Avec le troisième tome des Âges d’or de Donald, douze récits de Carl Barks composent le portrait d’un canard qui peine à trouver sa voie mais ne renonce jamais. Et qui, partant, transforme presque chaque nouvel emploi en désastre mémorable.
Paru entre 1948 et 1974, ce volume suit Donald de métier en métier, du shérif improvisé au chauffeur laitier consciencieux. L’intérêt de ce nouveau tome des Âges d’or de Donald tient à cette variété, mais aussi à la manière dont l’excellent Carl Barks fait de chaque profession un petit théâtre des ambitions (et des maladresses) du héros : Donald veut réussir, impressionner, prouver qu’il est à la hauteur. Son énergie est réelle, mais son discernement, lui, l’est beaucoup moins.
Dans « Le Shérif du Val Mitraille », il aborde le Far West avec les certitudes acquises au cinéma et s’égare sur une fausse piste, tandis que les voleurs de bétail le manipulent. « Donald conseiller technique » transpose cette assurance au camp scout : Donald veut montrer aux jeunes campeurs qu’il sait se débrouiller en pleine nature, quand ses neveux en savent bien davantage. Quant à « Œufs et omelettes », racontée en flashback, elle pousse l’échec jusqu’à l’échelle d’une ville tout entière : l’élevage de poules de Donald tourne si mal que des milliers d’œufs finissent par dévaler la colline et submerger les rues d’une gigantesque omelette.
Carl Barks excelle véritablement à faire monter ces catastrophes par degrés, avec une précision comique qui donne à chaque gag son élan. Dans « La Farine de tous les désastres », Picsou confie à Donald la démonstration d’une farine révolutionnaire, mais les instructions sur les paquets destinés à l’exportation sont illisibles (car en « nihonguien » – japonais). « Les instructions sont sur l’emballage ! Si tu arrives à les comprendre, n’importe qui peut en faire autant ! » La phrase résume toute la joyeuse cruauté de l’épisode : Donald est lancé dans une tâche qu’il ne maîtrise pas, et sa fierté l’empêche de demander de l’aide.
La malchance prend d’autres visages. Dans « Les Timbrés du timbre », elle se mesure à la chance indécente de Gontran, qui finit par recevoir le timbre rarissime que Donald recherchait avec tant de peine : il a en effet traversé l’Amérique du Sud pour le retrouver ! Dans « Le Facteur dans la tourmente », au contraire, Donald choisit le devoir : malgré le blizzard et sa jalousie, il livre la lettre de son rival à Daisy, avant de voir Gontran récolter les félicitations pour un effort dérisoire (se rendre au bureau de poste). Et dans « Taxi sur glace », après avoir saboté le service de transport de ses (inventifs) neveux, il doit finalement y recourir pour échapper à la vindicte de ceux qu’il s’est mis à dos.
Le volume réserve aussi des variations plus singulières : dans « Beach Boy », le chien de la patrouille des Castors Juniors vole à Donald ses occasions de jouer les héros ; dans « Livreur de lait », il s’applique enfin à faire son travail avec sérieux, malgré les manœuvres sournoises d’un rival. Prévue dès 1958 puis écartée par les éditeurs, cette histoire ne fut publiée qu’en 1974.
D’un récit à l’autre, Les Âges d’or de Donald montre ainsi que l’échec, chez Carl Barks, est un art du rebondissement, du geste qui dérape et de l’orgueil qui s’entête, le tout porté par un héros auquel on pardonne tout parce qu’il se relève toujours, prêt à essayer encore.
Les Âges d’or de Donald (T3), Carl Barks
Glénat, 28 octobre 2026, 192 pages