« Dragon Ball – Full Color » (Tomes 1 à 3) : quand un classique shōnen retrouve ses couleurs

Pour célébrer les 40 ans de Dragon Ball, les éditions Glénat ont offert une seconde jeunesse au manga culte d’Akira Toriyama, avec une édition intégralement colorisée, supervisée par le maître lui-même. Les trois premiers volumes de cette version « Full Color » retracent les origines de la saga, nous ramenant aux premiers pas du jeune Son Goku depuis sa rencontre fortuite avec Bulma jusqu’à son premier grand tournoi d’arts martiaux.

Si l’idée de coloriser un manga initialement conçu en noir et blanc a pu faire grincer les dents des plus puristes, force est de reconnaître que le résultat séduit par sa fraîcheur et sa fidélité à l’esthétique colorée de l’anime des années 1980. Le trait rond et expressif de Toriyama gagne ici une nouvelle lisibilité, dynamisant les scènes d’action autant que les gags visuels caractéristiques d’une série qui brille parfois par son ton décalé.

Akira Toriyama construit les premiers chapitres de Dragon Ball en puisant largement dans la légende chinoise du Voyage en Occident. Son Goku, avec son bâton magique et son nuage volant, s’inspire directement du fameux roi des singes Sun Wukong. Bulma, Yamcha ou encore Oolong trouvent aussi leurs racines dans ce classique de la littérature orientale. Toriyama y insuffle toutefois une fantaisie moderne et un humour burlesque. Dès les premières pages, l’auteur enchaîne les situations rocambolesques, alternant entre combats absurdes, blagues potaches et moments d’initiation. L’innocence désarmante de Goku et les préoccupations plus terre-à-terre de Bulma créent un contraste efficace, qui pose les bases d’une dynamique narrative dont le succès ne se démentira jamais.

En trois tomes seulement, Dragon Ball introduit avec brio une galerie de personnages devenus emblématiques. Chaque protagoniste est esquissé avec une précision remarquable : Oolong, le cochon métamorphe peureux, Yamcha, brigand timide et maladroit face aux filles, ou encore Tortue Géniale, l’ermite pervers mais attachant. Ces personnalités truculentes apportent non seulement des gags récurrents qui rythment le récit, mais aussi une dimension dramatique – et bientôt amicale – essentielle au genre shōnen. Toriyama excelle à semer subtilement des éléments annonciateurs de futurs développements majeurs, comme la mystérieuse queue de singe de Goku et sa transformation inquiétante à la pleine lune, suscitant chez le lecteur une curiosité constante.

La structure narrative initiale, centrée sur la quête itinérante des Dragon Balls, évolue naturellement vers un schéma plus compétitif dès le tome 3 avec le célèbre Tenkaichi Budôkai (le tournoi des arts martiaux). Ce passage au format tournoi introduit habilement, toujours avec légèreté, des enjeux plus élevés. La gravité n’est pas encore de mise, mais l’émulation par le combat donne déjà le la. Les affrontements gagnent en intensité et en ingéniosité, offrant au lecteur un premier aperçu de ce qui fera la renommée mondiale de Dragon Ball : l’équilibre parfait entre dépassement de soi, suspense et comédie décomplexée.

Cette édition Full Color permet une redécouverte particulièrement agréable de ces aventures fondatrices. Les couleurs vives enrichissent chaque page, donnant une clarté inédite aux scènes d’action et mettant en valeur le décor foisonnant imaginé par Toriyama. Le grand format choisi par Glénat accentue encore ce plaisir de lecture, tandis que les annexes documentaires sur la création du manga apportent une dimension appréciable pour les fans comme pour les curieux.

Relire ces premiers tomes, c’est réaliser à quel point Dragon Ball a su définir les codes du shōnen moderne, influençant profondément tout un pan de la culture populaire mondiale. Entre nostalgie et redécouverte visuelle, cette réédition colorisée constitue aussi bien une excellente porte d’entrée pour les nouveaux lecteurs qu’une occasion rafraîchissante pour les anciens fans de se replonger dans l’univers fascinant d’Akira Toriyama. Quatre décennies après ses débuts, le charme malicieux de Goku opère toujours aussi efficacement, prouvant définitivement que Dragon Ball n’a rien perdu de son éclat originel.

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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