« Belmondo » : un portrait en vignettes

Les éditions Glénat publient dans un grand format Belmondo : Peut-être que je rêve débout, biographie illustrée signée LF Bollée et Jean-Michel Ponzio. Le monstre sacré du cinéma français nous y est présenté par le menu, de son enfance à ses plus grands succès, en passant par une ascension accidentée et des relations professionnelles en tous genres.

L’originalité de la narration mérite d’être soulignée. Plutôt que de retracer de manière linéaire la vie de Belmondo, l’auteur Laurent-Frédéric Bollée imagine une rencontre fictive entre l’acteur et son père, le sculpteur Paul Belmondo, dans les années 80. Elle sert de fil conducteur au récit et permet d’aborder les moments-clés de la vie de l’acteur français de manière plus naturelle et intime. Le récit est divisé en plusieurs chapitres, chacun explorant une période ou un aspect différent de sa carrière.

L’album explore bien entendu les succès de Belmondo mais sans négliger ses débuts difficiles, notamment son passage au Conservatoire. Malgré son amour pour le théâtre, ses professeurs ne croyaient pas en lui et c’est presque spontanément qu’il s’est tourné vers le cinéma. Cette expérience a marqué l’acteur et a contribué à forger son caractère déterminé. Sa rencontre avec des réalisateurs-phares de la Nouvelle Vague tels que Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Melville sera essentielle pour la suite de sa carrière. On découvre dans Belmondo un Godard désireux de briser les carcans du septième art, employant des dispositifs légers pour tourner en extérieur et laissant une grande latitude aux comédiens, puisque les dialogues étaient insérés après l’enregistrement par le biais de la post-synchronisation. Melville apparaît plus autoritaire, volontiers vexatoire, et les relations ont parfois été orageuses entre les deux hommes.

L’album met en lumière la dualité de la filmographie de Jean-Paul Belmondo, entre films d’auteur et films d’action. On le découvre au contact de Jean Gabin, qu’il met du temps à amadouer, et prêt à suivre Godard dans ses velléités artistiques les plus insondables. Avec Alain Delon, les choses ne sont pas simples et Belmondo finit par l’attaquer en justice pour une histoire de noms sur l’affiche du film Borsalino. Mais au-delà de la carrière cinématographique du comédien français, l’album offre un aperçu de sa personnalité et de ses relations. On découvre un enfant curieux des formes féminines devenu un homme drôle et attachant. La relation père-fils, bien que fictive dans l’album, ajoute une dimension émotionnelle forte au récit.

Le style réaliste du dessinateur Jean-Michel Ponzio, qui s’approche du roman-photo, contribue à donner vie aux souvenirs de l’acteur. Ponzio utilise une technique de dessin assistée par ordinateur pour créer des images d’un réalisme saisissant, s’inspirant de photographies et de vidéos pour représenter Belmondo à différents âges. Les décors, inspirés des films, contribuent à leur tour à l’immersion du lecteur dans l’univers cinématographique de Jean-Paul Belmondo.

L’album Belmondo : Peut-être que je rêve débout excède la simple biographie chronologique pour proposer une plongée sensible et intimiste dans la vie de l’acteur disparu en 2021, explorant sa carrière, sa personnalité et ses relations à travers un récit et un dessin d’une grande force. Tout y est, de Pierrot le fou à Un singe en hiver, et sans rien sacrifier de la chair humaine qui caractérisait cette personnalité haute en couleur. 

Belmondo, LF Bollée et Jean-Michel Ponzio  
Glénat, août 2024, 224 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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