Maggie, un film de Henry Hobson : Critique

Les zombies sont devenus une mode à l’heure actuelle, au point même d’être aujourd’hui vidé de leur substance. Dans les années 70, là où ils ont connus leur plus forte expansion et évolution pour devenir ceux que l’on connaît aujourd’hui, ils avaient un propos symbolique.

Après la fin

Romero les avaient employés pour faire une métaphore de la société déliquescente et leur donner un impact symbolique fort. Malheureusement au fil des ans ils se sont popularisés et ne sont devenus que des accessoires de divertissement pour faire l’apologie du vide (coucou The Walking Dead) étant réduit à œuvrer dans de vulgaires nanars sans importance. Alors les questions que l’on peut se poser c’est ; est-ce que Maggie est un énième film de zombie sans importance avec Arnold Schwarzenegger en star ? Ou est-ce un film qui arrivera à réutiliser le mythe du zombie avec intelligence et originalité ?

La réponse se situe un peu entre les deux car oui Maggie est un film qui arrive à offrir au mythe du zombie une dimension symbolique assez bien trouvée mais paradoxalement il veut trop en faire et se perd dans des digressions agaçantes et loupe ses questionnements les plus pertinents le rendant au final assez anecdotique. Le film nous est vendu par un pitch simple, où un père (Arnold Schwarzenegger) tente désespérément de protéger sa fille (Abigail Breslin) atteinte d’un virus qui la transforme petit à petit en zombie. Pourtant au final ce n’est pas le cœur du film qui se trouve bien au dessus de ça, d’ailleurs la relation entre le père et la fille est éclipsée tout comme le rôle du père au final, qui ne connaît ni évolution psychologique ni dilemme fort. Le film employant pas mal de facilités scénaristiques et de clichés pour éviter les sujets les plus troubles, comme celui de l’euthanasie, et le père sera le premier à souffrir de cela, étant réduit à un personnage unidimensionnel qui peine à créer de l’émotion. Même si c’est bien la cellule familial qui est au cœur du film, celle-ci est mal exploitée et vu à travers les yeux de la fille en priorité, la vision du père est trop restreinte tout comme celle de la belle-mère (Joely Richardson). Même si ces deux visions restreintes ont un sens symboliquement parlant au sein du film cela desserre néanmoins le récit qui ne sait pas où naviguer entre drame familial, thriller sous forme de huit clos et teen movie.

D’ailleurs pour ceux qui veulent un film post apo digne de ce nom ils feraient mieux de passer leurs chemin car le film dépeint son univers avec beaucoup de pudeur, la déliquescence du monde, l’épidémie de zombie etc. Tout cela n’intéresse pas le film, ce qui fait que la partie médicale aura tendance à être trop mécanique et éclipsée ce qui enlève de la substance à l’univers du film qui devient très vite abstrait et surtout prétexte. Le film ne s’intéresse finalement qu’à une chose, la transformation. A la fois physique et psychologique, celle-ci va servir le propos du film, celui du passage à l’âge adulte. Que ce soit les symptômes, les questionnements et les prises de décisions tout cela évoque cette période charnière de l’adolescence où l’enfant que l’on était meurt pour laisser place à l’adulte que l’ont sera. Le film plus que parler de mort parle d’une certaine manière de renaissance mais de façon très pessimiste. Le monde des adultes est noir, désespéré et sans pitié, chaque décisions peut avoir des conséquences terribles et on est obligés de faire des choix que l’on n’aimera pas à avoir à prendre. C’est sur cela que se concentre le film, la fille qui s’isole, incomprise par des parents impuissants qui ne peuvent rien faire pour la protéger, l’empêcher de grandir et qui remet sa vie en cause. Tout cet aspect ce révèle vraiment intéressant même si il manque de subtilité et donne au film un charme indéniable qui le rend plus original qu’espéré. Dommage seulement que le tout manque cruellement d’émotions même si cela est sauvé par un final poignant, très fort symboliquement et qui laisse songeur.

Au milieu de tout ça le casting se trouve réduit au strict minimum mais se révèle plutôt bon que ce soit dans ses acteurs secondaires ou principaux. Au final le seul bémol de ce point de vue là sera Arnold Schwarzenegger, dont une bonne partie de la promo était centré sur lui, qui se révèle n’être que rarement convaincant dans ce rôle à contre emploi. Même si sa sobriété est louable il offre un jeu trop forcé lors de ses séquences émotions et il semble généralement déconnecté du film, de part l’écriture de son personnage mais aussi par le manque de nuance de son jeu. C’est certes son rôle le plus profond mais il n’en est jamais à la hauteur. Joely Richardson se montre elle plus intéressante et plus nuancée grâce à une belle justesse de jeu tandis que c’est véritablement Abigail Breslin qui porte le film sur ses épaules grâce à sa formidable interprétation à fleur de peau qui lui permet de passer par plusieurs émotions et de crever l’écran.
Par contre point noir pour la réalisation qui manque d’originalité, étant dans un mood arty type Sundance avec une photographie saturée qui est tantôt réussie tantôt fade selon la séquence, un montage trop linéaire et parfois hésitant sur les flashbacks et une bande sonore peu inspirée. Pour la mise en scène d’Henry Hobson, là aussi ce n’est pas fameux, on ressent beaucoup trop les influences, Terrence Malick en tête, et il abuse des gros plans et d’effets de zoom/dézoome qui deviennent franchement agaçants. Globalement la mise en scène manque vraiment d’identité et se montre assez fade notamment dans ses molles tentatives de créer le suspense et une tendance à l’apitoiement qui enlève de la force au propos.
Maggie n’est donc ni un mauvais film ni un bon mais il s’impose quand même comme une tentative ratée, car comme tout premier long métrage il veut trop en faire et se disperse dans des digressions inutiles qui diluent la force initiale du projet. Reste que l’expérience est plutôt convenable, Maggie dispose d’un charme indéniable et soulève des interrogations pertinentes et passionnantes si on s’intéresse avant tout à la fonction symbolique de l’œuvre. Par contre si vous allez voir ce film pour voir un film de zombie ou même pour voir un Schwarzenegger autant vous prévenir que vous serez déçu.

Synopsis : Un père fait tout pour sauver sa fille, une adolescente qui, infectée par un virus, se transforme progressivement en zombie.

Maggie: Bande Annonce VOST

Maggie: Fiche Technique

États-Unis, Suisse – 2014
Réalisation: Henry Hobson
Scénario: John Scott 3
Image: Lukas Ettlin
Décor: Gabor Norman
Costume: Claire Breaux
Montage: Jane Rizzo
Musique: David Wingo
Producteur: Colin Bates, Joey Tufaro, Matthew Baer, Bill Johnson, Ara Keshishian, Trevor Kaufman, Arnold Schwarzenegger, Pierre-Ange Le Pogam
Production: Gold Star Films, Matt Baer Films, Sly Predator
Interprétation: Arnold Schwarzenegger (Wade), Abigail Breslin (Maggie), Joely Richardson (Caroline), J.D. Evermore (Holt)…
Distributeur: Metropolitan FilmExport
Date de sortie: 27 mai 2015
Durée: 1h35

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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