« Transport à risques » : un nouveau Cédric dans la continuité

Dans son trente-sixième tome intitulé « Transport à risques », la série de bandes dessinées Cédric, créée par Raoul Cauvin et Laudec, poursuit l’exploration des aventures quotidiennes de son jeune protagoniste éponyme. Cette édition s’inscrit dans la continuité de l’univers de Cédric, tout en abordant des thématiques contemporaines avec humour et finesse.

« Transport à risques » met en scène avec humour des éléments très actuels. On peut évoquer l’utilisation d’une trottinette électrique par le grand-père de Cédric ou encore la confiscation du smartphone du jeune garçon en guise de punition. Ces situations, insérées dans le quotidien d’une famille moderne, font le lit d’un comique bon enfant : le grand-père provoque un accident aussi pathétique que dangereux, tandis que Cédric, manifestement atteint de nomophobie (la hantise de ne pas pouvoir faire usage de son téléphone portable), redouble d’ingéniosité pour duper ses parents en leur faisant croire que les communications numériques sont indispensables à l’éducation et la vie sociale des enfants de son âge.

Comme souvent, Laudec brode autour des dynamiques familiales et typiques de l’enfance, ici avec un grand-père manipulant sa fille pour se faire inviter au restaurant, ou Cédric confronté à l’oubli volontaire d’un mot de passe pour (une nouvelle fois) tromper ses parents et leur cacher un mauvais bulletin scolaire. Les personnages, pas bêtes, usent de stratégie pour naviguer dans leurs relations, parvenir à leurs fins, et surtout amuser le (jeune) lecteur.

L’intrigue concernant les sentiments non avoués de Cédric pour Chen, toujours au centre du récit, aborde avec sensibilité les affres de l’amour adolescent. Les malentendus se font légion, amplifiés par l’usage des réseaux sociaux, et même d’un drone délivrant une lettre à la mauvaise personne. Cette storyline met en lumière les difficultés inhérentes aux premiers émois amoureux, et permet surtout à l’auteur de caractériser plus avant son protagoniste : incertain, spontané, jaloux…

Parmi les quelques plus-values apportées à l’univers, on notera par exemple la mention des catastrophes naturelles, bien que présentées sur le mode humoristique. Cette approche ludique pour aborder des sujets sérieux se traduit aussi à travers la question de l’appartenance sociale : les craintes de Cédric vis-à-vis de la différence de milieu entre lui et Chen nourrissent l’une des bulles narratives de l’album. Et puis, il y a ce jour de congé qui n’en est pas un pour la maman de Cédric qui, croulant sous les requêtes familiales, préfère finalement partir au travail… C’est léger, ça ne paie pas de mine, mais c’est loin d’être gratuit.

À travers les péripéties de son jeune héros et de son entourage, « Transport à risques » offre une balade humoristique et pertinente sur les défis de la vie contemporaine, les dynamiques familiales et les inflexions de la jeunesse. Une recette qui fonctionne depuis 1986.

Cédric (T36) : Transport à risques, Laudec
Dupuis, mars 2024, 48 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

L’île des riches, celle des inconscients

« L’énergie n’est plus fournie désormais par des générateurs… mais par une usine marémotrice souterraine, une ferme solaire… et un champ d’éoliennes off shore. »

« La Tragédie Bernard Natan » : l’homme que la France a voulu effacer

Pionnier du cinéma français, héros de la Grande Guerre, bâtisseur visionnaire de l’empire Pathé-Natan, Bernard Natan fut aussi l’une des victimes les plus emblématiques de l’antisémitisme français. Avec "La Tragédie Bernard Natan", Pascal Bresson et Samuel Figuière donnent à voir un homme qui a contribué à moderniser le septième art avant d’être broyé par la haine, l’exclusion et la déportation.

« On a faim d’idéal » : des caisses et des convictions

Dans leur nouvelle bande dessinée, Elizabeth Barféty et Armelle entrent dans la vie d'une coopérative bio. Et elles y trouvent bien plus qu'un commerce.