Retour des « Brèves d’école »

Professeur par vocation, bédéiste par passion, Guillaume Guedre exprime à nouveau ses états d’âme à l’occasion de Brèves d’école 2, dans lequel il revient, toujours avec une ironie mordante, sur la réalité d’un métier aussi enthousiasmant qu’éprouvant.

Mettez-vous un instant dans la peau de ce jeune professeur. Entre tracasseries administratives et fonctions annexes de gendarme des classes, il doit composer avec des élèves malades ou inattentifs, des parents hélicoptères ou je-m’en-foutistes, des collègues lassés ou angoissés et des inspecteurs de l’éducation nationale qui paraissent aussi détachés des réalités du terrain que le footballeur Vinnie Jones l’était en son temps de l’éthique sportive. Il y a évidemment, dans cette description, une forme de surenchère qui prête à sourire. Guillaume Guedre s’en accommode d’autant plus qu’il épaissit le trait jusqu’à briser la mine : ses planches participent d’une forme de caricature qui, en plus d’amuser, en dit long sur le métier de professeur.

Qu’il moque la novlangue scolaire, qu’il détourne des affiches de films ou qu’il fasse étalage de la langue de bois inhérente à ses fonctions d’enseignant, Guillaume Guedre parvient à chaque fois à faire mouche. Page 34, il met en scène la prétendue bipolarité du professeur, qui, face aux comportements inadéquats de ses élèves, se trouve tiraillé entre les explications sociologiques circonstanciées et une spontanéité émotionnelle qui tend à s’en affranchir. Cette dualité forme en réalité le cœur de Brèves d’école 2, puisqu’on devine sans mal la passion sous le vernis de la dérision, la tendresse en double fond du dépit, le besoin de partage derrière la tentation de repli. Le sous-titre « Bienveillance et burn out » témoigne d’ailleurs de cet antagonisme pas si illogique que cela.

Multipliant les références (dont quelques pages inspirées de L’Exorciste), changeant occasionnellement d’univers graphique, revenant plusieurs fois sur le rôle délétère des influenceurs, Guillaume Guedre ne se contente pas de glisser quelques blagues un peu forcées sur l’éducation nationale. À travers les lignes, il questionne même, très sérieusement pour le coup, le devenir d’un métier nécessitant de gros efforts de formation, un investissement conséquent en temps et en énergie, mais dont les conditions d’exercice semblent aller en se dégradant. Il vaut effectivement peut-être mieux en rire qu’en pleurer…

Brèves d’école 2, Guillaume Guedre
Lapin, août 2022, 160 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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