Remember Pearl Harbor : Pin-up 1 par Yann et Berthet

Avec le désastre de Pearl Harbor (7 décembre 1941), l’orgueil américain a pris un coup. Pour riposter, de nombreux jeunes en âge de combattre s’engagent. Parmi eux, Joe, l’amoureux de Dottie, jolie rousse aux yeux verts.

Encore très jeune, Dottie (diminutif de Dorothy) se désole de voir Joe partir pour combattre dans le Pacifique. Un peu idéaliste et sentimentale, elle guette avec ferveur ses courriers. L’album alterne les passages centrés sur Dottie et ceux centrés sur Joe qui combat à l’autre bout du monde.

Dottie cherche sa voie

Dottie est hébergée par son amie Talullah qui l’incite à venir travailler comme elle dans un cabaret, le Yoyo club où elle joue les entraineuses. Bien que méfiante, Dottie finit par la rejoindre. Là, elle fait la connaissance de Milton, un dessinateur de strips mettant en scène des militaires dans le Pacifique et une jeune femme nommée Poison Ivy. Milton lui demande de poser comme modèle, ce qu’elle finit par accepter. Dottie va devenir le modèle de Poison Ivy (on a droit à quelques exemples du strip, exemple inattendu de métafiction). Un jeu étonnant s’engage, car Dottie s’est fait tatouer RPH sur l’épaule à l’image de ce que Joe lui a montré au moment de partir. Il lui a présenté cela comme un secret. Or, en posant, Dottie expose ce tatouage que Milton reproduit, très excité. Or, Joe lit les strips et reconnaît ce tatouage (signifiant Remember Pearl Harbor), doutant ainsi de la fidélité de Dottie. A signaler d’emblée que le personnage de Poison Ivy intéresse les auteurs, car il a inspiré une autre série, parallèle à celle-ci.

Des détails bien vus

Le tatouage est parfaitement plausible, à tel point qu’en faire un secret entre Dottie et Joe me paraît un point faible de l’histoire. Par contre, faire poser Dottie pour un « habillage » de carlingue d’avion correspond parfaitement à ce qui s’est pratiqué, pour l’esthétique et comme porte-bonheur. Comme quoi le scénariste Yann brode des histoires à partir de détails très bien vus (ses connaissances se sentent). On note par exemple que Joe croise à l’occasion un certain John F. Kennedy, ce qui est tout à fait plausible. Dottie ne manque pas de caractère et au fil de l’intrigue elle s’affirme (avec le succès).

Les dessous… de l’album

Ce qu’on voit du côté de Joe n’est pas toujours aussi convainquant, malgré de nombreux détails intéressants. Ainsi, les dessins de Berthet sont de bonne facture (des avions, des visages, des lieux, notamment), avec un bon sens de la composition (l’organisation des planches dénote une belle complicité entre le scénariste et le dessinateur), ce qui est remarquable, sachant qu’il s’agit du premier album d’une série qui, finalement, en comporte dix. Bien léchés, les dessins sont mis en valeur par les couleurs signées Topaze. L’album ne faisant que 44 planches, il paraît logique qu’il manque un peu d’épaisseur. De nombreux points seront développés au fil d’une série qui présentera de nombreux rebondissements et explorera différents milieux. Détail appréciable, l’album ne manque pas d’humour. Bien entendu, le titre est à la hauteur du contenu, avec quelques jolies filles pour agrémenter l’histoire. Mais, ces jolies filles ne sont pas qu’un habile prétexte, puisque l’intelligence du scénario est bien mise en valeur par le travail collaboratif des auteurs. Une réussite qui incite à découvrir la série.

Remember Pearl Harbor, Yann/Berthet/Topaze

Dargaud, septembre 1994, 46 pages

 

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3.5

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