« Super Kids ! » : l’éducation américaine au-delà des clichés

Véronique Dupont est journaliste à l’AFP. Elle a vécu quinze années aux États-Unis et y a élevé ses deux filles, entre Los Angeles et New York. Elle en tire aujourd’hui un ouvrage consacré à l’éducation de nos chères têtes blondes.

Tous les parents ont des avis tranchés, bien arrêtés, sur les meilleures méthodes d’éducation. Chacun fait valoir ses expériences personnelles, a tendance à reproduire ce qui a constitué sa propre éducation, voire à catégoriser un peu hâtivement ce qui sort de son champ d’acceptation. « Trop permissif », « trop autoritaire », « pas assez démocratique » constituent autant de jugements entendus à longueur de journée.

Dans son ouvrage, Véronique Dupont oppose, en toile de fond, l’éducation américaine et française. Cette dernière serait trop rigide et ne tiendrait pas assez compte de l’immaturité des enfants. Elle se personnifierait par des parents peu patients, trop sensibles à l’ordre et la propreté, excessivement regardants quant aux règles de bonne conduite et de bienséance. A contrario, les parents américains seraient plus détendus, davantage enclins à la compréhension, respectueux des besoins de leurs enfants – bouger, crier, s’amuser, commettre des erreurs…

Dans les écoles américaines les plus progressistes (car les situations sont plurielles et parfois contradictoires), les relations entre élèves et professeurs se veulent plus égalitaires qu’en France, l’explication étant par exemple préférée à la punition. Le character building, l’expression orale et écrite, la valorisation des enfants et de leurs compétences feraient alors figure de maîtres mots. Véronique Dupont nous explique par ailleurs que l’échec est perçu aux États-Unis comme une étape normale vers l’apprentissage et l’amélioration de soi. Une note considérée en France comme catastrophique se voit à Los Angeles accompagnée d’un smiley encourageant. Les jeux de rôle, les exercices ludiques et créatifs, l’application des principes de justice réparatrice d’Howard Zehr complètent un tableau voulu enchanteur.

À chaque fin de chapitre, Véronique Dupont consigne quelques pistes de réflexion et outils à mettre en pratique. Son ouvrage s’empare aussi de plusieurs débats d’une actualité brûlante : sur la fessée, sur les écrans, sur les enseignements alternatifs, sur la transmission de compétences plus que de savoirs, sur l’interdisciplinarité, sur les systèmes de notation, sur les parents hélicoptères… Cela étant, on ne fait que survoler ces débats et le lecteur averti en apprendra finalement assez peu sur ces questions, même si le tour d’horizon demeure pertinent.

Si l’ouvrage a le mérite d’ouvrir la discussion et de combattre certaines idées reçues, on ne peut s’empêcher d’y voir une forme de béatitude à l’endroit du système américain. Et parmi les nombreux sujets qu’on aurait aimé voir intégrés dans Super Kids ! figurent notamment les cas de harcèlement sexuel judiciarisant des élèves… de maternelle ou de primaire ! Par centaines, à travers tout le pays, les enfants suspendus pour « contacts inappropriés » ou « comportement odieux » disent eux aussi beaucoup du système éducatif américain et de ses limites – ici par pudibonderie. Comme le rappelle cet article du Figaro, certains rapports alarmistes resteront à jamais dans les dossiers scolaires de ces enfants…

Super Kids !, Véronique Dupont
Les Arènes, mai 2019, 240 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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