Friend Request, un film de Simon Verhoeven : Critique

Friend Request ou une énième satire contre-utopique (toujours) un peu facile et fabuleuse d’une interconnectivité virtuelle ? Mark Zukerberg n’a qu’à bien se tenir… même pas peur, au détriment d’être plaisant.

Synopsis : Laura, étudiante branchée, partage sa vie sur Facebook avec ses 800 amis. Par gentillesse, elle accepte la demande d’ami de Marina, une étudiante introvertie mais qui devient vite envahissante. En tentant de la supprimer de sa liste d’amis, Laura va déclencher des forces paranormales et voir ses proches être décimés les uns après les autres…

Non, Simon Verhoeven n’a aucun lien de parenté avec le « Hollandais violent ». Son grand-père est certes le célèbre Paul, mais pas celui dont vous faites allusion. Metteur en scène, acteur, réalisateur et scénariste allemand, celui-ci a transmis la fibre jusqu’à son petit fils qui avec son troisième long-métrage tente de s’approprier certains codes du genre sur une matrice hollywoodienne censée reprocher à Mark Zukerberg les absurdités de son réseau social.

Un conte post-moderne…

Tourné en Scope, sur-étalonné pour donner un effet suranné à un contexte plus qu’actuel, Friend Request s’inscrit dans une lignée de films d’horreur ou thriller critiquant notre société ultra-connectée ou addicte à l’informatique et aux méandres d’internet. On aurait pu faire un top, tellement la liste est longue (Traque sur internet d’Irwin Winkler, Kaïro de Kiyoshi Kurosawa, Hard Candy de David Slade, Adoration d’Atom Egoyan, toutes les séries B, voire Z Dead On Site de Scott Kenyon Barker, IMurders de Robbie Bryan, The Den de Zachary Donohue, Untracable de Gregory Hoblit jusqu’à Unfriended de Levan Gabriadze sorti l’année dernière…), mais l’heure est plutôt aux festivités et Noël approche. Avec son lot d’histoires, de fables et de légendes, trop généralement capillotractées, encore plus lorsqu’il s’agirait, pour revenir à nos souris, d’expliquer le paranormal en 2016. A l’ère où les petits écrans semblent faire la loi, il faut se creuser l’inspiration pour réussir à distiller une inquiétante étrangeté qui ne serait pas déjà-vu. 

Ici, un retour sur flashback introduit le récit et l’obsession de cette lugubre nouvelle venue pour la parfaite élève aux allures de Taissa Farmiga (American Horror Story, Wicked City) jouée par Alicia Debnam-Carey déjà vu dans The 100 ou Fear the Walking Dead. Puis progressivement la descente des amis Facebook (aux enfers) fait écho au premier épisode de la saison 3 de Black Mirror (Chute Libre) pour plonger l’héroïne dans une solitude accablante. Le schéma habituel s’accorde sur celui d’un conte : un microcosme peuplé de jeunes, beaux et riches qui se verront décimés les uns après les autres. Tout slasher movie commencerait-il par une utopie à déconstruire? Quoiqu’il en soit, la pierre étant jetée, on perçoit une volonté de se démarquer singulièrement d’autres long métrage du même acabit. L’univers gothique de Mari Na, fille perdue qui aurait un passé sombre dans son ancienne école, nous est décrit avec beaucoup de sensibilité et aux moyens d’audacieuses animations. Tout comme la mise en scène du « jeune » réalisateur allemand qui privilégie les clairs obscurs bleutés, les extérieurs naturels et les couchers de soleil qui permettent en sortant des écrans, de respirer. On n’est pas si loin du paradis océanique fictif de San Junipero. Toujours en référence à la série d’anticipation de Chris Brooker, épisode 4 de la dernière saison disponible depuis le 21 octobre sur Netflix. A l’exception qu’ici la morale, bien moins construite, mais tout aussi sombre, prend des tournures trop attendues.

…sur fond éculé

En effet, ce long métrage d’horreur, sur fond de paranormal mal assumé, poursuit maladroitement les réflexions sur les excès des réseaux sociaux. L’écriture n’explore pas, au delà d’un accoutumé consensus, les personnages secondaires et leurs propres récits. De peur de se perdre, par manque d’audace ou de confiance en soi, les trois scénaristes écument le contenu somme toute commun pour se centrer sur l’explication à la mords-moi-le-nœud paranormal d’une jeune fille mal aimée. Malheureusement, ils ne maîtrisent pas, comme la majorité des autres films d’épouvante sur fond surnaturel ou de sorcellerie, les codes et légendes propres et nous ressortent un dégluti pré-mâché de quelques anecdotes pseudo-ancestrales. Le détail n’est que prétexte et une fois de plus ce miroir noir (Black Mirror), que sont aussi nos écrans éteints, permet l’envoûtement et le passage vers la folie meurtrière. La traversée au bois, les ruines, l’école désertée, ainsi que l’hôpital, l’ascenseur, la centrale, la cave… sont des motifs sans réelles intentions qui viennent rallonger la sauce ou l’addition, c’est selon. Finir par en rire semble être le seul argument pour nous dépêtrer de cette incongruité, et non pas pour rationaliser la peur, qui n’est ici que surprise plus que réelle angoisse (bien que certains jump scare réussissent à attiser une impression de malaise).

Qui est cet autre qui nous en veut à l’autre bout de la ligne, de l’autre côté de l’écran ou même dans les codes informatiques? En 2012, un court métrage américain au même titre était apparu sur la toile. Verhoeven a-t-il vu ce huis clos avant de se décider à la repompe.

La vengeance d’une solitude est effleurée ici, plus que réellement abordée et que l’on ne nous sorte pas l’excuse d’une suite, car chaque film en soit doit être entier. Reprochons, certes, à l’étudiante blonde ne pas faire son âge, des personnages en surpoids d' »exister »par mesure d’équité ou au blond surfeur d’endosser la peau du prince charmant, les temps modernes ne suffisent pas à rendre intelligible cette fable horrifique artificielle. Même si l’on sent un désir de singularité, les efforts fournis s’épuisent au détriment de coquilles vides et d’une atmosphère grossière. Redonnons ses lettres de noblesse à l’épouvante que diable! Sam Raimi et Alvarez sont-ils les seuls maîtres à penser en la matière ?

Friend Request : Bande Annonce

Friend Request : Fiche Technique

Réalisé par Simon Verhoven
Scénario de Simon Verhoven, Philip Koch et Matthew Ballen
Interprétation : Alycia Debnam-Carey, Brit Morgan, William Moseley, Liesl Ahler
Montage : Denis Batcher
Musique : Martin Todsharow et Gary Go
Société de production : Wiederman & Berg Film, SevenPictures Film, Two Océans Productions
Distributeur : Warner Bros
Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 92 minutes
Genre : Epouvante – Horreur, Thriller
Date de sortie : 23 Novembre 2016

Etats-Unis – 2016

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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