« Talk Show » : quand les apparences se lézardent

Fabcaro enrichit la collection « Pataquès » (Delcourt) de son album Talk Show, basé sur des planches humoristiques itératives, déconstruisant le monde télévisuel.

Des parades incessantes, où chaque invité entretient sa vanité, où l’authenticité se noie dans un océan de sourires forcés et de rires enregistrés. L’animateur y joue le rôle de l’amuseur public, prêt à tout pour un bon mot ou un moment viral, pendant que les invités déballent leurs anecdotes stériles, comme si raconter le moment où ils ont rencontré leur chien constituait la quintessence de la culture contemporaine. C’est précisément de cela que Fabcaro se moque dans Talk Show, avec un sens de l’ironie et de l’absurde porté à incandescence.

Talk Show, c’est souvent le triomphe de la médiocrité. On se trompe dans ses fiches, on fait preuve de maladresses, on cherche à donner une aura épique à des événements anodins. Le plateau de télévision devient un endroit où le talent est moins important que la capacité à rester dans les clous pas si bien tracés du divertissement inoffensif. Une cinquantaine d’invités se succèdent, avec pour seul point commun le pathétisme qu’ils portent en bandoulière : il en va ainsi de ce nain qui s’ignore, de ce collectionneur d’apéricubes froissé par l’incomplétude de sa collection, de ce non-sosie de Vanessa Paradis, de ces ufologues par voies interposées, de ce chef d’orchestre qui ne dirige qu’un seul flûtiste…

En dépit du caractère outrancier de Talk Show, il est difficile de ne pas reconnaître tel ou tel procédé : des hobbies insolites sur lesquels on s’épanche plus que de raison, des balles perdues, par exemple « pour les jeunes issus de l’immigration », un envoyé spécial qui meuble tant bien que mal en plaidant la « confusion »Et puis, il y a toutes ces séquences où le non-sens atteint son apogée : ici, il est question du lobby juif, là d’une rock star stagiaire montant sur scène… pour faire des photocopies. Et au milieu du marasme : l’animatrice, toujours fidèle à la même formule éculée, incapable de faire autre chose que baliser le sentier de l’insignifiance et de l’absurdité.

On connaît maintenant assez bien la collection « Pataquès » pour savoir que Talk Show y a toute sa place. Les vignettes itératives, ou marginalement dérivatives, les récits d’une planche, les chutes désopilantes, la satire au fond de vérité y forment des quasi-invariants. Cette recette, Fabcaro l’utilise en clerc. C’est léger, ça gratte, et c’est tout ce qu’on attendait.

Talk Show, Fabcaro
Delcourt/Pataquès, novembre 2023, 56 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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