Zoolander 2, un film de Ben Stiller : Critique

Synopsis : Blue Steel. Le Tigre. Magnum… Des regards si puissants qu’ils arrêtent des shuriken en plein vol et déjouent les plans de domination mondiale les plus diaboliques. Un seul top model est capable de conjurer autant de puissance et de beauté dans une duck-face : Derek Zoolander ! Quinze ans après avoir envoyé Mugatu derrière les barreaux, Derek et son rival/meilleur ami Hansel, évincés de l’industrie de la mode suite à une terrible catastrophe, mènent des vies de reclus aux deux extrémités du globe. Mais lorsqu’un mystérieux assassin cible des popstars célèbres, les deux has-been des podiums se rendent à Rome pour reconquérir leur couronne de super mannequins et aider la belle Valentina, de la Fashion Police d’Interpol, à sauver le monde. Et la mode. 

Fond de teint et fond vert

            Si le milieu de la mode est un environnement dominé par le maquillage, la mise en scène, l’artifice, le premier volet Zoolander (2001) extrapolait alors jusqu’à la parodie la fausseté régnante du monde de la mode et du mannequinat. Cependant, la parodie que mettait en place le précédent film a laissé place à un délirium cinématographique, notamment travaillé par l’importante utilisation de fonds verts. C’est-à-dire l’utilisation de toiles vertes ou bleues à des fins d’emploi d’effets spéciaux générés par ordinateur. Ces effets numériques monstrueusement appliqués tendent à penser ce métrage comme une œuvre manquant de finition, et de finesse.

            De nombreux gags, tels que l’accident de la voiture de Derek Zoolander avec son fils, ou encore la situation d’Hansel au début du film, sont neutralisés par l’artificialité des effets, et la réalisation pauvre, clichée, presque amateur du film. En effet, dès l’introduction, nous nous attendions à une fausse publicité ou un faux extrait d’un film imaginaire tels que ceux réalisé par Stiller pour son grand film Tonnerre sous les Tropiques (Tropic Thunder, 2008). Il n’en est rien, nous sommes face à la véritable introduction du long métrage, qui met en scène une poursuite d’« agents secrets » – tueurs. Celle-ci est filmée avec une caméra numérique à l’imagerie tendant vers la vidéo, et remployant les clichés de nombreux films d’action : effet de caméra à l’épaule, spatialisation abstraite, multiplicité des points de vue ; on se demande même comment Dan Mindel, chef opérateur des films de J.J. Abrams entre autres, a pu participer à la création de telles images. Un gag à la fin de celle-ci tendra à apporter un certain second degré à ce début de film (voir photo ci à droite) : Justin Bieber, jouant son propre rôle, met en ligne une dernière photo – qui se révèlera être un indice – avant de mourir. Mais ne nous y trompons pas, celui-ci se révélera être finalement véritablement ancré avec un certain premier degré dans son délire.

L’adieu à la distanciation

            La force humoristique des films de Stiller, de Disjoncté (The Cable Guy, 1997) à La Vie Rêvée de Walter Mitty (The Secret Life of Walter Mitty, 2014), se basait sur la distanciation. Une distance crée par la mise en place d’ambivalences : le gars lambda et solitaire / l’excentrique envahissant dans Disjoncté, la monde réel et les fantasmes télévisuels concernant le personnage de Jim Carrey dans le même film ; le cinéma avec le film de guerre et une véritable guérilla dans Tonnerre sous les Tropiques ; enfin les rêves et fantasmes de Walter Mitty et son quotidien dans le film éponyme.

            Les confrontations de ces éléments tenant du fictif au « réel » – aux espaces et temporalités de la réalité et les individus la peuplant – permettaient de créer une puissante matrice de gags. Ici, exit cette distance, le film est complètement investi dans et par le délire de cet univers, en totale liberté, outrepassant toutes les règles qu’il semblait mettre en place, pour se modifier, s’annihiler pour se réinventer, usant de stéréotypes pour les détourner puis utiliser de nombreux clichés. Dans la salle de cinéma, seules les sonorités du film règnent en maitre, on peut entendre de ci de là quelques rires, et voir quelques sourires, lorsqu’on ne voit pas essentiellement des spectateurs endormis, lassés, ou agacés par le film. Le problème d’absence d’ambivalence réalité / élément fictif délirant se retrouve aussi dans le travail du casting.

