Chair de Poule, un film de Rob Letterman : critique

Les livres de R. L. Stine ainsi que la série canadienne auront fait frissonner quelques générations de grands enfants. Des contes horrifiques assez simplistes mais efficaces avec des jeunes dans les rôles des héros luttant contre des créatures fantasques, monstrueuses ou bizarroïdes.

Synopsis : Nouvellement nommée Proviseure adjointe au collège de Madison dans le Delaware, Gayle Cooper emménage avec son fils Zach dans cette petite ville de province. Rapidement, Zach fait la connaissance de sa voisine, Hannah, et de son antipathique de père qui n’est autre que R. L. Stine, l’écrivain de la série Chair de Poule. Tous deux vivent cloîtrés mais lorsque Zach et un ami pénètrent dans la demeure pour sauver Hannah, ils libèrent accidentellement les monstres prisonniers des livres du romancier.

Chair de Poule : de la série au film 

Dans la série télévisée Chair de Poule, le ton est assez neutre quoiqu’un peu naïf mais sans trop d’humour pour ne pas nuire à l’histoire et faire monter la tension. Les décors sombres et sinistres nous plongent dans une ambiance angoissante dès le générique et la mélodie, qu’on peut dire proche des Contes de la Crypte, confère à la série un caractère plus authentique. Dès cet instant, les enfants sont seuls face aux monstres, isolés des parents. Livrés à eux-même, ils affrontent leurs peurs et leurs angoisses comme des grands. Cette angoisse latente sur fond de mièvrerie, c’est ce qui a rendu la série Chair de Poule aussi mémorable. Sans être trop excessif dans ses images ou dans les sursauts, chaque épisode apportait son lot de frayeurs et de malaise, juste assez pour se faire peur et laisser une empreinte piquante dans la mémoire. Juste assez pour se prouver qu’on était des grands !

Chair de Poule, le film, ne laissera pas de marque impérissable.

Peu d’enfants ont frissonné d’ailleurs à l’avant-première. Et beaucoup ont ri dans la salle. Car avec ses effets spéciaux très réussis et ses quelques passages amusants, le film se rapproche davantage d’un Jumanji voire de La Nuit au Musée. Dès le début, là où on attendait le générique culte et inquiétant, on suit tout simplement une voiture à travers forêts et champs. Le sujet du film était pourtant un bon prétexte !

Pour rappel, dans le générique de la série, on suivait les pas de R. L. Stine en haut d’une colline qui surplombait une petite ville et une forêt. De sa sacoche s’échappaient les feuillets de ses histoires qui s’envolaient à travers la ville, contaminant la population, envahissant la ville avec ses créatures. Dans le film, c’est un peu le même principe puisque les monstres s’échappent des livres du romancier. Une première déception donc pour les plus grands fans. D’autant que l’ambiance du film est aussi très différente de la série. Le ton est beaucoup plus enjoué, digne d’une comédie et les images sont très colorées, quasi féeriques. A l’arrivée en voiture, on traverse des paysages verdoyants là où R. L. Stine marchait dans les herbes mortes dans la série – d’emblée le ton sinistre était donné. Les adultes aussi sont plus présents, en tant qu’adjuvants rassurants et, en guise de grands enfants, on nous sert des adolescents en quête d’une histoire d’amour. Le contexte est donc beaucoup moins inquiétant que pour la série. Le casting non plus n’a rien d’exceptionnel hormis Jack Black qui réussit sa prestation de R. L. Stine sans en faire des tonnes.

Pour autant, on reconnaît aisément les monstres de l’oeuvre de Stine et surtout on retrouve son personnage fétiche : le vilain pantin Slappy apparu dans La Nuit des Pantins, Le Pantin Maléfique et La Revanche du Pantin. Et si pour ces deux derniers titres, R. L Stine lui-même introduisait l’épisode de la série, il fait aussi une apparition à la fin du film ! Il faut avouer que les créatures sont particulièrement bien réussies et fidèles aux romans, quant à la scène avec les nains de jardin, elle est jubilatoire. Chair de Poule est donc une assez bonne comédie fantastique, plutôt pour jeune public mais les grands adeptes de la série télévisée des années 90′ risquent d’être déçus par cette adaptation moderne et colorée qui saura se faire remarquer par ses images numériques et autres effets spéciaux.

Chair de Poule : Bande-annonce

Fiche Technique : Chair de Poule

Titre original : Goosebumps

Durée : 1h43

Genre: Comédie – Aventures d’épouvante

Origine : États-Unis

Réalisateur : Rob Letterman
Scénaristes : Carl Ellsworth, Scott Alexander, Larry Karaszewski, Darren Lemke

Casting : Dylan Minnette, Odeya Rush, Jack Black, Ryan Lee, Amy Ryan, Jillian Bell

Producteurs : Deborah Forte, Neal H. Moritz
Production : Columbia Pictures, Original Film, Scholastic Entertainment, Sony Pictures Entertainment (SPE)

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Notre salut : Un grand film sur un petit homme, carte sur table

Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.

Resident Evil (2026) : Excellent film et adaptation parfaite d’une saga maudite

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.