FEFFS 2016 : Cannibalisme et knackis nazis

C’est déjà le dernier jour de compétition pour cette 9ème édition du FEFFS. Un dernier jour qui allie à la fois le très bon et malheureusement le très mauvais.

On pourra dire que globalement la compétition internationale a été de très haut niveau cette année, en proposant des belles petites pépites et des œuvres originales. Clap de fin donc sur la compétition avec les derniers films en liste pour l’Octopus d’or et parmi eux on retrouve certainement le meilleur comme le pire.

[Compétition internationale] Shelley

Réalisé par Ali Abbasi (Danemark,2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Afin de pouvoir se payer un appartement pour elle et son fils, une jeune roumaine est engagée comme gouvernante par une famille danoise. Vivant dans une maison perdue dans la forêt et privée d’électricité, la jeune femme va se proposer pour devenir mère porteuse pour le couple.

Difficile de passer après Rosemary’s Baby qui même 47 ans après reste un standard absolu. Shelley renoue donc avec cette idée de la menace maléfique d’une grossesse. Qu’on  le dise de suite, Shelley est raté de A à Z. Il est en effet difficile de trouver un point positif tellement le film parait insignifiant. L’élément le plus important dans ce genre d’exercice est bien évidemment la mise en place d’une ambiance. Ambiance qui devra être angoissante, or Abbasi passe complètement à côté et on se retrouve avec un film d’une platitude extrême.

Pourtant ce n’est pas faute d’essayer, tellement le réalisateur fait dans le forçage pour instaurer son angoisse. Le décor ( maison perdue dans la forêt sans électricité), l’utilisation du son, tout cela semble forcer à un point inimaginable. Et en plus de  l’ambiance  inexistante, l’histoire est quant à elle insipide. Si la première partie propose un embryon d’histoire intéressante, une fois que le bébé est là, le film part dans une direction farfelue, complètement invraisemblable. Il faut dire que les acteurs n’aident pas beaucoup, et notamment le père. Shelley est un plantage sur toute la ligne et repartira certainement avec le titre de pire film de la compétition.

[Compétition Crossovers] Dogs

Réalisé par Bogdan Mirica (Roumanie, 2016) Date de sortie 28 septembre 2016

Synopsis : Roman vient de recevoir en héritage de son grand-père une grande parcelle de terre. Décidé à la vendre, il se heurte à une bande de gangsters locale prêt à tout pour lui faire changer d’avis.

Présenté dans la catégorie Un Certain Regard au dernier festival de Cannes, Dogs est le premier film de Bogdan Mirica. Présenté comme un « eastern » par opposition au western, le film cultive effectivement les influences de ces œuvres américaines. Dogs est une véritable ode aux grands espaces et au paysage rural roumain. L’ambiance se rapproche de la brutalité de l’ouest sauvage, avec ses règlements de comptes entre bandes rivales ou ses meurtres sordides.

Visuellement réussi, Dogs va cependant s’embourber dans un rythme beaucoup trop contemplatif. Si certaines scènes bénéficient clairement de ce rythme lent ( la très bonne scène de découverte du pied par le policier), les longueurs beaucoup trop fréquentes risquent d’assommer assez facilement le spectateur. Pas très accessible, Dogs n’en reste pas moins une œuvre intéressante dont la représentation de cet est sauvage vaut le détour. Dogs montre encore une fois la richesse du cinéma roumain avec cet incursion réussie dans le cinéma de genre.

[Compétition internationale] Grave

Réalisé par Julia Ducournau (France,2016) Date de sortie 15 mars 2017

Synopsis : Justine, jeune végétarienne vient d’intégrer une grande école vétérinaire. Lors de la semaine d’intégration, elle est contrainte de manger un rein de lapin. Cela va agir comme une catharsis et révéler des instincts cannibales qui sommeillaient en Justine.

Dire que Grave était attendu serait un euphémisme. Le premier film de Julia Ducournau jouit en effet déjà d’une petite réputation qu’il s’est forgé dans plusieurs festivals comme celui de Toronto ou l’Etrange festival. De part son postulat de base très alléchant, Grave va mettre en scène l’éveil de son personnage principal. Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si le nom du personnage renvoie à la vertueuse Justine de Sade. En utilisant un thème propre au film de genre, Ducournau va donc réalisé une œuvre très forte sur cette métamorphose d’une jeune fille.

