Truth: le prix de la vérité, un film de James Vanderbilt : Critique

Même si le scandale qu’a fait l’affaire du reportage intitulé « Bush-Guard » en 2004 n’a pas eu autant d’écho en France qu’il a pu en avoir aux Etats-Unis, ce qu’il révèle de la difficulté d’exercer le métier de journaliste à l’heure du tout numérique est malheureusement à présent quelque chose d‘universel. C’est à partir du livre-témoignage « Truth and Duty : The Press, The President and the Privilege of Power » écrit par la principale intéressée, Mary Mapes, que James Vanderbilt a découvert la face cachée de cette polémique et s’est empressé d’en acheter les droits.

Synopsis : Le 8 septembre 2004, 60 minutes, l’émission d’investigation phare de la CBS, diffuse un reportage remettant en question l’engagement militaire du Président et candidat à sa réélection, George W. Bush durant la guerre du Viêt-Nam. Dès le lendemain, la blogosphère du parti Républicain commence à accuser avec acharnement les preuves d’avoir été falsifiés à des fins politiques, allant jusqu’à mettre en péril les carrières pourtant prestigieuses de la productrice et du présentateur à l’origine du scoop.

Les dernières heures du journalisme indépendant

Même si son nom est associé à l’écriture de films peu glorieux (Bienvenue dans la jungle et les deux Amazing Spider-man), celui-ci se décrit comme passionné par le métier de journaliste, ce qui l’a notamment poussé à produire Zodiac de David Fincher en 2007, dont il a ici reproduit l’excellent travail de documentationTruth est ainsi son premier film en tant que réalisateur, à l’occasion duquel il a réussi à réunir Cate Blanchett et Robert Redford, sans conteste l’un des duos les plus charismatiques que le cinéma américain pouvait nous offrir. Dans les rôles respectifs du présentateur vedette Dan Rather et de sa productrice Mary Mapes, les deux interprètes livrent chacun une des meilleures prestations de leur filmographie, ce qui n’est pas peu dire.

Quelques mois à peine après Spotlight, la question du journalisme a décidemment le vent en poupe dans le cinéma indépendant américain. Là où le film de Thomas McCarthy rendait hommage à l’abnégation que pouvaient avoir des reporters pour dévoiler une affaire, celui-ci rappelle l’indépendance vis-à-vis du pouvoir qu’ils se doivent d’honorer pour rester intègres envers leur audience. Le film interroge de plus sur un problème d’autant plus moderne et universel, puisqu’il s’agit des difficultés de faire encore ce métier à l’heure où le grand public préfère se référer à Internet, et aux amateurs qui y officient, qu’aux professionnels travaillant pour les grands médias. La théorie du complot à laquelle adhère massivement la jeunesse de notre pays en est le plus alarmant des exemples. Le long-métrage de Vanderbilt emprunte -tout comme Spotlight avant lui- la sobriété de sa mise en scène aux classiques du film de journalisme. La présence de Redford est d’ailleurs un clin d’œil évident aux Hommes du Président de Pakula, qui reste la référence incontournable en la matière. En termes de narration, la démonstration se construit selon un schéma des plus classiques : le premier tiers nous fait suivre l’enquête de l’équipe de 60 Minutes, en respectant à la lettre les codes du genre, jusqu’à la diffusion du reportage ; le second tiers est consacré à la tentative de l’équipe de défendre le bien-fondé de son travail face aux accusations dont elle est victime ; et le dernier tiers se concentre sur les conséquences tant professionnelles que personnelles de ce revers sur ces journalistes. Ainsi, le classicisme, un peu pompeux, et la complexité de l’investigation avec lequel commence le film, rendue d’autant plus pesante qu’elle concerne une affaire qui a peu de chance de passionner les spectateurs français, donne le pas à un enjeu bien plus important que la validité ou non des engagements militaires de George W. Bush, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une menace envers le Premier Amendement, censé garantir aux citoyens américains leur liberté d’expression.

Toute l’intelligence du scénario, qui aurait pu tomber dans le piège du film à charge, est de ne pas prendre parti quant à la véracité ou non des documents accablant l’ancien président. Ici, la finalité n’est ni de défendre ni de dresser un portrait négatif de Bush mais uniquement de révéler les difficultés de faire entendre un avis dissonant sans subir l’ire de réseaux sociaux acquis à une cause commune. Et, même si son académisme et le ton très solennel que lui confère la composition de Brian Tyler, continuera à se faire sentir jusqu’au bout (et en particulier dans certains passages, tels que celui de la diffusion du reportage que l’on voit être observé religieusement par le public), plus le film avance et plus les passages remarquables se multiplient. Le coup de gueule du journaliste Mike Smith (Topher Grace) et la fronde de Mary Mapes face à la commission d’enquête sont certainement les scènes les plus marquantes dans la force de ce qu’elles disent de l’Amérique moderne et de l’ingérence que se permettait le gouvernement Bush dans le droit à l’information en particulier. Le talent des acteurs n’y est évidemment pas pour rien. La puissance que le casting insuffle au film, de l’ébullition des salles de rédaction jusqu’aux sphères familiales, est, ce qui permet à la reconstitution de cette polémique d’être accompagnée d’un drame humain poignant.

Grâce à une immersion extrêmement bien détaillée dans les coulisses d’un contre-pouvoir malmené, Truth rappelle, à ceux qui l’auraient oublié, à quel point la liberté de la presse est une condition sinéquanone à la démocratie. Merveilleusement interprété et réalisé avec un regard plein d’admiration envers ses personnages, le film n’hésite pas à faire de ces journalistes les véritables héros d’une Amérique conservatrice qui semble n’être jamais vraiment sorti du temps du maccarthysme.

Truth : Le prix de la vérité – Bande-annonce

Truth : Le prix de la vérité – Fiche technique

Titre original : Truth
Réalisation : James Vanderbilt
Scénario : James Vanderbilt d’après le roman de Mary Mapes
Interprétation : Cate Blanchett (Mary Mapes), Robert Redford (Dan Rather), Topher Grace (Mike Smith), Elisabeth Moss (Lucy Scott), Dennis Quaid (Colonel Roger Charles), Bruce Greenwood (Andrew Heyward)…
Image : Mandy Walker
Montage : Richard Francis-Bruce
Musique : Brian Tyler
Directeur artistique : Fiona Donovan
Décors : Glen W. Johnson
Costumes : Amanda Neale
Production : Brad Fischer, Doug Mankoff, Brett Ratner, William Sherak, Andrew Spaulding et James Vanderbilt
Société de production : RatPac-Dune Entertainment, Echo Lake Entertainment, Blue Lake Media Fund, Mythology Entertainment et Dirty Films
Distribution : Warner Bros.
Festivals et récompenses: Sélection aux festivals de Toronto, Londres, Rome et de Palm Beach où Cate Blanchett a reçu le Prix de la meilleure actrice.
Budget : 9.6 millions de dollars
Durée : 125 minutes
Genre : Drame, thriller
Date de sortie : 6 avril 2016

Etats-Unis – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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