The Road Within, un film de Gren Wells : Critique, Champs-Élysées Film Festival

Gren Wells, la réalisatrice, figure dans la liste établie par Variety des dix cinéastes les plus prometteurs. Le long métrage a remporté le Prix du Meilleur Film au Festival de Rome en 2014 où il a été présenté en avant-première mondiale.

Alors que le synopsis promet un road trip assez simpliste, aux ordonnances comiques, le film met à nu trois maladies sérieuses figurées par trois acteurs excellents : Zoe Kravitz (Divergente, Mad Max) en anorexique aux cheveux violets, Dev Patel (Slumdog Millionnaire, Skins) souffrant de TOC et enfin Daniel Sheehan (Misfits) qui interprète Vincent, atteint du syndrome de la Tourette. Une maladie dont le sujet est sensible car rarement pris au sérieux dans les films, mais au contraire, habituellement dépeinte de manière risible. Ici, encore, l’intention de la réalisatrice est d’opter pour une éducation des consciences via le divertissement. Mais certaines scènes peuvent choquer et à la fois faire rire, ce qui est assez déroutant.

Un Road-Trip adolescent
Le film est mis en scène comme un road trip. Vincent, qui n’a au début aucune intention de s’enfuir de l’hôpital, se laisse entrainer par la séduisante Marie en volant la voiture de leur Docteur (Kyra Sedgwick). Le voisin de chambre, Alex, se retrouve témoins de leur escapade et se fait kidnapper contre sa volonté. Ainsi, ces trois jeunes se retrouvent sur la route, et ont pour objectif d’aller en bord de mer (lieu ou Vincent pourra y jeter les cendres de sa mère).
Comme dans les road trip traditionnels, peu importe la destination, c’est le voyage qui compte. Or dans The Road Within, on assiste à l’évolution de tous ces personnages qui vont affronter leurs peurs de l’extérieur, et, au regard que portent les gens sur leur maladie. Mais le film aborde également d’autres sujets sérieux, comme le deuil, l’abandon, la volonté de vaincre une maladie …

Divertissant mais dérangeant

Drôle et mordant, par son utilisation nécessaire de vulgarités, le film est adressé avant tout à un public jeune. Il touchera d’autant plus qu’il aborde la maladie mentale, tel un gros mot interdit à prononcer. En utilisant un ton léger, il peut permettre de dédramatiser ce qui est considéré comme honteux, ainsi que sensibiliser notre regard porté sur ces maladies mentales.

Pourtant utiliser l’humour pour rendre ridicules les symptômes, et ce de manière répétée, peut aussi rendre mal à l’aise le spectateur. C’est ce qui est le plus problématique pour un film qui se veut se différencier de ce que l’on sert habituellement. Les scènes drôles sont justement celles où l’on est témoin des TOCs d’Alex ; par exemple, lorsqu’il referme cinq fois de suite la portière alors qu’ils viennent de voler; ou encore quand il stoppe la voiture à chaque nid de poule, par peur d’avoir écrasé quelqu’un. En rire ne signifie pas mieux comprendre son trouble, reproche commun que l’on pourrait faire à la série The Big Bang Theory dont l’humour repose en partie sur le comportement de Sheldon, souffrant du syndrome d’Asperger qui est une forme d’autisme. Donc au mieux, on peut ressentir de la pitié face à l’irrationalité de sa maladie, mais c’est tout.
Alors oui, ces scènes restent marrantes, mais aussi maladroites. Une preuve de plus que le mélange de sujets sérieux ou sensibles avec l’humour peut être un mauvais mélange.

Un travail d’acteurs excellents pour une réalisation gentille
Quant aux acteurs, on peut admirer leur travail pour incarner au mieux leur trouble. Notamment Daniel Sheehan qui mit six mois pour préparer son rôle et rendre vraisemblables les excès gestuels et verbaux dus à la maladie. Dev Patel avec ses gants de maniaque du propre est très touchant et Zoe Kravitz n’a de son coté presque plus rien à prouver avec son parcours sans faute et ses derniers rôles éclectiques.
Gren Wells dresse un portrait, qui se veut honnête des jeunes qui combattent leur maladies mentales, que ce soit des symptômes physiques (troubles alimentaires et addictions) et/ou mentaux (dépressions et syndromes). Malgré l’humour, le film a la volonté d’être sérieux. Il le sera essentiellement pour un public jeune. Dommage que le film se réconforte dans la comédie au détriment du sérieux souhaité. Par moment, on ressent qu’il est un peu trop poussé dans le tragique ou l’émotif, pour se rendre plus sérieux.

Synopsis : Vincent (Daniel Sheehan), atteint du syndrome de la Tourette vient de perdre sa mère. Son père, dont la carrière politique importe plus que le bien être de son fils envoie celui-ci en hôpital psychiatrique. Là-bas, il y fait la rencontre d’Alex (Dev Patel), son camarade de chambre souffrant de TOC, et la charmante Marie (Zoe Kravitz). Ensemble, ils s’embarquent dans un road-trip vers la Californie afin de répandre les cendres de la mère de Vincent.

The Road Within : Trailer

The Road Within : Fiche technique

Titre original : The Road Within
Date de sortie : 17 Avril 2015  (Etats-Unis)
Nationalité : Américaine
Réalisation : Gren Wells
Scénario : Gren Wells
Interprétation : Daniel Sheehan, Zoe Kravitz, Dev Patel, Robert Patrick, Kyra Sedgwick
Musique : Josh Debney, The Newton Brothers
Photographie : Christopher Baffa
Décors : NR
Montage : Terel Gibson, Gordon Antell
Production : Michael A. Helfant, Robert Stein, Brent Emery
Sociétés de production : Well Go USA Entertainment, Amasia Entertainment
Sociétés de distribution : Troika Pictures
Budget : NR
Genre : Comédie, drame
Durée : 101 minutes
Récompenses : Meilleur acteur dans un second rôle (Dev Patel) ; Meilleure actrice dans un second rôle (Zoë Kravitz)

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