« Atlas mondial de l’eau » : un bien essentiel mais inégalement réparti

Les éditions Autrement proposent la quatrième édition de leur Atlas mondial de l’eau, écrit par David Blanchon et enrichi des cartes d’Aurélie Boissière. Ressource la plus précieuse sur Terre, l’eau fait l’objet de tensions multiples, tant écologiques et économiques que géopolitiques.

David Blanchon le rappelle : le sixième objectif de développement durable défini en 2015 pour l’horizon 2030 concerne l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’une gestion durable des ressources hydrauliques. On en est cependant encore loin et cet atlas permet d’en prendre la pleine mesure. Ainsi, à l’heure où nous écrivons ces lignes, quelque 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable. En Éthiopie, en République démocratique du Congo, au Niger, le pourcentage de la population touchée par ce phénomène est de l’ordre de 50 à 60%. Les différences demeurent d’ailleurs significatives entre l’Afrique rurale et l’Afrique urbaine. Mais d’autres pays ne sont pas à l’abri de revirements soudains, puisque l’essentiel des eaux du Nil, dont l’Égypte est dépendante à 97%, vient d’Éthiopie et d’Ouganda, tandis que l’Irak présente un taux de dépendance de 53% vis-à-vis du Tigre et de l’Euphrate, laissant le pays à la merci de la Turquie, et que le Pakistan s’approvisionne quant à lui grâce à l’Indus, qui se trouve dans la région disputée du Cachemire indien.

David Blanchon et Aurélie Boissière, respectivement directeur de recherche au CNRS et géographe-cartographe indépendante, objectivent ensemble les problématiques transdisciplinaires relatives à l’eau. Sur le plan sanitaire, on apprend par exemple qu’environ un million de personnes meurent chaque année de maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau potable et que 90% d’entre elles seraient des enfants de moins de 5 ans. Maladie la plus connue liée à l’eau, le choléra sévit de manière endémique dans les pays du Sud. Au Pérou, en 1991, une épidémie a engendré un million de malades et 10 000 décès. Au début des années 2000, c’est en Afrique du Sud qu’on comptabilisait quelque 100 000 malades…. Véritable révolution technique, les immenses barrages modernes modifient le rythme hydrologique en lissant le débit pour que l’eau soit disponible en permanence pour les utilisateurs en aval, luttant ainsi contre les phénomènes de variabilité, mais ils entraînent de ce fait une altération des écosystèmes nuisible aux espèces vivantes qui s’étaient adaptées au rythme naturel des cours d’eau. Et David Blanchon de souligner en outre que les pollutions d’origine agricole ou industrielle demeurent nombreuses, que toute l’Afrique septentrionale se trouve en situation de pénurie hydraulique, que les inégalités d’accès sont criantes dans le bassin méditerranéen et qu’en sus, les chiffres bruts de disponibilité en eau n’offrent qu’une vision schématique du problème, puisqu’ils doivent être pondérés par la faculté d’adaptation des différents États à leur situation hydrologique naturelle (ce qui se fait rarement, comme chacun s’en doute, au bénéfice des pays pauvres).

Clair et relativement exhaustif, cet Atlas mondial de l’eau s’intéresse au stock mondial, au phénomène El Nino, au cycle hydrologique de la planète, aux eaux souterraines (un quart de la population mondiale en dépendrait pour son approvisionnement quotidien, si l’on en croit les Nations unies), à l’agriculture irriguée (40 % de la production agricole mondiale) ou encore aux tensions géopolitiques, notamment dans la vallée du Jourdain. Le lecteur y est aussi invité à porter son regard vers l’avenir, avec les solutions innovantes dans les villes, les projets de collaboration entre États, l’irrigation moderne ou la réutilisation des eaux usées (Israël réutilise déjà 80% de ses eaux usées, tandis que l’Espagne et l’Australie cherchent à atteindre un taux de recyclage de 50%). Et au milieu de tout cela, quelques données de première importance : la consommation par habitant se stabilise, voire diminue, dans la plupart des villes des pays du Nord ; il est désormais possible de retenir l’équivalent de trois crues du Nil ou de détourner des fleuves sur des centaines de kilomètres en franchissant des montagnes ; les techniques de dessalement demeurent en revanche inabordables pour la plupart des villes africaines et sud-américaines ; l’essentiel des prélèvements en eau est destiné à l’agriculture (à hauteur de 69%), le reste se partageant entre les usages industriels (19%) et domestiques (12%)…

Si l’ambition de cet atlas était de faire le point sur le cycle de l’eau, sa gestion dans le temps et l’espace, ainsi que ses nombreux enjeux sous-jacents, David Blanchon et Aurélie Boissière peuvent se féliciter d’y être parvenus avec succès. Et cela n’avait pourtant rien d’une sinécure quand on considère l’ampleur du sujet. Car des Nymphéas de Claude Monet aux prélèvements iraniennes ou américaines dans les nappes souterraines en passant par l’édification des grandes villes à proximité du littéral ou des cours d’eau, le spectre était aussi large que dense…

Atlas mondial de l’eau, David Blanchon et Aurélie Boissière
Autrement, février 2022, 96 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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