« On s’est battu·es pour les gagner » : la lutte pour les droits humains en France

Dans un essai intitulé On s’est battu·es pour les gagner, publié aux éditions du Détour, l’historienne et femme politique Mathilde Larrère retrace l’histoire des luttes pour les droits humains en France. 

« Non, les lois, les droits ne tombent pas tout rôtis des ministères. Derrière les droits, il y a des foules de femmes et d’hommes. » 

Il est primordial de se rappeler que les droits humains ne sont pas des acquis tombés du ciel. Ils sont le fruit de luttes acharnées, menées par des générations de femmes et d’hommes qui ont refusé l’injustice et ont voulu défendre des causes auxquelles ils étaient sensibles. En ce sens, l’ouvrage de Mathilde Larrère apparaît d’autant plus précieux. Car oublier les combats qui ont fait évoluer les droits humains, c’est risquer de les voir disparaître petit à petit, tant ils sont régulièrement remis en question. 

Le livre retrace tour à tour différentes luttes sociales et politiques : la Révolution française pour les droits naturels, les luttes ouvrières pour les droits sociaux et syndicaux, les combats féministes pour le droit de vote, la contraception et l’IVG, les luttes des sans-papiers pour leurs droits fondamentaux ou les revendications LGBTQIA+ pour la dépénalisation de l’homosexualité et la reconnaissance de leurs droits. Mathilde Larrère montre à chaque fois ce qui a constitué l’étoffe des mobilisations : pétitions, manifestations, grèves, actions juridiques, etc. 

La mère de toutes les luttes est celle pour les « droits naturels », qui sont des droits que les philosophes des Lumières considéraient comme inhérents à la nature humaine, et non octroyés par un État. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, inspirée de ces idées, proclame la liberté, l’égalité, la sûreté ou encore la propriété comme en faisant partie. Ces droits ont servi de socle aux luttes pour l’abolition de l’esclavage, la liberté d’expression ou la résistance à l’oppression. Cela n’a évidemment pas empêché les tentatives de retour en arrière : on pense par exemple aux droits de timbre, une taxe appliquée à la presse qui avait pour effet de freiner l’avènement des petits journaux d’opposition.

Les droits sociaux, comme le droit au travail, à l’éducation, à la santé ou à la sécurité sociale, ont résulté des luttes ouvrières et sociales, notamment au XIXe et XXe siècle. L’auteure montre comment ces combats ont permis d’arracher des mesures sociales importantes, malgré la résistance des libéraux, opposés à toute intervention de l’État en la matière. Le droit de grève, le droit syndical, le droit au repos ou encore le droit à la retraite ont été obtenus de haute lutte face à un patronat souvent hostile et un État à tout le moins hésitant. L’auteure souligne à cet égard l’importance des mouvements sociaux, qui ont engendré les grèves de 1936 ou de mai 68, pour arracher ces droits et améliorer les conditions de travail. 

Mathilde Larrère fait cependant état d’un écueil essentiel : l’universalité des droits a souvent été bafouée, notamment en ce qui concerne les femmes, les étrangers, les minorités et les LGBTQIA+. Le droit de vote par exemple, longtemps réservé aux hommes, n’a été obtenu par les femmes françaises qu’en 1944, après des décennies de combats. De même, les droits des étrangers, des sans-papiers et des LGBTQIA+ font l’objet de remises en cause constantes, malgré des avancées notables. Même des droits obtenus tardivement dans un cadre européen, tels que le droit de vote pour les ressortissants des pays membres de l’UE lors de certaines élections, met en lumière, par ricochet, les inégalités de traitement dont pâtissent les autres populations étrangères. 

Avec cet essai, Mathilde Larrère nous invite à un devoir de mémoire. En insistant sur la dimension populaire des luttes sociales et politiques, elle nous rappelle que les droits humains sont fragiles et qu’ils nécessitent une vigilance constante. Ils ne sont pas un cadeau, encore moins un acquis, mais le fruit de revendications âpres et obstinées. Son livre peut ainsi s’apparenter à un appel à poursuivre ces combats, pour une universalité réelle des droits, en dépit des nombreux obstacles qui persistent.

On s’est battu·es pour les gagner, Mathilde Larrère
Éditions du Détour, août 2024, 240 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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