de rapidité et d’une capacité vocale étendue.
Pour yodler, on se sert en effet de sa voix de poitrine et de sa voix de tête (appelée aussi voix de fausset) et l’on passe de l’une à l’autre sans faire de transition. Ainsi, les notes graves viennent du torse tandis que les notes aigües viennent des cordes vocales.
La technique vient du Tyrol, région montagneuse des Alpes à cheval sur l’Italie et l’Autriche. Le yodel, par ses variations mélodiques et sa puissance est un chant typiquement des hauteurs qui était utilisé pour communiquer sur de longues distances. Le yodel ne fait pas appel à des mots : le chanteur tyrolien vocalise des syllabes bien souvent proches du mot yodel lui-même et qui ont donné son nom à la pratique. Le mot « yodel » venant d’une déformation du mot allemand « johlen » qui désigne le fait de pousser des cris de joie ! Le yodel est donc un chant typique très joyeux, rapide et difficile d’exécution.

Rendez-vous dans deux semaines pour 5 nouvelles définitions artistiques. En effet, pour vous proposer un contenu toujours aussi passionnant, l’Abécédaire Artistique sera désormais mis en ligne un jeudi sur deux.

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