« Les Adieux du rhinocéros » : le scandale du braconnage

Pierre-Roland Saint-Dizier et Andrea Mutti évoquent le rhinocéros comme ils auraient pu le faire avec l’éléphant ou le guépard. Les Adieux du rhinocéros a le mérite d’identifier son propos dès l’intitulé : il s’agit d’examiner les dangers qui planent sur une espèce plus menacée que jamais.

En dix pages, le décor est planté : les rhinocéros sont menacés d’extinction. Les réserves africaines sont prises pour cibles par des gangs de braconniers bien équipés, implantés dans des réseaux criminels planétaires. Interpol a beau enquêter, rien n’y fait. Dans les deux camps, on compte les morts. Et pendant qu’à Hong Kong, on s’extasie devant 2,5 kilos de corne de rhinocéros prélevés dans l’illégalité la plus totale, en France, dans un parc zoologique, on s’inquiète pour la survie d’une espèce en voie d’extinction. Des clients fortunés s’arrachent à prix d’or des cornes pour leurs prétendues vertus aphrodisiaques ou sanitaires. Dans le camp d’en face, associatif ou institutionnel, on étudie les pistes visant à sensibiliser la population mondiale et on réfléchit à la possibilité d’inséminer de manière artificielle des rhinocéros…

Crédits : Glénat
Extrait de la bande dessinée « Les Adieux du rhinocéros », visible sur le site de l’éditeur.

Pierre-Roland Saint-Dizier fait tomber les masques. Les associations européennes de défense animale semblent aussi impuissantes que les rangers locaux censés veiller sur les animaux menacés. Certains ministres africains sont empêtrés dans des affaires de corruption directement liées au braconnage. Les dessins de l’Italien Andrea Mutti font tout autant froid dans le dos, quand ils n’offrent pas une vue splendide sur la nature africaine. Il suffit de songer aux trous béants, sanguinolents, ornant la tête de rhinocéros gisants, affaiblis ou tués par des chasseurs sans scrupule. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs pas à s’en prendre aux rangers chargés de surveiller et protéger les rhinocéros. Ce que Les Adieux du rhinocéros raconte avec maestria, c’est une guerre asymétrique, sans foi ni loi, entre des officiels quelque peu démunis et des gangs aux moyens illimités et aux méthodes expéditives. Quelques flashbacks éclairent les motivations des personnages, tandis que les enjeux fondamentaux se trouvent exposés au lecteur par le truchement d’un groupe de personnes initiées en l’espace de quelques cases : la disparition du rhinocéros à l’état sauvage pourrait devenir réalité dans les dix ans.

Un dossier très intéressant vient clôturer cette bande dessinée. On y apprend notamment dans quelle mesure les zoos contribuent à sauvegarder certaines espèces menacées. On y prend le pouls des programmes d’actions censés « enrayer le massacre » animal. À elle seule, l’Association française des parcs zoologiques soutient quelque 200 programmes de conservation in situ. Viennent ensuite des articles sur les réintroductions réussies en milieu naturel, sur le péril encouru par l’ensemble des rhinocéros, le plus souvent en danger critique d’extinction, mais aussi sur les risques que supportent d’autres espèces tout aussi exposées au braconnage.

L’heure est grave, on le répète assez. Alors, si le neuvième art peut aider à sensibiliser, on a tout à y gagner.

Les Adieux du rhinocéros, Pierre-Roland Saint-Dizier et Andrea Mutti
Glénat, juillet 2019, 56 pages

3.5

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