« L’île aux Géants » : traversée poétique

L’île aux Géants, écrit par Harold Charre et illustré par Quentin Boyer di Bernardo, voit le jour aux éditions Delcourt. Les auteurs y transportent leurs lecteurs à travers une traversée de l’Atlantique pleine de mystères et de malentendus. À travers le prisme de deux personnages que tout oppose, cette œuvre offre une réflexion sur la nature humaine, la quête d’un idéal et la poésie d’un voyage inattendu.

Dans une petite ville de bord de mer, la vie paisible de Martin, un jeune marin solitaire, est bouleversée par l’arrivée pour le moins intempestive de Jeanne, une femme d’un certain âge en quête d’un marin qui accepterait de l’emmener au milieu de l’océan, vers une destination précise, mais sans fournir la moindre explication supplémentaire. Celui qui l’accompagnera ne saura rien de ses motivations. Martin, d’abord sceptique et quelque peu méfiant, finit par céder à la proposition de Jeanne, attiré par la forte somme d’argent offerte. Ainsi débute une aventure où chacun des deux protagonistes explore les mers lesté de ses propres non-dits.

Le premier sentiment qui succède à la méfiance semble être l’antipathie. Martin ne comprend pas Jeanne, qui fait tout pour que la communication se limite à l’essentiel. Une fois en mer, L’île aux Géants prend la forme d’un huis clos où les différences entre les deux protagonistes se heurtent. Surtout demeure cette question lancinante : pourquoi insiste-t-elle autant pour atteindre ce point précis de l’océan ? Cette question reste sans réponse claire pendant une bonne partie de l’histoire, et c’est là que réside le piment de l’œuvre.

Les échanges entre les deux personnages sont souvent tendus, ponctués de silences lourds et de remarques acerbes. Le voyage n’est pas tout à fait une sinécure. Pourtant, des moments de vulnérabilité et d’humanité émergent sporadiquement et on sent qu’il suffirait d’un rien pour qu’enfin les deux personnages s’éveillent l’un à l’autre… Graphiquement, Quentin Boyer di Bernardo parvient à saisir toute la beauté brute de l’océan et les caprices de la mer. Il en ressort une dimension poétique qui se verra renforcée par les géants évoqués dans le titre. Ces derniers auraient créé les villages et cités ; ils interrogent notre besoin de comprendre nos origines et notre essence.

L’île aux Géants est un album où l’objectif narratif semble s’effacer au profit de l’exploration des personnages et de leurs rapports complexes. L’histoire oscille entre poésie et réalité, avec des moments de contemplation et une incertitude qui sert davantage le récit qu’il ne le dessert. L’œuvre ne convaincra probablement pas tout le monde, mais ceux qui désirent une aventure hors des sentiers battus, teintée de mystère et de mélancolie, devraient y trouver leur bonheur.

L’île aux géants, Harold Charre et Quentin Boyer di Bernardo
Delcourt, août 2024, 112 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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