Défilé au cinéma et délire privé

            Benedict Cumberbatch (voir vidéo ci-dessus), Sting, Susan Sarandon, John Malkovich, Kiefer Sutherland, Billy Zane, Anna Wintour, Justin Bieber et bien d’autres personnalités « célèbres » forment un casting tout en caméos gratuits et private jokes. La présence de quelques-uns jouant leur propre rôle pourrait apporter un attachement à une certaine réalité. On peut parler de celle un peu particulière de Sutherland qui saura en apporter via le caractère purement fictif de sa situation – un homme enceint amant d’un groupe d’orgie – jouant toutefois de sa persona, c’est-à-dire de son image publique, Jack Bauer. Mais il s’agit davantage d’un humour référencé peu universel, que d’un gag de situation. Ainsi aucune véritable connection au réel n’est possible du fait de leur participation au délire fictif du film qui ne fait alors que s’amplifier. Avec ce phénomène, le métrage tend à un certain hermétisme. Le casting principal n’aide pas vraiment à apporter un second, troisième voir centième degré au film. Si on peut s’amuser d’Owen Wilson et de Will Ferell qui cabotinent, Penelope Cruz et surtout Ben Stiller, entre autres, posent problème.

            Dans Tonnerre sous les Tropiques, Kirk Lazarus (interprété par Robert Downey Jr.) explique au personnage joué par Ben Stiller : « Il ne faut jamais jouer un vrai débile. Tout le monde le sait. C’est facile, Dustin Hoffman, dans Rain Man, tronche d’attardé sans être attardé. Il triche aux cartes. Autiste, oui, assurément. Pas attardé. Et puis t’as Tom Hanks dans Forrest Gump : lent, oui, attardé possible, attelles aux deux jambes, n’empêche qu’il en mets plein la vue à Nixon et qu’au ping-pong c’est un monstre. Rien d’un attardé. (…) T’as joué à fond l’attardé mec ! Faut jamais jouer à fond l’attardé. ».

Ci-dessous la totalité de la réplique à partir de 1 minute 58

Si on reprend cette réplique pour la rapprocher du jeu de Ben Stiller, on peut se demander s’il a retenu la leçon débitée dans son film de 2008. En effet, l’acteur joue son rôle d’une telle manière qu’il semble être seul à croire au délire qu’il incarne et met en scène. Il manque véritablement une distance. On pourrait déceler dans ce film l’ultime parodie de Stiller, après son Ben Stiller Show ou encore Tonnerre sous les Tropiques, d’Hollywood, de la pop culture et des stars. Mais le délire créé par l’acteur-scénariste-réalisateur et ses trois collègues Justin Theroux, Nicholas Stoller et John Hamburg, a tant investi le film, sans aucune distance vis-à-vis de celui-ci, que l’idée d’un film critique et cynique tend à être complètement neutralisée. Ceci pour nous livrer un long métrage qui semble être, à l’image du monde de la mode et du mannequinat, un spectacle replié sur lui-même, relativement hermétique au public ; une orgie cinématographique auto-satisfaite dans son propre amusement délirant et paraissant sans loi(s), ni ordre(s) quel(s) qu’il(s) soi(en)t.

Zoolander 2 : Bande-annonce

Zoolander 2: Fiche Technique

Réalisateur : Ben Stiller
Scénariste : Justin Theroux, Ben Stiller, Nicholas Stoller, John Hamburg
Casting : Ben Stiller, Owen Wilson, Pénélope Cruz, Kristen Wiig, Will Ferrell, Cyrus Arnold, Benedict Cumberbatch, Nathan Lee Graham, Kiefer Sutherland, Justin Bieber, Billy Zane, Sting, Milla Jovovich, Justin Theroux, Susan Boyle, Lenny Kravitz, Skrillex, Kim Kardashian, Demi Lovato, Anna Wintour, John Malkovich, Olivia Munn, Katy Perry, Mika, Kate Moss, Kanye West
Directeur de la photographie : Dan Mindel
Montage : Greg Hayden
Direction artistique : Saverio Sammali
Décoration : Jeff Mann
Costumes : Leesa Evans

Musique : Theodore Shapiro
Producteurs : Clayton Townsend, Stuart Cornfeld, Ben Stiller, Scott Rudin
Production : Paramount Pictures
Distributeur France : Paramount Pictures France
Date de sortie : 2 mars 2016

Etats-Unis – 2016

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