Heidi, un film d’Alain Gsponer : critique

Inspiré du roman de 1880 de la suisse allemande Johanna Spyri, Heidi a été maintes fois adapté mais jamais à un tel niveau d’esthétisme. Certes, ce classique de la littérature de jeunesse n’avait encore jamais été produit sur grand écran mais le résultat est d’une grande qualité visuelle et scénique.

Synopsis : Abandonnée par sa tante à son grand-père qui vit seul dans les Alpes Suisses, Heidi apprivoise vite le vieux monsieur et s’épanouit dans cette vie libre et sauvage aux côtés de son ami Peter. Bientôt, la petite fille est forcée de retourner à la civilisation et placée dans une famille bourgeoise à Francfort où sévit une gouvernante des plus autoritaires. Là-bas, elle se liera d’amitié à une jeune fille handicapée, Clara, mais peut-on vivre heureux loin de la nature ?

Une caméra mobile, vibrante, vivante presque, suit tour à tour Heidi, Grand-Père ou Peter, en alternant des plans rapprochés et intimes et d’autres plans plus larges des paysages. Dans les verts pâturages ou chez le grand-père, les couleurs sont toujours éclatantes et chatoyantes, jusque dans les scènes d’intérieur où filtrent des lueurs qui figurent la liberté et le bonheur de la fillette. Au travers d’une image impeccable et lumineuse, on découvre une montagne luxuriante en même temps que la petite Heidi, guide touristique au sourire éclatant et véritable bouffée d’oxygène. Il faut dire que la jeune actrice, Anuk Steffen, est parfaite dans ce rôle qu’elle interprète avec délicatesse et fraîcheur. 

Heidi, un film visuel :

Le réalisateur primé de Rose et Le Petit Fantôme est un habitué des adaptations de livres pour enfants et c’est avec une profonde sensibilité qu’il filme des plans serrés sur les visages des protagonistes, fixant les émotions, photographiant un récit presque muet où les images parlent d’elles-mêmes. Dans la première partie du film, les dialogues sont réduits à leur strict minimum, donnant une dimension intelligible à l’image. Grand-Père n’est pas très bavard, c’est le moins qu’on puisse dire, il n’est même pas nommé dans le film : il s’appelle Grand-Père, point. Heidi et Peter parlent peu aussi mais dans l’abondance de cette nature, nul besoin de mots tant les visages, les regards, les cadrages et les teintes en disent long. Les couleurs et la lumière suffisent à signifier la joie au paradis alpin, quelles que soient les saisons. Les paysages de montagne sont clairs et purs autant que la nature est incorruptible. De même, les tons sombres suggèrent la maladie ou la pauvreté comme dans la maison de Peter ou dans celle de Clara.

Dès la deuxième partie, la photo s’assombrit et se ternit, comme voilée, tandis que les dialogues, eux, se multiplient. Heidi est désormais prisonnière de la ville de Francfort enveloppée d’une fumée grisâtre, piégée au sein de cette maison calfeutrée de rideaux épais, et prisonnière de la bienséance, du savoir et du langage. Aussi, lorsque la gouvernante se lance dans son long monologue éducatif, la seule fuite possible pour Heidi est de s’endormir ! Et c’est ce qu’elle fera chaque nuit en s’évadant dans ses rêves, dans la peau d’un aigle royal. Car Heidi est un film visuel avant tout où la parole est presque néfaste et porteuse de calomnies comme ces rumeurs qui courent sur Grand-Père ou les mensonges proférés par la tante. Et le vieil homme de conseiller ainsi à Heidi de « regarder » pour voir la vérité.Si la parole est malfaisante, c’est dans le silence et les gestes que Heidi trouve le vrai réconfort et elle aura tôt fait d’apprendre les rudiments de cette vie rustique et minimaliste à Clara. Le langage semble donc inutile au pays des plaisirs simples mais la lecture (taxée de futilité par Peter) s’avérera salvatrice au cœur de la civilisation. En prime, on assiste avec respect et assentiment à une belle leçon de pédagogie de la part de la grand-mère de Clara. Finalement, Heidi choisira le langage écrit au langage oral pour retranscrire ce monde visuel qui l’entoure. Une fin peut-être un peu facile et expéditive au regard de ce film habile et harmonieux tant dans ses images que dans son jeu.

Heidi : Bande-annonce officielle

Fiche Technique : Heidi

Family Entertainment – Sortie nationale le 10 février 2016
Origine : Allemagne / Suisse 2014, 111 minutes
Casting : Bruno Ganz, Katharina Schüttler, Maxim Mehmet, Hannelore Hoger, anuk Steffen, Quirin Agrippi, Isabelle Ottmann
Réalisateur : Alain Gsponer
Scénario : Petra Volpe Biondina
Compositeur : Niki Reiser
Producteurs : Reto Schärli, Lukas Hobi, Uli Putz, Jakob Claussen
Coproducteurs : Rodolphe Buet, Kalle Fritz, Isabel Hund, Urs Fitze
Producteur exécutif : Jens Oberwetter
Directeur de la photographie : Matthias Fleischer
Chef monteur : Michael Schaerer
Chef décorateur : Christian M. Goldbeck
Directrices du casting : Corinna Glaus, Daniela Tolkien
Directeurs de production : Sofie Scherz, Claude Witz
Ingénieur du son : Sebastian Schmidt
Mixage : Marco Teufen, Olaf Mehl
Costumes : Anke Winckler
Coiffure, maquillage : Georg Korpas, Juliane Hübner
Distributeur France (Sortie en salle) : StudioCanal
Caméra : Matthias Fleischer
production : Zodiac Pictures, Claussen + Putz Filmproduktion
Coproduction : StudioCanal, Schweizer Radio und Fernsehen, Teleclub AG
Format : numérique / 2.35: 1 (Cinémascope)
Son : Dolby Digital

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Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

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