« Gandhi » : Raj britannique et non-violence

Ariane et Nino, les personnages emblématiques de la collection « Le Fil de l’Histoire » (Dupuis), se penchent cette fois sur Gandhi, présenté comme un « soldat de la paix ». Sa lutte en faveur de l’indépendance indienne et la réconciliation entre les communautés hindouistes et musulmanes, mais aussi ses méthodes de protestation basées sur la non-violence, irriguent ce petit album didactique.

Comment dépasser l’icône pour toucher aux fondements de l’homme ? Comment présenter l’une des personnalités les plus sanctifiées du XXe siècle en demeurant dans une juste mesure ? Surtout, comment procéder dès lors qu’on doit s’astreindre à un format d’une trentaine de planches dessinées, de nature à privilégier les raccourcis au détriment de la nuance ? Le professeur d’histoire-géographique Fabrice Erre et le dessinateur Sylvain Savoia n’ont pas eu tâche aisée au moment de portraiturer le Mahatma (« Grand âme ») Gandhi pour la collection « Le Fil de l’Histoire », éditée chez Dupuis.

Ce petit album ne pouvait être sans sacrifier quelques épisodes de la vie ou de la postérité de Gandhi : l’impact du Mahatma sur le continent asiatique ou sur les leaders noirs américains est passé sous silence (si ce n’est dans les annexes), tout comme ses funérailles grandioses, regroupant quelque 50 000 Hindous, après qu’un extrémiste musulman l’a assassiné à coups de révolver. L’essentiel est toutefois présent. En octobre 1962, le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru le résumait en ces termes dans Le Monde Diplomatique : « Gandhi nous a demandé de regarder le monde avec des yeux ouverts et pleins d’amitié et non avec des yeux injectés de sang. Nous ne pouvons toujours réussir à cause de nos nombreuses faiblesses. Mais ce message, nous l’avons toujours à l’esprit. »

Car celui qui fut marié à 13 ans, qui fit des études de droit à Londres et qui découvrit le racisme en Afrique du Sud fut un apôtre de la non-violence. De retour en Inde en 1914, à 45 ans, il lutta pour la swaraj (l’indépendance du pays) en s’adonnant aux jeûnes, en s’accoutumant aux détentions arbitraires, en organisation de gigantesques marches pacifiques comme celle du sel. Mais celui que Winston Churchill surnommait inamicalement « le petit fakir » connut aussi des échecs, sur lesquels Fabrice Erre ne manque pas de revenir. En 1919, une manifestation à Amritsar fit 379 morts et plus de 1200 blessés après que la police britannique a ouvert le feu sur la foule. Plus tard, au moment de l’indépendance, le Parti du Congrès et la Ligue musulmane se déchirèrent sur fond de violences ethniques malgré les efforts de conciliation de Gandhi.

Comme à l’accoutumée dans cette collection didactique à destination des enfants, les dernières pages de l’album donnent lieu à quelques repères utiles ; elles contiennent des explications sur le concept de non-violence et sur les Indes britanniques, mais aussi un fil chronologique biographique et l’évocation de plusieurs personnages historiques tels que la militante britannique Annie Besant ou l’ancien gouverneur général du Pakistan Muhammad Ali Jinnah. On y apprend notamment que Léon Tolstoï eut une grande influence sur Gandhi, à tel point que ce dernier donna le nom de l’auteur russe à l’un de ses ashrams. Martin Luther King, Nelson Mandela et Aung San Suu Kyi font quant à eux figure d’héritiers de la philosophie gandhienne.

Gandhi, Fabrice Erre et Sylvain Savoia
Dupuis, juin 2020, 48 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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