American Hero, un film de Nick Love : Critique

Synopsis : Melvin est super-héros malgré lui. La trentaine bien entamée, il habite encore chez sa mère et ne vit que pour la fête, les femmes et la drogue. Jusqu’au jour où il réalise que la seule façon pour lui de revoir son fils, que la justice lui interdit d’approcher, c’est d’accepter son destin, et d’exploiter ses super pouvoirs pour lutter contre le crime.

La forme du nouveau film de Nick Love peut repousser autant qu’elle peut intriguer tant elle est singulière. En effet, American Hero s’offre aux spectateurs comme un faux documentaire durant lequel on suit Melvin, père désabusé privé de la garde de son fils, qu’il tente par tous les moyens de retrouver. Tout au long du métrage, les protagonistes s’adressent aux spectateurs et n’hésitent pas à transgresser les « règles » cinématographiques en effectuant de nombreux regards caméra qui en déstabiliseront plus d’un. Il s’agit ici d’un parti pris technique et esthétique auquel on adhère, ou non. La mise en scène, sous des airs simplistes, et travaillée et réfléchie, les acteurs jouent avec la caméra et sont parfaitement dirigés.
Aussi, d’un point de vue technique, on ne peut que penser à Birdman d’Alejandro Iñárritu car de la caméra disparait. A de nombreuses reprises, les jeux visuels avec les miroirs sont tellement bien truqués que s’en est déstabilisant. La caméra est comme un repère pour le spectateur, et la voir s’évaporer de l’image de fait qu’accentuer le fait que les personnages s’adressent directement au spectateur.
Leurs pérégrinations des deux hommes travers la ville tournent en rond, mais elles ne sont que le reflet du quotidien de deux grands ados, potes depuis un bon bout de temps et qui refusent de grandir.
Fêtes, alcool et drogues a outrances sont des faits anodins pour eux mais sont aussi de réelles échappatoires pour ne plus être confrontés à leur quotidien. Alors que Melvin traverse une passe difficile d’un point de vue familial, Lucille se remet difficile de ses blessures de guerre qui l’ont cloué dans un fauteuil roulant. Car hormis les excès et les pouvoirs de Melvin, qui pourraient rappeler Hancock, American Hero s’intéresse à des faits ayant marqué l’histoire des Etats-Unis, tout cela en lien avec l’histoire de Melvin, bien évidemment. Nick Love n’hésite donc pas à critiquer ouvertement Bush et ses stratégies concernant les entrées en guerre des États-Unis, mais aborde aussi les ravages engendrés par l’ouragan Katrina, un des ouragans les plus puissants de l’histoire des États-Unis, ayant coûté la vie à plus de 1 800 personnes et ayant causé d’importants dégâts matériels, comme en témoigne une des personnages du film, nous montrant l’ampleur des dégâts.

Toutefois, on pourra regretter un scénario un peu simple. Beaucoup d’idées foisonnent mais peu aboutissent, la durée du film donne presque l’impression d’être une contrainte que Nick Love s’est imposée. Le propos du père cherchant son fils se mêle de manière avec l’univers de super-héros, même s’il s’agit là d’un univers modéré tant les frasques héroïques sont assez rares. Le réalisateur joue avec nombre de lieux-communs, car derrière cette trame principale se pose aussi les questions du rapport familial compliqué avec un adulte vivant toujours chez sa mère, ou encore les règlements de compte liés à la drogue. Cependant, ces derniers donnent naissance à de très bonnes scènes, tantôt palpitantes, tantôt très drôles, desquelles on tire entière satisfaction. Mais tous ces petits bémols se font vite oubliés grâce à l’interprétation de Stephen Dorff qui est au maximum et qui nous fait part d’une folie qu’il est bon de voir. L’acteur américain se lâche et nous offre des scènes jouissives qui ne peuvent que donner le sourire, comme celle du Gospel. Qu’il est bon de voir des acteurs prendre autant de plaisir à jouer et à prendre des libertés que certains jugeraient indécentes. Eddie Griffin est lui aussi très bon, son personnage étant plus perspicace sur sa situation, du à son fauteuil roulant. Émane des deux acteurs une réelle complicité et un plaisir de jeu réjouissant.

Si quelques imperfections scénaristiques viennent un peu noircir l’ensemble, American Hero séduit par des acteurs au mieux de leur forme, une mise en scène murement réfléchie et des effets spéciaux réussis. Il faudra que le spectateur s’adapte à la structure narrative choisie par Nick Love, mais une fois accommodé, impossible de ne pas prendre un certain plaisir devant le film.

American Hero : Bande-annonce

American Hero : Fiche Technique

Réalisateur : Nick Love
Scénario : Nick Love
Interprétation : Stephen Dorff, Eddie Griffin, Luis Da Silva Jr., Christopher Berry, Yohance Myles, Andrea Cohen, Raeden Greer…
Photographie : Simon Dennis
Montage : Richard Graham
Musique : Lorne Balfe
Direction artistique : Forest Fagan
Producteurs : Allan Nilbo, James Richardson, Nick Love
Sociétés de production : Vertigo Films
Distribution (France) : Chrysalis Films
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 8 juin 2016

France – 2016

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.