Pur film-concept, Free Fire repose sur une idée toute simple : relever le défi d’étirer, sur plus de soixante minutes, une fusillade en huis clos. Ben Wheatley réussit ainsi l’exploit de nous donner du plaisir dans l’observation fignoleuse de personnages en train de s’entretuer brutalement. Ce succès, il le doit au fait que son film ne perde rien sur la longueur, ni de son rythme dément, ni de son humour incisif.
Synopsis : Boston, années 70. Une nuit, une dizaine de malfrats venus d’horizons différents se retrouvent dans un vieil entrepôt désaffecté pour conclure une vente d’armes. La tension commence à monter jusqu’à ce qu’éclate un premier coup de feu qui va en entrainer d’autres. Beaucoup d’autres.Les négociations ne sont alors plus possibles face à toutes les bassesses que peut pousser à faire l’instinct de survie.
Petit massacre entre amis
De plus en plus incontournable aux yeux des spectateurs curieux grâce à la maitrise et à l’audace de ses réalisations (quelques épisodes de la 8ème saison de Dr Who, ainsi que le cauchemardesque Kill List, le très abstrait English Revolution et même le trop sage High-Rise), le britannique Ben Wheatley signe là une œuvre plus mainstream qui devrait enfin faire connaitre son nom au grand public. Réunir des acteurs aussi populaires que Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy a évidemment de quoi assurer à Free Fire une couverture et une distribution bien supérieures à celle de ses précédents films. Mais, la vraie force de ce long-métrage atypique n’est pas tant dans son casting que dans la qualité de sa mise en scène soignée. Ce travail sur la représentation de la violence a même largement de quoi s’imposer comme une nouvelle référence en termes de gestion de l’espace et du temps. Un art du cadrage astucieux, un storyboarding parfaitement millimétré, un découpage virtuose, un storytelling en temps réel… Tant de termes à priori peu enjôleurs mais qui rappellent que c’est à un impressionnant travail formel que l’on doit le pur délire qui anime ce divertissement ludique.
Le postulat de départ, qui consiste à filmer ce qui est assurément la plus longue fusillade de l’histoire du cinéma, puisqu’elle dure plus d’une heure, implique mathématiquement une première partie de près d’une demi-heure qui permet d’installer la situation. Fort heureusement, plutôt que d’être rébarbatif, ce prélude parvient, grâce à une écriture habile et pleine d’humour, à nous présenter chacun des personnages et à les rendre attachants. Sans cette inévitable étape, la suite aurait d’ailleurs cruellement manqué de tension. Évidemment, il apparait rapidement que certains de ces bras cassés n’ont pas vocation à survivre bien longtemps. Leur nom sera même vite oublié. A l’inverse, le charisme qu’apportent Brie Larson, Sharlto Copley ou encore Armie Hamer aux bandits auxquels ils prêtent leurs traits – tous dans des looks délicieusement vintage – nous donne envie de les suivre de près dans le tumulte général qui va naitre sous nos yeux ébahis.
Des dialogues bien ciselés. Des musiques choisies en toute intelligence. Une violence filmée avec une légèreté déconcertante. La recette est tarantinesque au possible mais le jusqu’au-boutisme aventureux, parfois même expérimental de Ben Wheatley, fait de cet exercice de style un défouloir jouissif.
A l’inverse du désordre illisible auquel de trop nombreux films d’action nous ont habitués ou du flou oppressant dans lequel certains films de guerre nous plongent délibérément, ici, la fluidité de la réalisation nous permet de suivre clairement chaque action qui a lieu dans cet entrepôt en proie au chaos. La maladresse dont font preuve les bandits dans leurs échanges de coups de feu n’est d’ailleurs pas seulement un effet comique. Il s’agit aussi et surtout d’une volonté de rompre avec des codes cinématographiques désuets et de donner ainsi davantage de crédibilité à cette explosion de violence. Dans Free Fire, pas de one shot. Au contraire, chaque exécution se fait laborieusement, sur la durée. Une raison supplémentaire de multiplier encore davantage les coups de feu. Autre conséquence : chacun des participants de cette fusillade devra souffrir s’il veut survivre. Quels que soient ceux sur lesquels on mise – si tant est que l’on part de l’hypothèse qu’il y aura des survivants –, ils passeront tous par de terribles douleurs, victimes d’impacts de balles mal placés et autres blessures plus regrettables encore. La qualité avec laquelle Wheatley filme ces corps en souffrance est là encore remarquable. Rarement le supplice physique éprouvé par des personnages aura eu un tel pouvoir immersif en nous plaçant dans un enfer dont on aimerait fuir avec eux.
Et pourtant, la légèreté des dialogues ne cesse jamais vraiment. A tel point d’ailleurs que l’on en vient à se demander si l’on ne surestime pas quelque peu le calvaire de ceux qui se les échangent. Les vannes fusent aussi vite que les balles et la sympathie pour ces grandes gueules n’est jamais amochée par la violence dont ils font preuve. Il s’avère même qu’ils trouvent tous leur petit moment de gloire, prouvant ainsi qu’ils ne sont pas de simples figurants juste là pour servir de cibles humaines. Selon la façon dont on veut se placer à leur égard, on peut donc prendre un plaisir coupable à les regarder se faire dégommer un par un, ou les soutenir dans leur volonté de survivre à ce véritable chaos. Dans les deux cas, le suspense fait effet. Parce qu’il apparait vite évident que rester immobile est une erreur fatale, le film et son montage (par ailleurs effectué par le réalisateur et son épouse-coscénariste dans un souci évident de perfectionnisme) se maintiennent dans un mouvement perpétuel qui lui non plus ne faiblit jamais. Dès lors, la stratégie choisie par chaque belligérant pour s’en sortir devient, malgré elle, une source de tension haletante alors que toutes ont vocation à s’achever dans une pétarade sanguinolente et jubilatoire.
Les acteurs s’amusent, et on s’amuse avec eux. C’est sans doute ce qui compte le plus dans ce pur exercice de style décomplexé : on s’éclate alors que les personnages s’éclatent dans une gunfight de tous les diables ! Le cinéma d’action ne donne que trop rarement l’occasion de vivre un pareil coup de folie et, quand ça arrive, ça fait du bien, alors pourquoi s’en priver ?
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Free Fire : Bande-annonce (VOST)
Free Fire : Fiche technique
Réalisation : Ben Wheatley
Scénario : Amy Jump, Ben Wheatley
Interprétation : Cillian Murphy (Chris), Brie Larson (Justine), Sam Riley (Stevo), Michael Smiley (Frank), Armie Hammer (Ord), Shartlo Copley (Vernon)…
Image : Laurie Rose
Montage : Amy Jump, Ben Wheatley
Musique : Goeff Barrow, Ben Salisbury
Directeur artistique : Nigel Pollock
Costumes : Sian Evans
Production : Andy Starke, Lizzie Francke, David Kosse, Sam Lavender, Danny Perkins, Ben Roberts, Martin Scorsese, Emma Tillinger Koskoff…
Société de production : Protagonist Pictures, Film4, Sikelia Productions
Distribution : Metropolitan Filmexport
Genre : Action, comédie
Durée : 90 minutes
Date de sortie : 14 juin 2017
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Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.
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