Lieux secrets et interdits, une invitation à ré-enchanter le monde

Depuis longtemps maintenant, il semble que le moindre mètre carré de notre planète soit connu, cartographié. Les images satellite nous permettent même de voir tout cela depuis notre salon. Serait-ce donc la fin des mystères, la disparition des « terrae incognitae » (et de toute la poésie qui les entoure) ?

Le livre Lieux secrets et interdits, de Johann Protais et Eloi Rouseau, nous donne la possibilité de nous rendre compte qu’il existe toujours des territoires inconnus, des lieux interdits. Et ce pour diverses raisons.

Grâce à eux, nous allons pouvoir aborder des rivages interdits pour des raisons militaires, comme la fameuse Zone Démilitarisée entre les deux Corée, les bunkers présidentiels ou le cimetière à ciel ouvert pour sous-marins nucléaires à Mourmansk, en Russie.

Nous partons aussi, au fil des pages, vers des lieux qui ne sont (ou n’ont été) conçus que pour un petit groupe d’initiés, des lieux religieux (le Mur des Lamentations, dernier vestige du Temple de Jérusalem, la Kaaba de La Mecque, le Mont Athos en Grèce ou le célèbre Ayers Rock, lieu sacré pour les Aborigènes), des lieux de réunions de groupuscules plus ou moins fermés (francs-maçons, Ku Klux Klan…) ou des lieux simplement interdits aux mineurs.

De nombreux autres enjeux rentrent en ligne de compte, qui finalement en disent long sur le monde de ces dernières décennies : camps de prisonniers (ceux qui font désormais partie de l’histoire, comme les camps du Goulag, ou ceux qui sont toujours d’actualité comme à Guantanamo), sites d’essais nucléaires, mur de séparation entre Jérusalem et Bethléem, des territoires revendiqués par plusieurs pays, le siège de la Banque de France à Paris ou les archives secrètes du Vatican, etc. Un livre qui, finalement, radiographie le monde dont nous héritons et sur ce que nous en faisons actuellement…

Mais ce livre est aussi, et c’est peut-être là sa principale qualité, une invitation formidable au voyage et à la rêverie. Les pages sur les villes abandonnées ou les trésors plus ou moins cachés ont une force poétique extraordinaire et suffisent à nous prouver que notre monde actuel n’est pas si désenchanté que cela.

Alors que chaque page est illustrée de belles et grandes photos, le texte permet de prendre conscience de certains problèmes ou de débats contemporains. Faut-il restaurer les monuments détruits ? Pourquoi y a-t-il autant de fantasmes autour de la franc-maçonnerie ? Les auteurs abordent les explications géographiques, démographiques, sociologiques, historiques ou scientifiques nécessaires pour replacer les lieux dans un certain contexte : la Guerre Froide, la Ruée vers l’or, l’antiquité romaine, etc. De plus, à intervalles réguliers, des encadrés nous apportent des informations complémentaires, sur l’incendie récent du Musée national du Brésil, sur l’existence d’un club privé au sein des parcs Disney, sur l’invisibilité des empereurs de Chine ou sur la position actuelle (supposée) de l’Arche d’Alliance.

Le découpage du livre en plusieurs parties permet d’évoquer les différentes raisons qui président à leur méconnaissance actuelle : lieux qui sont censés contenir des trésors, sites abandonnés (dont certains furent autrefois florissants), endroits réservés à des initiés, terrains de la science ou de l’armée, autant de catégories qui dessinent une géographie parallèle de notre monde.

Voilà donc un fort beau livre, une invitation à la rêverie et à ré-enchanter le monde ainsi qu’un portrait parfois glaçant de l’état de l’humanité actuellement.

Lieux secrets et interdits, Johann Protais & Eloi Rousseau
Larousse, octobre 2019, 216 pages

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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