Transfiguration un film de Michael O’Shea en compétition à Deauville

Premier long métrage du réalisateur New Yorkais Michael O’Shea, Transfiguration a plombé l’ambiance à Deauville avec une histoire de vampire dérangeante et hypnotique.  Avec un style léché associé à une approche ultra moderne, le cinéaste dépoussière le mythe pour créer un monstre troublé et bien ancré dans la réalité.

Peur bleue, globule rouge

Dans le Queens, à New York. Milo a quatorze ans. Orphelin, ignoré par ses camarades de classe et malmené par les élèves plus âgés, son seul refuge est l’appartement qu’il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampire et cache un lourd secret. L’arrivée d’une nouvelle voisine, Sophie, fera naître en lui des sentiments inédits.

On se souvient des vampires rocks et élégants incarnés par Tilda Swinton et Tom Hiddlleston dans le Only lovers left alive de Jarmusch, ici Michael O’Shea joue la carte du film de genre en n’oubliant jamais de faire sursauter, mais comme son homologue, il s’inspire de ce folklore pour nous confronter à notre propre mortalité. Milo (Excellent Eric Muffin) n’a jamais été mordu, il ne craint pas la lumière du jour, et il ne dort pas dans un cercueil, on est bien loin de Murnau et son terrifiant Nosferatu que l’adolescent regarde sur son ordinateur. Une bonne histoire de vampire selon lui se juge par son réalisme, sa capacité à retranscrire la pulsion tueuse et cette indescriptible envie de sang. Il se délecte donc de vidéos d’abattoir ou de chasse animale. Asocial, Milo l’est forcément; pourtant il parvient à nouer une relation amoureuse avec une adolescente qui habite dans son immeuble. Le cinéaste filme alors, selon ses mots, « la magie de se découvrir » qui ouvre forcément sur le pouvoir de se détester. Dans ce sens le profil de Milo dressé par Michael O’Shea nous fait penser, des années en arrière, à un M définitivement maudit ; en totale ambivalence entre leurs soumission à leur propre mal et l’horreur qu’ils propagent à travers la ville.

Evidement ce vampirisme se prête à toute sorte d’allégorie, religieuse ou sociale. La banlieue du Queens n’est pas un lieu anodin, le titre tout droit sorti de la Bible ne l’est pas non plus. Avec un scénario audacieux, et quelques idées très lugubres, Transfiguration n’est pas le film que l’on attendait, et ce pour le plus grand bien du cinéma d’horreur. Sa photographie et sa bande originale nous remémore It Follows (David Robert Mitchell), également en compétition à Deauville il y a 2 ans, et son casting nous a convaincu. A voir !

Réalisé par Michael O’Shea, ce film d’horreur est  distribué par ARP Sélection avec Danny Flaherty, Lloyd Kaufman, James Lorinz,  Victor Pagan, Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten, Carter Redwood…

Transfiguration a été présenté dans la section Un Certain Regard et nominé à sept reprises lors de la 69e édition du Festival de Cannes (Prix du scénario, la Caméra d’Or, le Prix Spécial du Jury et le Prix de la mise en scène….)

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.