FFCP 2026 : The King’s Warden, un roi à la table des humbles

Deuxième plus gros succès de l’histoire du box-office sud-coréen, The King’s Warden de Jang Hang-jun était l’un des films les plus attendus du FFCP 2026. Un sageuk tendre où le roi déchu Danjong et son gardien affamé font rimer comédie, émotion et loyauté.

Sous ses habits de drame historique de l’ère Joseon, The King’s Warden raconte avant tout une histoire vraie de laissés-pour-compte, de celles où le rire ouvre la porte aux larmes. Jang Hang-jun y revisite l’histoire coréenne avec un regard tendre pour les misérables et les déchus, dans le droit fil de Rebound, l’un de nos coups de cœur du FFCP 2023. On y suivait une modeste équipe de basket de lycée, outsiders sur le terrain comme dans la vie, dont la détermination valait toutes les victoires. C’est dans ce même esprit que le cinéaste aborde la loyauté qui unit Danjong, roi de Joseon détrôné à 16 ans, et Eom Heung-do, chef de village en âge d’être son père.

Si l’ancrage historique relève d’un coup d’État sanglant, le récit préfère s’attarder sur les pages blanches de l’exil, dans un coin perdu de Yeongwol que la rivière enserre comme une prison à ciel ouvert. Heung-do y rêve de prospérité depuis que le village voisin s’est engraissé grâce à son exilé de marque, au point de ne plus manquer de riz blanc. Il fait donc campagne pour accueillir à son tour un noble en disgrâce et récupère… un roi déchu, aussi encombrant que dangereux. Opportuniste maladroit au grand cœur, il enchaîne les gaffes cocasses, et Yoo Hae-jin s’en donne à cœur joie dans un jeu outrancier qui sied au personnage, quitte à monopoliser presque chaque scène. Face à lui, Park Ji-hoon répond par l’intériorité d’un regard, et c’est de ce contraste que naît une vraie alchimie.

Les larmes d’un roi sans couronne

Les plus beaux éclats de rire passent d’ailleurs par la nourriture. Loin du food porn de la série Bon Appétit, Your Majesty, la caméra sublime ici le partage, et le film glisse en sous-texte qu’un bol partagé a meilleur goût que tous les festins. Les habitants survivent par la force d’un collectif imparfait mais attachant, où chacun tient son rôle comme dans une équipe. Dommage que la proximité avec la nature soit survolée, le temps d’une chasse ratée et de quelques cueillettes, dans un village reconstitué qui sent parfois le décor. Les seconds rôles, plus fonctionnels qu’incarnés, meublent cette ruralité tranquille où l’exil ressemble à une retraite avant l’heure.

Le film s’emploie aussi à réhabiliter le jeune souverain, perspicace pour son âge et adroit à l’arc, non pas comme une victime mais un homme contre qui le destin s’est retourné. L’usurpateur Sejo n’apparaît jamais à l’écran, et c’est son éminence grise Han Myeong-hoe qui endosse le costume du méchant, glaçant à souhait. La dernière partie bascule vers une révolte étouffée dans l’œuf, avec quelques combats à l’épée plus démonstratifs que nécessaires. Difficile de ne pas y entendre l’écho de la loi martiale de décembre 2024, à ceci près qu’en 1457, l’usurpateur l’emportait. Le public coréen regarde désormais cette tragédie depuis l’autre rive de l’Histoire, ce qui n’est sans doute pas étranger au triomphe de ce film grand public.

Reste un découpage très haché, aux ellipses nombreuses, où l’amitié naît un peu trop vite, expédiée par un montage-séquence qui tient du clip. Les ruptures de ton sont brusques, la comédie s’étire avant de virer au drame politique, et le lien entre Yi Hong-wi et son village d’adoption aurait mérité un travail plus minutieux. Jang Hang-jun a pourtant prouvé avec Forgotten qu’il savait tisser une tension. Peut-être ce projet, qu’il n’a pas initié mais accepté puis réécrit, portait-il déjà l’empreinte d’un formatage de studio calibré pour les fêtes du Nouvel An lunaire.

On fait toutefois volontiers l’impasse sur ces imperfections pour embrasser l’aventure de personnages fidèles à leurs valeurs jusqu’au bout. De la mort de Danjong, dont l’Histoire garde plusieurs versions, le cinéaste tire sa propre variante, qui lie à jamais le roi et son gardien et confie à Heung-do le geste le plus humain du film. Ce rapport presque filial se mue alors en transmission. L’Histoire n’a presque rien retenu de cet humble chef de village, et The King’s Warden lui est aussi dédié, jusqu’au carton final qui lui redonne une place aux côtés d’un roi où son tombeau est devenu son palais le plus précieux.

Ce film est présenté en section Évènements du FFCP 2026.

The King’s Warden : bande-annonce

The King’s Warden : fiche technique

Titre original : 왕과 사는 남자
Réalisation : Chang Hang-jun
Scénario : Chang Hang-jun, Hwang Seong-gu
Interprètes : Yoo Hae-jin, Park Ji-hoon, Yoo Ji-tae, Jeon Mi-do, Kim Min, Park Ji-hwan, Lee Joon-hyuk, Ahn Jae-hong
Photographie : Choi Young-hwan
Montage : Heo Seon-mi
Musique : Dalpalan
Producteurs : Im Eun-jeong, Jang Won-seok
Production : Onda Works, B.A. Entertainment
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Showbox
Durée : 1h57
Genre : Drame historique

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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