Un Voisin Trop Parfait, un film de Rob Cohen: Critique

L’histoire sans fin

Interminable comme : « c’est bientôt fini ? », « c’est pas terminé ? », « y en a encore long ? », Un Voisin Trop Parfait est une suite de questions loin d’être existentielles, un déchaînement de poncifs et de ressorts dramatiques, rebattus autant que les cartes d’un tournoi de poker. Rob Cohen (xXx, Alex Cross), dont on ne s’attend pas à ce qu’il devienne le nouveau Kubrick, pille sans remords les archives du cinéma érotico-pyschopato-dramatique. Parmi les références avouées ou non mais évidentes, citons pêle-mêle : Basic Instinct (même si Jennifer Lopez avec une main dans la culotte, ça ravira les fans), Un Eté 42 pour la différence d’âge et Liaison Fatale, et bien…pour la liaison fatale.

Génie or not génie

Quand on s’attaque à ce type de film, deux options s’offrent à un metteur en scène. Il n’est pas un génie et dans ce cas il doit faire du neuf, avoir l’imagination qui lui permette de proposer un peu de nouveauté. Il est bien un génie de la mise en scène et peut se permettre de reproduire ce qui a déjà été fait, car on sait que sa science se glissera entre les lignes et qu’il saura captiver avec du déjà-vu. Rob Cohen  en choisissant la seconde option, se trompe sur lui-même et nous lance le défi de trouver quelque chose à sauver.

Le non-sens du rythme

Un Voisin Trop Parfait souffre cruellement d’un rythme à contretemps. Trop long à démarrer, il devient vite frustrant, quand on comprend que la situation va mettre un moment à se décanter. Quand ça se produit, on enchaine les situations prévisibles. Le suspens, élément essentiel à ce genre d’œuvre, en prend donc un coup puisque Rob Cohen donne les réponses avant qu’on se pose les questions. En y réfléchissant bien la première réponse, importante, se trouve dans le « trop » du titre français.  Il faut dire aussi qu’il peine à mettre en place une ambiance vraiment glaçante, comme c’est de rigueur dans les thrillers. Si on se surprend parfois un peu tendu, on ne tremble pas, pourtant quoi de mieux qu’un thriller qui se rapproche peu à peu de la frontière avec le film d’horreur ? Finalement patatra, l’happy end « made in USA » de rigueur, à la limite du grotesque, vient enterrer définitivement toute tentative de faire peur aux petites filles.

Le ridicule ne tue pas, mais il y contribue…

Si Un Voisin Trop Parfait ne brille pas par son originalité en matière de suspens, la première partie qui voit naître une histoire d’amour tombe dans le pathétique. Non seulement elle est éculée, mais en plus elle aligne des scènes objectivement ridicules. Passe encore le trouble d’une Jennifer Lopez (pauvre Jilo, qui ne méritait pas ça) en « cougar » délaissée face à un beau jeune homme, passe encore les plans stupidement insistants sur ses formes à peine dissimulées sous de la lingerie sexy. Mais tout de même, la montrer avec insistance à sa fenêtre, en train de détailler la musculature du jeune homme en train de faire la mécanique, bras luisants de graisse de moteur, donnera au choix des larmes de rire ou de tristesse. On pense immanquablement à une certaine pub pour une certaine boisson au cola… On ne reviendra pas sur les scènes de sexe car, tout ça cumulé, fait de ce film un des plus racoleurs.

Un voisin de trop

Mais la grosse tare d’Un Voisin Trop Parfait, c’est le fameux voisin. Comment le dire sans être méchant ? Ce genre de film repose au moins à 50% sur le charisme de son « méchant » et la qualité de son interprète. Si on imagine parfaitement Ryan Guzman (Sexy Dance 4, Sexy Dance 5), pectoraux proéminents, en train de sauver le monde au service de Marvel, en psychopathe pas du tout. C’est allègrement confirmé ici : il sait parfaitement jouer les beaux gosses, hausser le sourcil comme il faut, quand il faut. Mais ce haussement de sourcil, lorsqu’on est un « vilain garçon », déclenche plus le rire qu’autre chose. Puis tout le monde sait ça : un bon psychopathe de cinéma a de la finesse, de l’humour et sait approcher sa proie en douceur. Le psychopathe de cinéma est un chasseur embusqué. Pas question de sortir les gros sabots comme le fait Ryan Guzman.

C’est triste

En fait, c’est assez triste pour Jennifer Lopez (surnommée un temps « la guitare », allez comprendre…), triste de voir que U-Turn est de plus en plus éloigné et symbolise de moins en moins sa carrière. Triste de voir qu’une femme et actrice autrefois égérie, se retrouve à cachetonner pour des films qui devraient bientôt être confidentiels. Triste de voir que des réalisateurs n’ont toujours pas compris que, même sans atteindre leur niveau, il faut toujours pousser ses acteurs/psychopathes à atteindre les performances de Kevin Spacey ou Anthony Hopkins. Finalement ce qui rassure avec Un Voisin Trop Parfait, c’est que même après l’avoir vus des dizaines de fois (vous êtes fous !), vous n’aurez toujours pas peur de vos voisins.

Synopsis : Claire, femme trompée et délaissée depuis des mois par un mari volage, vit dans une banlieue aisée. Troublée par son jeune et nouveau voisin, Noah, elle cède à ses avances sans s’imaginer l’enfer que cette passade lui prépare.

Fiche Technique – Un Voisin Trop Parfait 

Titre original : The Boy Next Door
Réalisation : Rob Cohen
Scénario : Barbara Curry
Costumes : Courtney Hoffman
Photographie: David McFarland
Son: Kelly Cabral
Montage: Michel Aller
Musique: Nathan Barr et Randy Edelman
Production : Jason Blum
Sociétés de production : Blumhouse Productions et Universal Pictures
Société de distribution : Universal Pictures
Pays : U.S.A.
Durée : 91’
Sortie : 20 mai 2015
Distribution : Jennifer Lopez, Ryan Guzman, Ian Nelson, John Corbett, Kristin Chenoweth, Lexi Atkins et Hill Harper

 

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