« Adaptation et bande dessinée » : fidélité, distance, réappropriation

Les Impressions nouvelles nous proposent un ouvrage très intéressant portant sur les adaptations en bande dessinée. À travers plusieurs analyses, Jan Baetens interroge les concepts de fidélité, de distance ou de réappropriation des œuvres littéraires adaptées.

Jan Baetens n’en est pas à son premier essai sur les bandes dessinées. Ce spécialiste d’Hergé décide ici de circonscrire considérablement son champ de réflexion. Il est en effet exclusivement question des adaptations sous forme de BD, à travers plusieurs exemples choisis. Le principal constat de l’ouvrage tombe sous le sens : une adaptation est « calibrée » en fonction de son degré de fidélité, de ses touches personnelles, de sa capacité de réappropriation du contenu originel, chacun de ces éléments pouvant s’entendre eux-mêmes de différentes façons. Les adaptations ont beau être anciennes, le jugement qui leur est porté demeure souvent artificiel (entre respect et trahison), à courte vue (une adaptation dessinée manquerait de noblesse) ou étranger à l’équilibre qui préside forcément à une rencontre entre deux auteurs.

Pourtant, une adaptation en bande dessinée impose des choix qui redéfinissent touche par touche l’appréhension que l’on peut avoir du contenu de base. La restitution des descriptions et des dialogues, le parcours et la composition des vignettes, les dessins et les allusions qu’ils supportent, la représentation des personnages et des décors (qui s’impose, contrairement aux romans), les questions liées aux ellipses et au rythme fondent la transposition et aboutissent à une relecture pouvant aller de l’académisme le plus banal à l’iconoclasme le plus inventif. L’adaptation peut d’ailleurs se développer « en bloc » et porter davantage sur un style que sur une œuvre, ou se révéler « abstraite », à l’image de Chantier-Musil (coulisse), « qui fait l’économie du contenu de l’œuvre pour mieux saisir son mouvement ».

Nantie de nombreux exemples et illustrations, l’analyse de Jan Baetens effeuille l’adaptation en se reposant sur des cas concrets, dont il livre une étude à la fois claire et détaillée. Il en ressort que l’adaptation est elle-même le produit d’une démarche d’auteur – pour peu qu’on évite l’écueil de la servilité. Pour s’en convaincre, on s’en remettra volontiers aux formes graphiques et au lettrage du Château d’après Kafka d’Olivier Deprez, à l’actualisation du thème de l’inaction dans Boule de Suif, au travail sur le déroulement temporel de Manu Larcenet dans Le Rapport de Brodeck ou à la figure du héros telle qu’elle apparaît dans le Fritz Haber de David Vandermeulen.

Dans les dernières pages de l’ouvrage, Jan Baetens apporte cette précision importante : « L’adaptation est moins un rapport entre deux objets qu’une pratique culturelle où s’explorent de nouveaux rapports entre tous les aspects de l’institution littéraire et artistiques : auteur, originalité, style. Cette approche ne peut évidemment se substituer à la lecture plus traditionnelle qui compare deux objets (par exemple un roman et une bande dessinée), mais elle doit compléter celle-ci sous peine de perdre la complexité des opérations en jeu. » Nul doute qu’Adaptation et bande dessinée constitue un point de départ idoine pour le comprendre.

Adaptation et bande dessinée, Jan Baetens
Les Impressions Nouvelles, octobre 2020, 240 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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