« Damn Them All » : une héroïne face aux forces occultes

Initialement publié chez Boom! Studios, Damn Them All, scénarisé par Simon Spurrier et illustré par Charlie Adlard, fait l’objet d’une parution française aux éditions Delcourt. Basée sur l’occultisme, le mystère et l’action, la série explore les thèmes de la moralité, du pouvoir et de la résistance, à travers les aventures d’Ellie Hawthorne, héroïne haute en couleur.

Alfie, oncle et mentor d’Ellie, est une figure complexe et controversée, à la fois occultiste chevronné et personnage ambigu. Sa mort, qui forme l’ouverture de l’ouvrage, sert de catalyseur à l’intrigue. On apprend rapidement qu’une horde de démons a été libérée dans Londres. L’héritage qu’Alfie a laissé à sa nièce est constitué de secrets et de savoir occulte. Ellie, qui se décrit elle-même comme une délinquante doublée d’une magicienne, est rapidement accompagnée de Dora Lafon, dans son enquête sur les circonstances de la disparition de son oncle et les conséquences de ses actions. Ce faisant, Damn Them All pose les premières pierres d’une réflexion sur la responsabilité, le sacrifice et les répercussions de nos choix.

L’univers de Damn Them All se déploie à travers une dualité fascinante, où le surnaturel et le quotidien se côtoient et interagissent constamment. Cette coexistence entre les aspects les plus sombres de l’humanité et les entités démoniaques crée un terrain fertile pour des histoires où les frontières entre bien et mal, justice et vengeance, sont constamment remises en question. Les informations sont distillées graduellement, et le lecteur pénètre dans l’histoire avec des zones d’ombre souvent partagées avec l’héroïne.

Cette dernière, véritable atout pour l’album, se distingue par sa détermination et son refus de se conformer aux attentes. Damn Them All brille aussi par ses dialogues ciselés, écrits avec brio par Spurrier. La dynamique entre Ellie et Dora, entre autres, enrichit l’intrigue, offrant des perspectives diverses sur les événements. Ce qui peut en revanche un peu rebuter de prime abord, c’est le côté très textuel de cette série. Les cartouches et les bulles de dialogues sont souvent foisonnants. Cela contribue à donner son sel à l’histoire – la narration est volontiers ironique – mais cela affecte aussi le rythme du récit, parfois alambiqué.

Visuellement, l’œuvre est une vraie réussite. Charlie Adlard, reconnu pour son talent à créer des atmosphères immersives (The Walking Dead, notamment), nous offre un spectacle graphique d’ampleur, où l’ombre et la lumière jouent un rôle crucial. La représentation des démons, alliant familiarité et étrangeté, renforce l’impact du surnaturel sur le monde. Et c’est peu dire que l’approche artistique de la série contribue à l’ambiance unique de Damn Them All.

Humour noir, enquête décapante, démons libérés sur la métropole, ponts avec Hellblazer, références nombreuses à la pop culture, vignettes parfois spectaculaires, Damn Them All réussit le pari de renouveler le genre en intégrant des éléments familiers tout en y apportant une fraîcheur et une profondeur incontestables. Entre les mains de Spurrier et Adlard, Ellie Hawthorne s’impose comme une figure mémorable, capable de tenir en haleine le lecteur.

Damn Them All, Simon Spurrier et Charlie Adlard
Delcourt, février 2024, 188 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.

The Last Viking : une bande à part

"The Last Viking" suit deux frères, Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, dans une forêt danoise où un magot enterré cache surtout de vieux souvenirs. Anders Thomas Jensen y mélange polar et comédie tendre, entre fausse reformation des Beatles et vraie thérapie de groupe.

La chaleur : l’adolescence en mode atone ou l’art de filmer le vide

Faut-il filmer l'ennui pour le faire exister ? Stéphane Demoustier avec son dernier opus "La chaleur" en fait le pari, avec une délicatesse certaine, mais au risque d’engluer son spectateur dans la torpeur même de son héros.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Naïs » : la force du renoncement

En adaptant "Naïs" de Marcel Pagnol, Éric Stoffel et David Ratte redonnent vie à l'un des textes les plus denses de l'écrivain provençal. Derrière une romance contrariée se dessine en effet une réflexion sur le sacrifice, la différence et l'amour possessif, portée par une galerie de personnages d'une remarquable justesse.

« Les Adieux ne durent jamais » : le voyage comme ultime conversation

Après "L'Étreinte", Jim et Laurent Bonneau se retrouvent pour un nouveau récit habité. Un simple road trip entre amis y fait figure de révélateur. Une traversée des silences, des absences et des liens invisibles qui continuent d'unir les vivants aux disparus. Les Adieux ne durent jamais confirme la singularité d'un duo qui préfère les émotions diffuses aux effets spectaculaires.

« Équation à une inconnue » : la beauté des hasards et des souvenirs

Et si une rencontre de quelques secondes pouvait vous marquer au point de façonner toute une existence ? Avec "Équation à une inconnue", Frédéric Peynet signe une œuvre pleine de délicatesse, où une manifestation de sentiments inattendue devient le point de départ d'une quête aussi improbable que profondément humaine.