Passe-passe de Martine Lombard

Martine Lombard est une auteure originaire de Dresde, en Allemagne, et qui vit aujourd’hui à Strasbourg, en Alsace. Elle a connu la fracture de son pays, entre la RDA et la RFA — la nation était alors scindée en deux entre le côté est et ouest. Cette femme qui a beaucoup voyagé a été amenée à travailler pour la chaîne de télévision Arte, mais aussi à se consacrer à l’écriture. Avec son parcours atypique et unique, l’auteure choisit de présenter un recueil de treize nouvelles, à la croisée des chemins.

Le principe de la nouvelle tient souvent sur quelques codes qu’il convient de suivre ou de détourner. Peu de personnages, une action qui se déroule en peu de temps… Et une chute finale, où le lecteur prend conscience que l’écrivain l’a dupé. Pour ce recueil de nouvelles, Martine Lombard a décidé de planter son décor dans des lieux différents. D’ailleurs, les histoires de l’auteure ne semblent pas interconnectées, même si elles sont toutes dénonciatrices de quelque chose. Ce ne sont pas des portraits idéalisés de grands personnages nobles et riches, mais plutôt le destin de gens qui ont dû se battre pour en arriver là.

Se battre pour survivre

Dans ce groupe de textes, le poids du passif de Martine Lombard est décisif. C’est lui qui va l’inspirer à écrire sur des sujets comme l’année 1989, qui symbolise la chute du mur de Berlin et la fin du bloc soviétique. La nouvelle retrace le parcours de Kristina, une étudiante qui ne se sent pas à sa place. Avec tous ces bouleversements, la jeune femme peine à s’en sortir. Une claque d’émotion, qui annonce un recueil qui tourne autour de la discrimination et de décisions qui dépassent l’humain. Un des atouts de ce recueil de nouvelles est la multiplicité des points de vue. Martine Lombard parvient à se mettre à la place de nombreux personnages : une famille qui se lance vers l’inconnu, des filles étudiantes envoyées en mission, un malade chronique qui doit affronter la mort…

Globalement, ce livre suscite de vives émotions chez son lecteur, du fait de ses sujets tabous, traités avec une plume poétique et un angle tantôt fataliste, tantôt empli d’espoir.

Un recueil mélancolique aux airs de tableau vivant

Passe-Passe, ça veut dire quoi ? Dans le monde de la magie, cela signifie un « tour d’adresse », où l’on doit cacher un objet en particulier. C’est donc une tromperie, une illusion amenée de manière subtile et sournoise. Il est difficile de présenter un recueil de nouvelles sans « spoiler » l’issue de chaque récit. Cependant, certains textes sortent du lot, dont « L’héroïne du jour ». La sixième de l’ouvrage a pour thème le voyage et le climat tendu et militariste. En effet, les filles étudiantes s’ennuient, obligées d’honorer une mission qui doit durer soixante-et-onzième jours. Elles écrivent des lettres à leurs familles pou les fêtes, tandis que les sentiments se décuplent. Les instructeurs hommes exigent qu’elles se sacrifient : ils leur promettent monts et merveilles, leur font entrevoir un mensonge au nom de la guerre.

Mention spéciale à « La mendiante et la princesse », où la narratrice se lie avec une personne vivant dans la rue, Daria, originaire du Monténégro.

Finalement, est-ce vraiment de la fiction ?

Avec autant de situations crédibles et parfois glaçantes, le lecteur en vient à se demander si toutes ces nouvelles ne sont pas, en réalité, des anecdotes vécues par l’auteure elle-même. De toute évidence, Martine Lombard s’est inspirée de la réalité, pour reconstituer ces récits.

La dernière nouvelle du recueil s’intitule « La candidate ». Le texte affiche une mise en page très atypique pour une nouvelle, car elle ressemble à un rapport judiciaire officiel. Celui-ci traite d’une certaine Blondie. Dans ce texte très technique, l’auteure dénonce le protocole français, quand il s’agit d’appartenir à la société, pour une étrangère. Comment intégrer ce pays, qui se réclame défenseur des Droits de l’Homme ? N’est-il donc pas dépositaire d’une volonté d’aider et d’accueillir ceux qui demandent asile ?

En définitive, Passe-passe est un recueil bouleversant, qui rend hommage à l’humanité tout entière. Les personnes qui osent s’opposer au courant sont souvent celles qui souffrent le plus. Martine Lombard parvient à créer des atmosphères tendues et réalistes, qui crispent le lecteur et le font parfois découvrir des problématiques éloignées des siennes.

Passe-passe, Martine Lombard
Éditions Médiapop, septembre 2021, 200 pages

 

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