La Tour 2 Contrôle Infernale, un film d’Éric Judor : Critique

Cela faisait 15 ans que les fans s’interrogeaient sur le devenir des laveurs de carreaux les plus connus du cinéma français. 15 ans à se demander ce que sont devenus Marie-Joëlle ou « Machin ». En 2016, Eric Judor entreprend le pari osé d’une suite de La Tour Montparnasse Infernale avec La Tour 2 Contrôle Infernale.

Synopsis : Octobre 1981. Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk sont deux brillants pilotes de l’armée française. Suite à une malencontreuse erreur au cours d’un test de centrifugeuse, ils perdent une partie de leur potentiel intellectuel. L’armée voulant les garder dans l’aviation, on leur trouve un poste de bagagistes à Orly Ouest…

Toutefois, il ne s’agit pas ici d’une suite, mais d’un prequel. Ainsi, le comparse de Ramzy Bedia nous fait découvrir l’histoire des pères des protagonistes du premier opus, les pères étant interprétés par Eric et Ramzy, pour le travail de ressemblance. La Tour Montparnasse Infernale était une affaire de goût : alors que certains voyaient en ce film un navet aux dialogues et péripéties nauséeux accompagné de personnages stupides et stériles, d’autres appréhendaient le long-métrage comme une comédie mythique, aux répliques cultes, d’une absurdité qu’il était agréable de voir. Ainsi le débat était lancé. Comment envisager la suite ? Eric et Ramzy sauront-ils préserver le « niveau » du premier opus et maintenir une lignée humoristique qui leur est propre ou sombreront-ils dans un excès d’imbécilité qui ne pourra que décrédibiliser La Tour Montparnasse Infernale ?Même s’il s’avère bien différent du premier, La Tour 2 Contrôle Infernale peut-être considéré comme une bonne suite de la part du duo comique.

Anti-Eric et Ramzy, passez votre tour. L’humour du duo est absurde, sans réel sens. En brisant le 4ème mur et par des comiques de situation et de répétition, le fan inconditionnel du premier film parviendra à retrouver l’esprit du premier opus. Mais tout l’humour du film ne repose pas uniquement sur Ernest Krakenkrick et Bachir Bouzouk (Eric et Ramzy). Les dialogues entre le ministre (Grégoire Oestermann) et sa conseillère (Marina Foïs) sont tout à fait jouissifs – en accord avec l’époque du film, les années 80. Ceux-ci, à propos des choix du ministre, passionné de musique et souhaitant instaurer la « Fête de la musique » -, se présentent comme incongrus et s’avèrent inénarrables, tant ils sont absurdes et emplis de continuelles touches humoristiques. Toutefois, l’humour prend légèrement moins bien, certaines vannes tombant quelque peu « à plat ». Pour compenser, certaines scènes sont extrêmement drôles et bien plus réfléchies qu’elles n’y paraissent. Philippe Katerine, accompagné de sa bande de « Moustachious », parvient à tirer son épingle du jeu et se révèle être la bonne surprise de ce prequel. Défauts de prononciation et faits acerbes définissent un personnage haut en couleur, peut-être le plus intéressant du film. Mais si le film ravit par son casting, c’est également parce qu’une bonne partie des acteurs du premier film se retrouvent dans ce nouveau projet. Ainsi, nous redécouvrons Serge Riaboukine dans la bande des Moustachious, mais également Marina Foïs incarnant La Conseillère du Ministre, enceinte de la future et culte « Marie-Joëlle », ou encore le père de Peter Mc Calloway, ici nommé Jean-Peter Mc Calloway. (À savoir que Peter Mc Calloway est l’idole ultime du personnage qu’incarne Ramzy dans La Tour Montparnasse Infernale). En parlant de Ramzy, il est important aussi de souligner qu’il est bien moins bon que ne peut l’être Eric. Alors que le personnage de ce dernier est toujours aussi « débile » et « mongole », comme il aime à l’appeler, celui de Ramzy est bien plus superficiel. Le jeu d’acteur de Ramzy reste en surface, comme s’il n’osait plus se donner un genre « bêta », comme s’il n’assumait plus le caractère idiot de son personnage. Dommage, sachant que le film repose sur la complicité du duo.

Cependant l’absurde ne se cantonne pas aux dialogues ou aux situations engendrées par les personnages du film. La réalisation d’Eric est à la merci du métrage, se dévoilent des partis pris techniques totalement rocambolesques et pourtant singuliers à l’ambiance du film que parvient à instaurer Eric Judor. Effets de montage, générique au milieu du film ou gros plan jusque dans les narines de Philippe Katerine viennent rompre avec l’action du film, pour prolonger le comique instauré par le réalisateur ; n’en déplaise aux spectateurs qui ne sauront que se fendre la poire devant de tels choix qui paraissent bêtes de prime abord, mais qui sont en réalité de magnifiques prolongements de l’absurdité ambiante de La Tour 2 Contrôle Infernale.

La Tour 2 Contrôle Infernale est donc plutôt une réussite, même si moins convaincante que son prédécesseur. Le duo comique convoque la même folie dans le scénario, malgré des touches humoristiques différentes. Les fans pourront s’y retrouver, alors que les haters d’Eric et Ramzy continueront de penser que le duo comique ne parvient qu’à nous proposer des films d’une lourdeur sans nom. La Tour 2 Contrôle Infernale réussira-t-il à être aussi culte que son ainé dans la force de ses répliques ? Avis aux amateurs !

Fiche technique : La Tour 2 Contrôle Infernale

Date de sortie : 10 février 2016
Réalisateur : Éric Judor
Interprétation : Ramzy Bedia, Éric Judor, Philippe Katerine, Marina Foïs, Serge Riaboukine, William Gay, Grégoire Oestermann, Lionel Beyeke…
Scénario : Éric Judor, Ramzy Bedia
Producteurs : Alain Goldman
Maison de production :
Distributeur : Legende Distribution
Durée : 88 minutes
Genre : Comédie

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.