Ne lésinant pas sur les moyens mis à sa disposition, la réalisatrice va offrir aux spectateurs de nombreuses scènes très limites. Toujours sur la ligne, Ducournau évite à son film de tomber dans un ridicule grotesque, et reste convaincant de bout en bout (même sur la scène finale). Dispersant une atmosphère de malaise tout au long du métrage, le film est bien loin de s’arrêter à son propos choc. Grave est une oeuvre drôle, audacieuse et borderline. Coup d’essai et coup de maître pour la jeune réalisatrice.

[Compétition internationale] Pet

Réalisé par Carles Torrens (USA,Espagne 2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Seth est employé dans une fourrière. Il tombe un jour sur une ancienne camarade lycée, Holly. Devenu obsédé par cette fille, Seth va tout mettre en oeuvre pour qu’elle soit sienne. Quitte à aller jusqu’à la séquestrer.

On retrouve ici encore un film déjà présenté à l’Etrange Festival. Le début du film bien que classique est plutôt bien exécuté. On arrive à s’attacher à ce jeune homme timide campé par un sympathique Dominic Monaghan. Une fois que Pet bascule dans son récit de séquestration, le film devient de pire en pire. Pourtant cette idée d’inversion des rapports dominants/dominés aurait pu être très intéressante, sauf qu’elle est ici très mal exploitée.

Le gros problème réside dans le premier des retournements scénaristiques dont va avoir recours le film. Il est en effet complètement absurde et fait perdre un grand capital de crédibilité au film. On aurait pu avoir une œuvre malsaine, on se retrouve finalement avec une oeuvre grotesque. D’autant plus que Torrens ne s’arrête pas là et va avoir recours  à de nombreux rebondissements tous ratés. Pour ajouter à cela, Ksenia Solo peine véritablement à être convaincante. Pet est un véritable potentiel gâché par des choix scénaristiques extrêmement douteux couplés à une réalisation fainéante.

[Midnight Movies] Yoga Hosers

Réalisé par Kevin Smith (USA,2016) Date de sortie inconnue.

Synopsis : Colleen Colette et Colleen Mackenzie sont les meilleures amies du mondes. Contrainte par le père de Colleen C. de travailler un vendredi soir dans la supérette de ce dernier, les voilà confrontées à une armée de saucisses nazis nommées les Bratzis. 

Dernier midnight movies de cette 9ème édition,  Yoga Hosers est le dernier film du génial Kevin Smith. Deuxième volet de sa trilogie canadienne, le film débute comme une sorte de retour à l’ambiance des Clerks ayant fait la réputation de Smith. Revenant sur l’émergence du fascisme au Canada, Smith va faire basculer son film dans la comédie horrifique en y incorporant des knackis nazis. Yoga Hosers va alors tout se permettre, et ce même dans le mauvais goût.

Indéniablement fun, Yoga Hosers se révèle plein de surprises. Idées de mises en scènes rappelant Scott Pilgrim, de l’humour noir, un Johnny Depp méconnaissable, les ingrédients sont nombreux. Avec un casting cinq étoiles et les très attachantes Lily-Rose Depp et Harley Quinn Smith, Yoga Hosers propose une galerie de personnages très réussies. Un midnight movie complètement barge, référencé et pop. Un midnight movie réussi en somme. Et puis un petit hommage à la France, ça fait toujours plaisir.

Avant les résultats qui vont être dévoilé ce samedi lors de la cérémonie de clôture, on peut se lancer dans un petit jeu de pronostic. Si certains films se détachent clairement comme Grave ou Jeeg Robot et qui repartiront certainement  avec un prix, d’autres ont été de véritables surprises. C’est le cas notamment de Another Evil dont l’adhésion de la salle pourrait lui rapporter le prix du public ou de The Open et son traitement original. La compétition reste très ouverte et de nombreux films ont leur chance.

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