« Corps vivante » : à tâtons…

Après Éloïse Marseille et ses Confessions d’une femme normale, les éditions Pow Wow publient Corps vivante, de Julie Delporte. Le sexe, ses orientations, ses violences et ses pressions y occupent une place centrale, en toute transparence mais avec ce qu’il faut de pudeur.

Censuré mais omniprésent. Investi de tous les fantasmes, source de toutes les craintes. Sujet inépuisable, le sexe s’invite une nouvelle fois au cœur d’une entreprise artistique. L’auteure et dessinatrice Julie Delporte lui consacre un autoportrait tout en justesse, au cours duquel elle revient sur ses préférences sexuelles – longtemps ignorées – et sur son rapport complexe, souvent contrarié, à l’intimité.

Corps vivante raconte plusieurs histoires dans un même élan. Il s’agit dans un premier temps de s’affranchir des conventions. De s’accepter au-delà des prescriptions sociales et des normes sexuelles. Il est aussi question de la violence, symbolique et réelle, dont s’investit le sexe, à travers des pressions diverses mais aussi des relations interdites, forcées, incestueuses. Julie Delporte conte une maïeutique douloureuse : celle qui consiste à s’inscrire en osmose avec soi-même, fût-ce à l’encontre d’un environnement hétéro-normé.

Structuré par des textes courts et percutants formant une histoire suivie, illustré de dessins souvent métaphoriques ou abstraits, Corps vivante raconte une « décroissance sexuelle » contrainte, un voyage inattendu en « Gouinistan », lesquels forment ensemble un éveil tardif à une sexualité sourde aux injonctions et insoluble dans les normes. Julie Delporte tâtonne longtemps avant de se trouver elle-même. Ce n’est que la trentaine passée, une fois épuisé son exemplaire de La Pensée straight de Monique Wittig, qu’elle se découvre enfin. Le lesbianisme constituera pour elle une forme de liberté. Un épanouissement trop longtemps repoussé. Mais poursuivi non sans obstacle.

L’anxiété, la culpabilité, la dissociation, les déceptions, les traumatismes s’exposent clairement dans le texte. Les dessins, quant à eux, s’avèrent plus doux et poétiques. Ils s’inscrivent presque en contraste. C’est toutefois la conjonction des deux éléments qui donne tout son sel à Corps vivante. De Leonardo DiCaprio aux orgasmes, côté lunaire, des remarques désobligeantes aux intrusions de toutes sortes, face sombre, Julie Delporte s’épanche avec énormément de sincérité. Et si elle s’attache à verbaliser les doutes et douleurs éprouvés, c’est pour mieux affirmer la survivance de ce « corps », enfin libéré de ses carcans.

Corps vivante, Julie Delporte
Pow Wow, janvier 2023, 268 pages

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3.5

Festival

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Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

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Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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